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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

LE TOUR DES HARAS – AOÛT 2017 - Hubert Honoré : « Les courses et l’élevage ne peuvent pas continuer sans transformation. »

Élevage / 05.08.2017

LE TOUR DES HARAS – AOÛT 2017 - Hubert Honoré : « Les courses et l’élevage ne peuvent pas continuer sans transformation. »

LE TOUR DES HARAS – AOÛT 2017

Hubert Honoré : « Les courses et l’élevage ne peuvent pas continuer sans transformation. »

 

HARAS D’OMMÉEL

61160 Omméel

 

Comme chaque année, les journalistes de JDG ont visité les haras qui présenteront des yearlings en août chez Arqana. L’occasion d’un questionnaire un peu décalé, placé sous le signe du dix, en hommage au dixième anniversaire de Jour de Galop. Deuxième épisode : Hubert Honoré, du haras d’Omméel.

 

Jour de Galop. – Qui est, selon vous, le plus grand champion des dix dernières années ?

Hubert Honoré. – Hasili (Kahyasi). Elle est la mère de six gagnants de Gr1 : Dansili (Danehill), Intercontinental (Danehill), Cacique (Danehill), Heat Haze (Green Desert), Champs Élysées (Danehill) et Banks Hill (Danehill). Une telle production, c’est exceptionnel.

 

Quel cheval issu de votre haras ou de votre consignment vous a le plus marqué au cours de ces dix dernières années ?

Toronado (High Chaparral). Cet élève de Paul Nataf a gagné les Sussex Stakes et les Queen Anne Stakes (Grs1). C’était un yearling espiègle, avec un certain je-m’en-foutisme. Il était très relax et fluide dans sa démarche. On ne pouvait pas prédire qu’il serait aussi bon, mais il avait une attitude différente des autres. Le poulain nous a été rendu après la vente d’élevage 2010, car il tiquait à l’ours. Il est repassé sur le ring en août 2011 et a perdu ce vice une fois à l’entraînement.

 

 

À quoi rêviez-vous quand vous aviez dix ans ?

Je rêvais d’être missionnaire. J’avais été marqué par ces hommes en robe de bure, avec une grande barbe. Mais au fond, plus que la mission religieuse, c’était surtout les voyages en Land Rover à travers la savane qui me faisaient rêver. J’imaginais les missionnaires en aventuriers, entourés d’animaux sauvages, allant à la rencontre des peuples africains. Ils nous faisaient voyager en nous racontant leurs périples. L’Afrique m’a toujours attiré.

 

Que faisiez-vous il y a dix ans, en 2007 ?

J’avais acquis l’unité réservée aux yearlings, car il est préférable de les séparer des poulinières. Sur ce site, j’ai planté de nombreux arbres. Leur croissance a redessiné le paysage, un peu comme dans « L’homme qui plantait des arbres » de Jean Gionio. On peut changer un paysage en érigeant des bâtiments qui coûtent des millions. Mais on peut aussi le façonner avec les arbres, à moindre coût, en essayant d’imaginer ce qu’ils vont devenir. J’ai planté des fruitiers, mais pas seulement. Les haies protègent du vent, elles accueillent les oiseaux et sont mellifères, ce qui est utile pour mes ruches.

 

Comment vous voyez-vous évoluer, vous-même et/ou votre structure, dans dix ans ?

Sans jouer les Cassandre, je pense que les courses, et par conséquent l’élevage, ne peuvent pas continuer sans transformation. Il faut ouvrir le monde des courses, qui est trop fermé, et changer l’image du cheval. J’ai apprécié la vision de Laurent Albert, le directeur général du Puy-du-Fou, dans les colonnes de Jour de Galop. Il a parfaitement résumé les atouts nécessaires pour bâtir un hippodrome idéal. C’est l’avenir du sport hippique. En ce qui me concerne, dans dix ans, j’aurai plié bagage et j’irai vivre dans la Drôme, afin de me familiariser avec nos amies les abeilles. Je cultiverai les oliviers et apprécierai le chant des grillons. Je compte arrêter l’élevage dans quatre ou cinq ans.

 

Nous avons demandé à un de vos proches de vous attribuer une qualité, parmi les dix listées ici : à l’écoute, calme, courageux, droit, enthousiaste, humble, infatigable, intelligent, original, sage… À votre avis, laquelle a-t-il choisie ?

On aurait pu dire atypique. Mais pour rester dans la liste, je pense qu’on peut dire que je suis enthousiaste. J’ai une grande affinité pour la découverte et la nouveauté. J’aime les challenges, comme lorsque j’ai repris cette structure. Mais aussi quand j’ai commencé le pinhooking, dans les années 1980, ou quand j’ai mis en place un marcheur à eau. Personne ne faisait cela à l’époque. En 1985, j’avais créé un bar avec des petits fours pour les clients aux ventes. Nous étions aussi les premiers à avoir des t-shirts en polychromie aux couleurs du haras. Parfois, je m’emballe un peu, mais j’aime mener un projet à bien.

 

Nous avons demandé à un de vos proches de vous attribuer un défaut, parmi les dix listés ici : autoritaire, bavard, distrait, entêté, impatient, moqueur, possessif, rancunier, secret, stressé… À votre avis, lequel a-t-il choisi ?

Secret. Parfois les gens se demandent à quoi je pense. J’ai tendance à ne pas me livrer totalement et à être distrait.l

 

Qui est votre modèle dans le monde des courses ?

La question est difficile. Est-ce l’entraîneur qui a gagné la course ou le garçon de cour qui vérifie les jambes des chevaux depuis trente ans ? J’ai une profonde admiration pour ces gens de l’ombre. Ils méritent notre respect. Mon modèle dans les courses, c’est un peu le soldat inconnu. J’ai forcément aussi beaucoup d’admiration pour certains grands professionnels, comme Maurice Zilber, qui avait gagné deux Derbys la même semaine. C’est cette réussite collective qui m’intéresse.

 

Qui est votre modèle dans le monde tout court ?

Ils sont nombreux. Ce sont les personnes qui apportent quelque chose en plus à l’humanité. Je pense à Mandela, qui a tant fait pour libérer son peuple de l’apartheid, même si cela n’a pas totalement disparu, comme j’ai pu m’en rendre compte sur place. Son parcours est exemplaire. Je pense aussi à Gutenberg. Son invention, l’imprimerie, a permis de diffuser les connaissances.

 

Que vous apprend une victoire ? Et une défaite ?

Il y a un proverbe japonais que j’aime beaucoup : « On apprend peu par la victoire mais beaucoup par la défaite. » La victoire est éphémère. Elle valorise le travail mais ce n’est qu’un passage. La défaite est mécaniquement plus présente. Chaque défaite remet en cause votre jugement. Si on est à l’écoute, elle permet de rebondir sur d’autres sujets ou d’autres idées. Si elle est plus dure à accepter, elle est aussi plus formatrice. Sénèque disait que le succès est vulgaire. Il faut y faire attention dans les moments d’allégresse.

 

 

Le coup de cœur d’Hubert Honoré. L’homme du haras d’Omméel nous a présenté le lot 11 de la vente d’août. Cette pouliche est un produit de Sea the Stars sur une mère triple lauréate de Listed. Pour accéder à la vidéo, voici le lien.

https://www.facebook.com/jourdegalop/videos/731685540336765

 

 

LES YEARLINGS DE LA VENTE D’AOÛT

Lot           Sexe         Père                                     Mère

11             F.             Sea the Stars                        Katla

114           M.            Kodiac                                 Bailonguera

153           M.            Scat Daddy                          Excellente

188           M.            Olympic Glory                    Lady Oriande

271           F.             Toronado                             Tipsy Me

284           M.            Style Vendôme                    Winter Fashion

296           F.             Olympic Glory                    Atlantic Light

 

LES YEARLINGS DE LA v.2

Lot         Sexe                Père                                        Mère

338        M.                   Penny’s Picnic                       Isarnixe

398        M.                   Olympic Glory                       Sapfo

426        M.                   Bungle Inthejungle                Velvet Revolver

438        M.                   Harbour Watch                      Added Attraction

461        F.                    Kendargent                            Cheap Thrills