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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

LA GRANDE INTERVIEW - Olivier Louit : « Quand on peut avoir des cracks en piste, on met tout en place pour les attirer »

Courses - Institution / Ventes / 27.07.2017

LA GRANDE INTERVIEW - Olivier Louit : « Quand on peut avoir des cracks en piste, on met tout en place pour les attirer »

 

Par Adrien Cugnasse

Olivier Louit est le directeur de l’hippodrome et du centre d’entraînement de Deauville depuis 2013. Ce site n’a cessé de prendre de l’importance dans le paysage hippique français, tant sur le plan de l’entraînement que de la compétition. À quelques jours du meeting de Deauville Lucien Barrière, il a accepté de répondre à nos questions sur son parcours et sur ce lieu mythique des courses françaises.

Jour de Galop. – Pourquoi avez-vous choisi de venir travailler à Deauville ?

Olivier Louit. – Pour des raisons personnelles et familiales, j’étais attiré par la Normandie. En outre, quand on veut exercer dans la filière équine, être basé dans cette région, c’est avoir accès à ce qui se fait de mieux. C’était donc aussi un objectif professionnel. Enfin, travailler sur un site qui réunit un centre d’entraînement et un hippodrome comme celui de Deauville est une véritable opportunité. Je suis en contact permanent avec des éleveurs, des propriétaires et des entraîneurs, au cœur d’un milieu où j’aime évoluer. Le site accueille 44 journées de courses. L’année est donc rythmée et c’est d’autant plus motivant. Enfin, à l’occasion du meeting de Deauville Lucien Barrière en août, on touche à l’excellence, au sommet du sport hippique. Quand on aime les courses et les chevaux, cela fait forcément rêver. Le rating du Prix du Haras de Fresnay-le-Buffard - Jacques Le Marois prouve chaque année que cette piste peut accueillir les meilleurs chevaux de la scène internationale. Deauville fait partie des trois hippodromes les plus importants de l’Hexagone et son meeting estival accueille vingt Groupes, dont sept Grs1. Sa notoriété est internationale. Chaque jour depuis cinq ans, je mesure la chance de pouvoir œuvrer à son bon fonctionnement.

 

Quels sont les points forts du site ?

C’est tout d’abord une position géographique unique, au cœur de la grande région d’élevage française, à seulement deux heures de Paris et au bord de la mer. L’aéroport de Deauville-Normandie, basé à Saint-Gatien-des-Bois, offre une liaison directe vers l’Angleterre et certainement vers d’autres destinations européennes à l’avenir. Pour la clientèle étrangère, c’est important. On s’en rend bien compte en consultant la liste des propriétaires qui ont des chevaux à l’entraînement à Deauville ! Nous avons la chance d’avoir l’une des rares plages françaises où les chevaux peuvent s’entraîner presque tous les jours. Lors du meeting, nous essayons de tout mettre en œuvre pour faciliter la venue de grands gagnants internationaux. France Galop et les équipes jouent le jeu. Ce fut par exemple déterminant pour faire venir Kingman (Invincible Spirit). Quand on peut avoir cracks en piste, on met tout en place pour parvenir à les attirer.

Quels travaux ont été entrepris depuis votre arrivée à la tête du site ?

Depuis 2011, le centre d’entraînement a bénéficié d’investissements très importants. L’objectif est qu’il corresponde aux attentes des professionnels. La piste de canter, la piste de galop de chasse et les ronds de marche ont été remis à niveau. La P.S.F. a été refaite il y a deux ans. C’est aussi un outil de travail remarquable et efficace au quotidien pour les entraîneurs. Une campagne de rénovation des boxes a été lancée.

Et pour le public ?

Nous avons trois priorités en termes d’accueil : le public, les acteurs des courses et les chevaux. Nous avons travaillé de décembre à mai pour que l’hippodrome de Deauville soit totalement accessible aux personnes à mobilité réduite. L’ensemble des espaces publics a été modifié. En parallèle, nous avons replanté des arbres dans le rond de présentation pour bénéficier d’un peu d’ombre pendant la saison estivale. En ce qui concerne la restauration, notre partenaire, le Groupe Barrière, a redéfini son offre de la meilleure des façons, au niveau de la vente à emporter et des restaurants. Pendant le meeting, de nouveaux concepts font leur apparition et ceux qui fonctionnent sont reconduits. La présence de "La mer à boire", avec son bar à huîtres, a été reconduite suite à son succès lors des Abu Dhabi Poules d’Essai. Un nouveau prestataire va gérer la vente à emporter. Il faut aussi citer les yaourts glacés bio de Marguerite du Pré, un food truck avec des salades de grande qualité faites sur place, "Mochi chic" et ses glaces originales… Le samedi, en partenariat avec Barrière et la "Folie douce", France Galop va lancer une opération spéciale pour les jeunes sous l’intitulé We Are Horse Racing. Nous avons aussi beaucoup travaillé à l’amélioration du wifi. Les toilettes publiques ont été refaites. Tout cela peut sembler des détails, mais c’est le fondement de la réussite d’un événement public. Les gens sont sensibles à la propreté des lieux, à la qualité de l’accueil des guichetiers et au prix des consommations.

 

Quelle est l’attractivité de Deauville pour de nouveaux entraîneurs ?

Deauville est un hippodrome parisien, mais en province ; dans le sens où il dépend directement de France Galop sans avoir les contraintes de la région parisienne. Cela offre des conditions attractives pour les entraîneurs. Depuis 2011, le centre d’entraînement a accueilli de nouveaux venus comme Stéphane Cerulis et Stéphanie Nigge. Ils ont apporté des propriétaires étrangers dans leurs bagages. Hubert de Nicolaÿ devrait prendre la succession de son père. Romain Le Dren Doleuze nous a également rejoints. Leurs effectifs viennent s’ajouter à la douzaine d’entraîneurs en activité, dont Yann Barberot et Stéphane Wattel. Depuis deux années, Jean-Claude Rouget installe certains de ses meilleurs chevaux pendant un semestre sur le centre d’entraînement de Deauville. Cela atteste donc de deux choses : les conditions d’entraînement sont bonnes et on peut y préparer des chevaux de Groupe. Actuellement, 350 chevaux sortent sur les pistes tous les matins et l’ensemble fonctionne très bien. La capacité maximale n’est pas atteinte. Jean-Claude Rouget a d’ailleurs fait le choix d’installer durablement une partie de ses effectifs à Deauville. Le dossier est dans les mains du Syndicat mixte de la ville.

Entre l’augmentation des effectifs à l’entraînement et le déplacement de certaines réunions parisiennes, Deauville reçoit depuis l’an dernier plus de chevaux que par le passé. Quel est l’état de la piste à quelques jours du début du meeting ?

La piste est en très bon état. L’entraînement se déroule en majorité sur la P.S.F. Seuls les chevaux de niveau Groupe et Listed peuvent s’exercer, de temps en temps, sur le gazon.

En 2016, avec 51 réunions de courses, nous avons été l’hippodrome le plus actif en France. Le point d’orgue fut de superbes Poules d’Essai. Dès lors, il était logique que la piste s’use plus vite qu’à l’accoutumée. Nous avons donc procédé à un réensemencement complet avec le même gazon qu’à Chantilly et à Longchamp. Il se distingue par la grande qualité de son enracinement, par sa résistance au stress hydrique, sa capacité d’adaptation et de résistance aux maladies. Lors des Abu Dhabi Poules d’Essai 2017, la tenue de la piste a été exemplaire. Les professionnels étaient satisfaits. Nous espérons qu’ils le seront encore cet été car la piste est prête pour le meeting de Deauville Lucien Barrière. Elle fait l’objet de toutes nos attentions et sera capable d’affronter les 1.700 partants qui vont la fouler cette saison.

Comment se présente l’édition 2017 du meeting de Deauville Lucien Barrière ?

Elle se présente de la meilleure des manières. L’hippodrome a été mis aux couleurs de l’événement et il est superbe, de nombreuses animations seront proposées au public qui pourra ainsi découvrir les courses en s’amusant. Enfin, Renault nous a fait l’honneur de rejoindre la liste des partenaires qui soutiennent le meeting, comme le Groupe Barrière, Shadwell, Darley, le Latin American Racing Channel, le Qatar Racing and Equestrian Club, Longines, le Hong Kong Jockey Club, les haras de Fresnay-le-Buffard, du Logis Saint-Germain, de Colleville, Beachcomber, l’île Maurice… Il faut saluer l’action décisive de Marcel Chaouat dans la négociation avec Renault. Qu’un constructeur national comme Renault offre dix-huit voitures pour les dix-huit journées de courses du meeting, c’est exceptionnel et nous en sommes honorés. Cette action ne coûtera rien à France Galop.

 

Avez-vous des pistes pour développer des activités extra-hippiques sur le site ?

France Galop a entamé une démarche commerciale qui vise à implanter sur les hippodromes une activité hors jours de courses, de type séminaire ou éductours.

Quel a été votre parcours avant d’arriver en Normandie ?

J’ai passé deux années à Chantilly, au côté de Matthieu Vincent, le directeur de l’hippodrome et du centre d’entraînement de Chantilly. Je suis ensuite parti à La Teste-de-Buch pendant trois ans. Avec le président de la société locale, Jean-Marie Plassan, j’ai travaillé à la rénovation de l’hippodrome et de son centre d’entraînement. Ce fut pour moi l’occasion de rencontrer Jean Brouqueyre qui est à présent à la tête de Pau. Ce passage à La Teste fut très formateur, comme il l’a été pour Arthur Serres qui est à présent directeur de l’hippodrome de Toulouse. Nous avons tous les deux été formés à l'école d'ingénieurs de Purpan. J’ai ensuite quitté le bassin d’Arcachon pour rejoindre Maisons-Laffitte en tant que directeur adjoint, sous la férule de Martial de Rouffignac. Enfin, je suis arrivé à Deauville. Pendant une année, Yves Deshayes, directeur du site à l’époque, et moi-même, avons officié en tandem. Cette dernière expérience m’a permis d’apprendre au quotidien sur le terrain. Je connaissais donc bien le site et la région lorsque j’en ai repris les rênes.

Deauville n’a cessé de grandir ces dernières décennies sur le plan hippique. Un tel poste vous a-t-il paru un peu effrayant au départ ?

J’aime relever des challenges et m’impliquer dans des projets. Je n’avais donc pas peur mais j’avais conscience de l’ampleur de la tâche. Mon premier défi était de prendre la suite de monsieur Deshayes. En trois décennies, il a su faire évoluer l’outil de travail. D’un hippodrome actif uniquement l’été, Deauville est devenu un site où l’on court toute l’année. Quand on a la chance, à 32 ans, d’avoir les clés d’un tel site, il faut essayer de se montrer à la hauteur et respectueux du travail de ceux qui vous ont précédé tout en poursuivant les évolutions nécessaires à son bon fonctionnement.

D’où vient votre passion du cheval et des courses ?

Je suis d’origine toulousaine. J’ai monté en concours hippique dès mon enfance et j’ai aussi groomé au niveau international. Je monte d’ailleurs encore à cheval régulièrement. Après avoir baigné dans cet environnement équestre, j’ai eu la chance de découvrir la filière galop grâce à mon parrain d’école d’ingénieur, Jean-Philippe Boisgontier. Il m’a mis le pied à l’étrier dans les courses de grandes écoles à la fin des années 1990. À partir de cet instant, j’ai eu pour objectif de travailler dans le monde des courses. C’était en quelque sorte un retour aux sources car mon arrière-grand-père avait élevé de très bons galopeurs dans le Sud-Ouest, non loin de l’actuel site du haras du Saubouas. Il était notamment l’éleveur de Le Sénateur (Bérenger). Au début des années 1900, ce cheval avait gagné l’Alexandra Plate à Ascot. Cette course porte désormais le nom de Queen Alexandra Stakes. Le cheval est ensuite devenu étalon en Angleterre.