L’ÉDITORIAL - 2007-2017 : dix ans de partage

Autres informations / 30.07.2017

L’ÉDITORIAL - 2007-2017 : dix ans de partage

 

Par Mayeul Caire

31 juillet 2007-31 juillet 2017. JDG fête ses 10 ans aujourd’hui. Cet anniversaire, je veux le partager avec vous, car depuis le premier jour, JDG est un espace de partage – partage d’informations et partage d’émotions. Chaque jour, depuis dix ans, nous sommes ensemble dans la victoire et dans les moments moins agréables.

C’est peu dire qu’en dix ans, la filière du galop français a beaucoup changé. Les allocations sont plus élevées en 2017 qu’en 2007 ; les ventes publiques ont elles aussi progressé (une seconde agence voyant même le jour), tout comme le marché des réclamers et celui des amiables ; le parc d’étalons français s’est métamorphosé et la qualité de notre élevage n’a fait que croître.

Ces éléments positifs ne me font pas oublier que dans le même temps, certains acteurs ont beaucoup souffert – je vais y revenir. Mais surtout, quand on élargit l’analyse à l’angle grand public, le bilan est moins brillant, avec la baisse de deux indicateurs importants : l’affluence sur les champs de courses et l’érosion du pari hippique dans le réseau en dur.

La plus marquée des deux baisses, c’est celle du public sur les hippodromes. Bien sûr, elle n’impacte pas trop lourdement notre modèle économique, qui repose sur le pari urbain et non sur le pari hippodromes. Bien sûr, on en connaît la cause, souvent évoquée dans JDG : depuis de longues années (et pas seulement au cours de la décennie 2007-2017), France Galop n’a pas su anticiper et réorganiser sa proposition d’accueil et de spectacle face à la multiplication de loisirs entrant en concurrence avec les courses. Bien sûr, France Galop a aujourd’hui pris la mesure du problème et a commencé à remettre le client au premier plan dans sa stratégie sur sites. Mais cette baisse de la fréquentation reste quelque chose de triste et d’inquiétant.

L’autre baisse, celle du pari hippique, est plus immédiatement grave car elle touche à notre source de financement numéro 1. Or on peut craindre, du fait de la double concurrence croissante dans les loisirs (depuis plusieurs décennies) et dans les jeux d’argent (depuis 2010), que le fond de la piscine n’ait pas encore été atteint. Sur ce sujet aussi, l’Institution des courses a pris le taureau par les cornes et travaille sur des modèles prédictifs pour faire en sorte que chaque course suscite un maximum d’enjeux PMU. On saura assez vite si cela porte ses fruits.

Alors que dire de la décennie 2017-2027 ? Et bien pour commencer, même si les périodes semblent différentes, je pense que les enjeux qui se présentent à nous et que les réponses que nous devons y apporter sont un peu les mêmes qu’à l’aube de la décennie 2007-2017.

Jetons un œil dans le rétroviseur et revenons dix ans en arrière : en 2007 et jusqu’en 2009, le monde a connu une crise économique sans précédent, qui aurait pu tous nous tuer. On l’oublie un peu vite, mais le contexte global – y compris en France – n’incitait ni à la confiance ni à l’investissement. C’est par exemple à cette époque que les Irlandais ont brutalement cessé de faire saillir 30 % de leurs juments…

Et pourtant, au bord de ce cercle potentiellement vicieux, à la limite de ce qui aurait pu transformer le secteur hippique en champ de ruines, notre filière nationale a su poser les bases d’une décennie glorieuse. Aujourd’hui que les nuages gris de l’affluence aux courses et noirs des enjeux hippiques sont au-dessus de nos têtes, il faut donc plus que jamais redoubler d’optimisme car la situation actuelle n’est pas pire que celle de 2007.

Comme la précédente, la décennie à venir va apporter son lot de changements. Il faudra s’adapter pour vivre. C’est là une piste de réflexion pour France Galop et pour tous les socioprofessionnels : si l’évolution condamne véritablement certains acteurs (typiquement ceux dont l’équilibre ne dépend aujourd’hui que des encouragements, car ils ne profitent pas d’un cofinancement par le marché), il est encore temps pour France Galop de les aider à faire évoluer leur modèle économique et industriel. Je dirais même : France Galop a le devoir d’aider certains socioprofessionnels et propriétaires/éleveurs amateurs à muter. France Galop a le devoir de les accompagner dans le changement. Ainsi, tous ceux que l’on aidera à faire évoluer leurs méthodes et leurs positions dans le secteur seront sauvés et toujours actifs en 2027, malgré la baisse programmée des allocations.

Dans les dix ans qui viennent, c’est certain, l’argent public (les encouragements) et l’argent privé (le marché) vont continuer de converger : le premier baissant et le second montant, jusqu’à se rejoindre, à parts égales, dans le financement global de notre filière. C’est une réalité face à laquelle aucune idéologie ni aucune posture politique ne résistera. Ceux qui persisteront à refuser cet état de fait courront le risque de disparaître, comme ont par exemple disparu, face au raz-de-marée de la photographie numérique, les magasins qui vendaient des pellicules et proposaient de développer vos photos sur papier.

On ne fait rien tout seul, c’est pourquoi je voudrais associer à ce dixième anniversaire plusieurs personnes. Un immense merci et un immense bravo, d’abord, à toute l’équipe de JDG, dont vous retrouvez les noms chaque jour en dernière page du journal : votre travail et votre passion sont une grande fierté. Merci aussi aux deux anciens présidents du Syndicat des éleveurs, Michel Henochsberg et Bernard Ferrand, qui ont été les premiers à croire en JDG et dont l’aide a été décisive à l’été 2007. Merci, pour toujours, à mon ami Emmanuel Roussel, avec qui nous avons partagé les quelques mois ayant précédé et suivi la fondation de JDG. Merci, encore, à Robert Nataf, présent depuis le premier jour, et à Willy Flambard, qui a animé la rédaction de l’automne 2007 au printemps 2009.