Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

HISTOIRE, HISTOIRES… - Les six défis de l’édition 2017 des King George

Courses / 26.07.2017

HISTOIRE, HISTOIRES… - Les six défis de l’édition 2017 des King George

 

Xavier Bougon a consacré toute sa vie aux courses, cultivant sa passion pour l’histoire de notre sport, en complément de ses activités professionnelles dans le cadre de l’Institution. Depuis le mois de janvier 2016, il vous propose une rubrique régulière consacrée à l’histoire des courses.

Les King George VI and the Queen Elizabeth II Stakes sont en quelque sorte un équivalent estival du Prix de l’Arc de Triomphe. Ils réunissent, pour la première fois de l’année, les jeunes et leurs aînés sur la distance dite classique. L’édition 2017 s’annonce palpitante avec six "courses dans la course".

Défi n°1 : Enable, seule contre tous. Enable (Nathaniel) veut prouver qu’elle a tout d’une grande après sa victoire dans les Oaks d’Irlande et d’Angleterre. Teddy Grimthorpe a confirmé ce matin dans la presse étrangère que l’élève et représentante de Khalid Abdullah serait au départ. Elle tente sa chance face aux mâles et face à ses aînés. À cette heure, elle est en tête du betting chez les bookmakers. Elle fait déjà partie des favoris pour l’Arc 2017.

Seule femelle et seule 3ans. Si Enable est la seule 3ans en piste, elle est aussi la seule femelle. Huit pouliches et juments, dont trois 3ans, ont inscrit leur nom au palmarès : la première en 1966, Aunt Edith (Primera), puis Park Top (Kalydon), Dahlia (Vaguely Noble), à deux reprises, Pawneese (Carvin), Time Charter (Saritamer), Danedream (Lomitas) et Taghrooda (Sea the Stars).

Le doublé Oaks & King Georges. Enable est lauréate des Oaks à Epsom et au Curragh. Depuis la création de la course, seulement trois pouliches de 3ans ont dominé les mâles et les "vieux" à Ascot. Ces trois lauréates avaient enlevé les Oaks (anglaises ou irlandaises). En 2014, Taghrooda, entraînée par John Gosden comme Enable, a réalisé le doublé Oaks d’Epsom & King George. Précédemment, il faut remonter à 1976 avec la victoire et le doublé de Pawneese (Carvin). La représentante de Daniel Wildenstein avait également inscrit son nom au palmarès du Prix de Diane. Trois ans plus tôt, la pensionnaire de Maurice Zilber Dahlia avait remporté les Oaks irlandaises, après avoir terminé deuxième du Prix de Diane d’Allez France (Sea Bird), avant de gagner à Ascot. Dans l’Arc anglais, elle devançait un certain Rheingold (Faberge), le lauréat à l’automne du Prix de l’Arc de Triomphe.

Défi n°2 : Les vainqueurs, pères de vainqueurs. Enable est une fille de Nathaniel (Galileo), lequel avait remporté les King George en 2011 sous l’entraînement de John Gosden. En cas de succès de sa fille, Nathaniel deviendrait le huitième vainqueur, père ensuite d’un vainqueur :

Galileo (édition 2001), père de 2 gagnants, Highland Reel (2016) et Nathaniel (2011).

Montjeu (édition 2000), père d’Hurricane Run (2006)

Nashwan (édition 1989), père de Swain (1997 et 1998)

Nijinsky (édition 1970), père de 2 vainqueurs, Île de Bourbon (1978) et Lammtarra (1995)

Mill Reef (édition 1971), père de Reference Point (1987)

Ballymoss (édition 1958), père de Royal Palace (1968)

Ribot (édition 1956), père de Ragusa (1963)

2001, une édition d’anthologie. L’hippodrome d’Ascot a récemment rendu hommage à la victoire de Galileo en 2001, face à son aîné Fantastic Light (Rahy). Le 3ans de Coolmore avait fait preuve d’une rare combativité pour venir à bout du représentant de Godolphin, avant de filer vers une superbe victoire. Une remarquable vidéo a été publiée à ce sujet sur internet (https://youtu.be/yIUGZwALx88). Aidan O'Brien, l’entraîneur de Galileo, qui a déjà gagné quatre fois cette épreuve, y déclare notamment : « Ce qui fait de Galileo un cheval à part n’est pas visible extérieurement. C’est ce que l’on ne peut pas voir qui fait de lui un être exceptionnel. Sa détermination était incomparable. Et il transmet cette qualité à sa descendance. Plus les courses se durcissent, plus ils deviennent durs (…) En 2001, il avait affronté un très bon cheval d’âge, Fantastic Light. Ce fut une course dure. » En descendant de cheval, Mick Kinane avait déclaré : « Je n’ai jamais monté un cheval d’une telle qualité. »

 

Défi n°3 : Conserver son titre. Highland Reel (Galileo) est le tenant du titre et c’est un cheval extraordinaire. Il a gagné neuf courses, dont six Grs1, dans trois pays différents. En cas de victoire, il rejoindrait les deux lauréats ayant conservé leur couronne : Swain (Nashwan) en 1998 et Dahlia en 1974. Le globe-trotter d’Aidan O’Brien a déjà inscrit deux Grs1 à son palmarès cette année, la Coronation Cup et les Prince of Wales’s Stakes. En cas de victoire, il rejoindrait Royal Palace (Ballymoss), le seul à avoir réalisé le triplé en 1968, mais à cette époque, l’épreuve de Royal Ascot n’avait pas la même renommée qu’aujourd’hui. Par ailleurs, six vainqueurs de la Coronation Cup ont confirmé la même année en juillet à Ascot.

Défi n°4 : Vers un duel fratricide ? Highland Reel sera accompagné de son propre frère, Idaho, lauréat en juin des Hardwicke Stakes (Gr2) à Royal Ascot. Dans une épreuve du même niveau, nous n’avons pas connaissance d’un jumelé gagnant de ce type. L’édition 1953 du Prix de l’Arc de Triomphe avait donné une arrivée familiale avec les rejetons de Silver Jill (King Salmon) : La Sorellina (Sayani), âgée de 3ans, avait devancé son frère aîné Silnet (Fastnet) sous les couleurs de Paul Duboscq.

Photo : Sixties Song

Défi n°5 : Sixties Song, pour l’Argentine. Sixties Song (Sixties Icon) est le premier cheval entraîné en Argentine (où il est né) à tenter sa chance dans les King Georges. Il va essayer de faire mieux que le très bon Telescopico (Table Play). Lui aussi élevé en Argentine, il avait élu domicile en France, chez Maurice Zilber, avant de traverser la Manche pour participer aux King George pour les couleurs de Mahmoud Fustok. Né au haras Don Eye (propriété des frères Passarotti, Omar et Hugo), Telescopico était un crack, vainqueur de la quadruple couronne argentine : Polla de Potrillos (2.000 Guinées), Gran Premio Jockey Club, Gran Premio Nacional et Gran Premio Carlos Pellegrini (en décembre 1978). À chacune de ses quatre victoires, son entraîneur argentin, Juan Esteban Bianchi, avait fait confiance à une femme jockey, Marina Lezcano. Cinquième des King George VI sous la selle d’Alain Lequeux et non placé du Prix de l’Arc de Triomphe (avec Sandy Hawley), sa meilleure performance européenne fut une deuxième place dans le Premio Roma (avec Henri Samani). Il a ensuite fait la monte au Brésil. Pour retrouver un gagnant de Gr1 européen né en Argentine, il faut remonter à Campero (Samos). Sous la férule de David Smaga et monté par Alec Lequeux, il avait remporté le Premio Roma (Gr1) sur 2.800m en 1982. Il fut aussi quatrième du Royal Oak. Cette année, aucun français, allemand ou italien ne fera le déplacement à Ascot. L’an dernier, l’entraînement français n’était représenté que par la casaque Niarchos portée par Erupt (Dubawi), une pensionnaire de Francis-Henri Graffard. Cette casaque bleue et blanche sera au départ avec Ulysses (Galileo), entraîné en Angleterre. Rappelons que dix chevaux entraînés en France se sont imposés depuis la création, le premier étant Vimy (Wild Risk) en 1955, sous la houlette d'Alec Head pour les couleurs Wertheimer.

Défi n°6 : Le doublé Eclipse-King George. Ulysses, le pensionnaire de Sir Michael Stoute, est un fils de Galileo et d’une gagnante des Oaks, Light Shift (Kingmambo), pour la famille Niarchos. Il est le récent vainqueur des Eclipse Stakes. En tentant le doublé, Eclipse-King George, Ulysses pourrait rejoindre douze lauréats des deux Grs1 du mois de juillet en Angleterre : Tulyar (1952), Ballymoss (1958), Busted (1967), Royal Palace (1968), Mill Reef (1971), Brigadier Gérard (1972), Ela Mana Mou (1980), Kalaglow (1982), Dancing Brave (1986), Mtoto (1988), Nashwan (1989) et Opera House (1993). Sir Michael Stoute est déjà titulaire de cinq victoires dont celles de Shergar (Great Nephew) en 1981 et de Conduit (Dalakhani) en 2009, l’année où il avait devancé deux autres de ses pensionnaires (Tartan Bearer et Ask).