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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Le plan d’action d’Equistratis pour relancer la filière hippique

Courses / 25.07.2017

Le plan d’action d’Equistratis pour relancer la filière hippique

Par Adrien Cugnasse

Lundi soir, sur l'hippodrome du Mans, Equistratis a dévoilé ses propositions pour la filière hippique. Le délégué général de ce Think Tank, Jacques Carles, nous a livré le détail de ces sept thèmes de travail.

Jour de Galop. – Vous suggérez de ne pas toucher aux allocations avant d’avoir engagé des réformes dans la filière. Comment est-ce possible, alors qu’à court terme, les sociétés-mères pourraient avoir des problèmes financiers ?

Jacques Carles. – Depuis cinq années, peu de grandes réformes ont été lancées. Des réductions de coûts sont possibles au niveau du PMU et des sociétés mères. D’ici 2018, nous avons largement le temps d’identifier les économies à réaliser, en priorité chez le PMU et en particulier dans le domaine du marketing. Cela permettra de stabiliser la situation. La cessation de paiement risque effectivement d’arriver si aucun effort n’est fait. Mais les sociétés-mères parient sur le fait que l’État va rééquilibrer la fiscalité avec les paris sportifs, en espérant qu’un retour à la croissance des paris hippiques améliorera les rentrées fiscales. Dans les faits, l’État cherche de l’argent partout et l’actualité nous le rappelle chaque jour. La puissance publique doit être perplexe, car encore une fois, la filière hippique lui demande de faire un effort. Que pèsent les courses face à la grogne de l’armée et des enseignants ? L’État nous demande de mettre de l’ordre chez nous, ce qui ne veut pas forcément dire baisser les allocations. Si France Galop et Le Trot ont lancé plusieurs réformes, il manque un véritable plan d’économie d’ensemble et c’est surtout du coté du PMU que beaucoup reste à faire. Le coût de fonctionnement du PMU est le même qu’il y a 5 ou 6 ans. Or, entre-temps, les paris hippiques ont baissé régulièrement. Il faut donc lancer un véritable audit puis agir. Beaucoup d’argent a été englouti pour tenter de développer les paris sportifs et le poker. C’est une erreur stratégique. Le PMU continue contre vents et marées à soutenir ces activités qui lui font perdre de l’argent.

Le plan d’action en détail. Le think tank propose, en téléchargement libre, le résultat de ses travaux et le détail de ses sept propositions en 80 pages. Pour y accéder : http://www.equistratis.org/docs/Rapport_Equistratis-24_07_2017.pdf

emière de vos sept propositions consiste en une « réorganisation de la filière sous l’impulsion d’un pôle de pilotage ». Qui doit diriger ce pôle ?

Il faut mettre à la tête de la filière une personnalité forte, issue du monde de l’entreprise, et surtout pas un homme politique ou un haut fonctionnaire. Un homme ayant les reflexes du monde de l’entreprise aura la capacité à inverser l’évolution négative de notre filière. Et pour cause, nous vivons plus une crise de gouvernance qu’une crise d’origine externe. Cette personne aura aussi pour mission d’écarter l’idée d’une éventuelle fusion entre le PMU et la Française des Jeux. La loi est bien faite : il y a un service public des courses et la marge nette du produit des paris hippiques finance ses acteurs. De son côté, la Française des Jeux n’a pas pour mission de financer une filière en particulier. En cas de fusion, qui pourrait être imposée par l’État, rien ne dit que dans ce nouvel ensemble, où les courses seraient minoritaires, la mission de financement de la filière serait maintenue sur le long terme. Et rien ne prouve que dans ce contexte, les professionnels auraient toujours les moyens d’agir sur la politique des paris hippiques.

Votre deuxième proposition exige la mise en place « d’une comptabilité analytique et d’un contrôle de gestion appliqué à l’ensemble de la filière ». Pourquoi ?

En l’absence de comptabilité analytique, il y a un manque de transparence en ce qui concerne l’efficacité de chaque action et de chaque investissement. Cela complique l’action des élus et de ceux qui veulent réformer les courses hippiques. Or nous avons besoin de transparence, en particulier dans un secteur en crise.

Votre troisième proposition est une « étude du recentrage des activités du PMU sur le cœur de métier des paris hippiques, en opérant une cession des activités sur les paris sportifs et le poker ». Pourquoi quitter ces deux secteurs ?

De notre point de vue, la cession des paris sportifs et du poker dont les marges nettes sont négatives et responsables du tiers des pertes des sociétés-mères, doit permettre de récupérer rapidement de l’argent pour la filière et ainsi éviter la cessation de paiement. Dans le même temps, la fin du marketing qui soutient ces activités déficitaires permettra de réaliser d’importantes économies. Ces sommes offriront un délai supplémentaire à la filière hippique pour se réorganiser. Car il y a de réels leviers pour relancer les paris hippiques. Les parieurs se plaignent du fait qu’il est de moins intéressant de jouer aux courses. Et pour cause, le taux de retour au joueur, l’argent qui leur revient, s’est érodé au fil du temps pour enrayer la décroissance du modèle actuel du PMU. Les parieurs s’en rendent forcément compte. Or les résultats du modèle économétrique que nous avons développé sont très clairs : en augmentant d’un point le taux de retour joueur moyen, on obtiendrait une augmentation des enjeux de 5 ou 6 points. Dans le même temps, les plus de 180 options de jeu disponibles font office de repoussoir pour les néophytes. Personne ne s’y retrouve. Et les nouveaux venus ont besoin de lisibilité. C’est aussi ce qui fait la force des paris sportifs.

Vous envisagez la « création d’une délégation interministérielle à la filière équine ». C’est votre cinquième proposition. Quel serait le rôle d’Equistratis dans ce cadre ?

Jean Arthuis, qui a représenté Emmanuel Macron sur les questions hippiques pendant la campagne présidentielle, a également repris cette idée. Les personnes qui travaillent avec lui s’intéressent beaucoup à nos travaux et nous avons des contacts réguliers. Nous sommes en phase sur ce sujet. Equistratis est un think tank. Nous sommes donc un centre de réflexion mais aussi un pôle d’action. Nous allons aussi rapidement agir auprès des acteurs de la filière. C’est le souhait de nos 600 adhérents qui sont en majorité des professionnels. Dans le même temps, Equistratis a des savoir-faire, financiers, réglementaires et administratifs, en particulier ceux du cabinet de conseil stratégique Carles & Associés que je représente. Dès lors, fort de ces compétences, Equistratis est amené à travailler avec la délégation interministérielle et le pôle de pilotage que nous souhaitons voir apparaître. Nous voulons être un point d’appui et un point d’expertise.

Vous appelez de vos vœux la création d’une « autorité de régulation intégrant l’Arjel et étendue à tout le périmètre des jeux ». Quel est précisément l’objectif de votre sixième proposition ?

Il faut éviter le retour d’une crise comme celle de l’expérimentation du live betting. Elle traduit un manque de régulation globale des jeux. Cette autorité intégrant l’Arjel doit permettre de poser un cadre plus clair, entre les différents opérateurs et entre les différents services de l’État. Aujourd’hui, seul le budget s’y intéresse mais sans l’ambition de mettre de l’ordre. C’est ce qui a mené à la manifestation contre le live betting. Nous proposons une organisation sous forme de trépied : une autorité de régulation pour apporter de la cohérence au niveau de jeux, une délégation interministérielle pour faire la même chose au niveau de l’Etat et un pôle de pilotage pour superviser les activités hippiques.

Votre septième proposition est la « création d’un pôle de valorisation des hippodromes ». Quelles activités englobez-vous dans ce projet ?

C’est une question extrêmement importante pour nos 600 adhérents. Nous devons nous inspirer de ce qui se fait en Angleterre. Les hippodromes sont des lieux d’animation en province et nous n’en tirons aucun profit. On passe vraiment à côté de quelque chose. Nous devons nous associer avec des sociétés de référence dans l’univers de l’événementiel et qui ont un savoir-faire en la matière. Outre-Manche c’est une véritable ressource pour le monde hippique. Cela permet aussi d’attirer une nouvelle clientèle, dont des parieurs, sur les hippodromes. La question de la recherche de sponsors est tout aussi cruciale. C’est un chantier qui n’a pas encore été lancé de manière globale dans la filière. Il y a enfin quelque chose à creuser du côté des courses exotiques qui noient les parieurs français, alors que nous disposons d’épreuves en France qui ne sont pas supports d’enjeux PMU. La marge nette de ces épreuves du bout du monde est très faible et les arrivées sont difficiles à prévoir pour les joueurs

Quels sont vos rapports avec les sociétés-mères et le comité de réaction des Jeunes professionnels de la filière Cheval (J.F.P.C.) ?

Nous avons rencontrés les présidents Bellaigue et Rothschild à plusieurs reprises. Les contacts sont cordiaux. Mais ils n’ont pas encore adhéré à nos idées et contestent nos chiffres. Notre principal reproche à destination des sociétés-mères est d’avoir laissé s’installer une situation de dépendance vis-à-vis du PMU qui, dès lors, à tendance à faire ce qu’il veut. Les membres du J.F.P.C., dont certains sont également adhérents chez Equistratis, partagent la plupart de nos idées. Nos divergences sont plutôt dans la mise en œuvre. Nous sommes persuadés qu’il faut faire appel à des compétences extérieures à la filière, en relation avec les socioprofessionnels. Dans les prochains mois, nous serions heureux de pouvoir mettre en place un ensemble cohérent, qui rassemblera Equistratis, l’Association nationale des turfistes et les J.F.P.C., et tous ceux qui militent depuis des années pour une évolution.