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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Olivier Peslier : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre

Courses / 07.08.2017

Olivier Peslier : ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre

Par Adeline Gombaud

Il ne doit pas être loin de son trentième meeting deauvillais. Mais cette année, Olivier Peslier a innové. « Les trois sièges bébé ne rentraient dans aucune voiture, alors nous avons fait la route en camping car. C’est plus pratique quand nous voulons nous promener en famille ! » Olivier Peslier, sa femme Émilie et leurs trois petites filles (16 mois pour la plus âgée et 6 mois pour les jumelles) ont donc pris leurs quartiers d’été sur la côte normande, quittant quelques semaines un pays basque que le jockey mayennais a définitivement adopté.

Les chiffres ne trichent pas. On peut faire dire ce que l’on souhaite aux statistiques. Mais dans le cas d’Olivier Peslier, les chiffres reflètent fidèlement les priorités du jockey, sa façon d’envisager son métier, la quarantaine passée. Olivier Peslier n’a plus l’âge de chasser des records. La course à la Cravache d’or (qu’il a remportée à quatre reprises) est terminée. Il y a cependant un classement où il surclasse ses adversaires, celui des gains par monte. Plus de 9.000 € depuis le début de l’année, là où Stéphane Pasquier, son dauphin, dépasse juste les 5.000 €. « C’est vrai que je privilégie la qualité à la quantité, mais ce qui compte avant tout, c’est se faire plaisir, travailler avec des gens que l’on apprécie, sur le long terme. C’est vrai aussi que je ne monte pas à outrance [il arrive à 170 partants depuis le début de l’année en France, ndlr], parce que je veux profiter de ma famille. »

Basque d’adoption. Il y a maintenant plusieurs années que le crack jockey a quitté Chantilly pour la douceur océane. Il a établi ses quartiers à côté de Bayonne, dans la région de sa femme. Peslier est né mayennais, mais Olivier est devenu basque. « J’aime la franchise de ces gens, leur façon de vivre aussi. On mange bien, on est à côté de la mer et de la montagne, et puis il ne fait jamais froid comme à Chantilly. J’étais lassé de gratter le pare-brise de ma voiture au petit matin… J’ai découvert cette région en allant monter à San Sebastian dans les années 90, et je me souviens qu’au lendemain de l’Arc de Peintre Célèbre, je me suis réveillé avec l’envie de me baigner. Jean-Bernard Eyquem était dans le coin, alors je suis descendu à Biarritz. J’y suis resté trois jours. J’ai adoré ! »

Dans sa propriété, où les chevaux de sa femme ou d’amis viennent parfois se reposer, le jockey se transforme en palefrenier-soigneur, agriculteur, cuisinier… : « Farlow des Mottes est resté un an chez nous ! Bon, il a mangé tous mes palmiers mais c’est un cheval adorable. Emilie gère comme elle l’entend son écurie de course, même si elle me demande parfois mon avis évidemment. Elle a cet esprit de chef d’entreprise que je n’ai pas. On se complète bien. Moi, j’aime soigner les chevaux, entretenir les terres. D’ailleurs il va falloir que je m’achète un nouveau tracteur. Et puis, l’hiver, on fait notre foie gras, nos confitures… »

Toujours là pour les grands rendez-vous. Olivier Peslier a beau vivre à plusieurs centaines de kilomètres du centre névralgique des courses françaises, avouer d’autres centres d’intérêt que les seules courses hippiques, son premier semestre hippique a "de la gueule" : la Poule d’Essai avec Précieuse, le Greffulhe avec Recoletos, les Ribbledale Stakes avec Coronet, le Psyché avec Vue Fantastique, l’Hédouville et le Reux avec Tiberian… « C’est toujours plus intéressant de monter ces courses d’élite. Les bons chevaux, c’est pour eux que l’on se lève le matin. »

Le dernier Gr1 a été arraché d’un nez à Goodwood avec le pur-sang arabe Tayf, lors des Qatar International Stakes. À son retour aux balances, Olivier était heureux comme un gosse : « Je monte en priorité pour Alban de Mieulle et la casaque de Son Altesse le cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani, comme je le fais aussi pour Carlos Laffon-Parias. Ce sont des gens pour qui j’aime travailler. Cette victoire à Goodwood, oui, c’était beaucoup de joie, parce qu’on gagne d’un nez, à l’issue d’une belle lutte, avec ce cheval qui m’avait échappé alors que nous avions course gagnée à Doncaster, l’an dernier. Les arabes sont des chevaux susceptibles. Il faut savoir leur parler. On ne peut pas les monter comme des pur-sang anglais. Ils demandent plus de finesse. J’adore ça. Et puis depuis le temps que je monte pour cette casaque, je connais les familles. J’ai monté la mère de Tayf notamment. L’élevage, c’est vraiment quelque chose qui m’intéresse. »

Arrêter ? Pourquoi ? Quand on aborde le sujet reconversion, la réponse ne tarde pas : « Tant que les choses se passent ainsi, que je prends du plaisir à monter, que je gagne de bonnes courses, que les entraîneurs et les propriétaires sont contents, je ne vois pas de raison d’arrêter. Mais quand j’arrêterai, oui, l’élevage c’est quelque chose qui me tenterait… » En attendant, l’homme a d’autres défi à relever. Tiberian pourrait bien lui offrir une première participation à la Melbourne Cup, si ses propriétaires décident de continuer à lui faire confiance : « C’est une course que je n’ai jamais montée, mais alors oui, c’est une expérience que j’aimerais tenter ! On parle quand même de la course qui arrête la nation. C’est un jour férié là-bas. Il faut avoir le cheval pour et ce n’est pas facile avec cette formule handicap. Un cheval comme Westerner aurait porté quelque chose comme 65 kilos… »

Si l’on mesure la santé d’un homme à sa souplesse, Olivier n’est pas près de raccrocher ses bottes. Vous souvenez-vous de cette pouliche américaine au départ des Oaks d’Epsom, devenue incontrôlable et dont il avait dû s’éjecter ? « C’est comme en course, il a fallu prendre une décision en une fraction de seconde. L’erreur, c’est d’hésiter. Donc j’ai décidé de sauter. J’ai enlevé mes étriers, et j’ai attendu que l’antérieur gauche soit bien placé pour me laisser glisser contre la pouliche. J’ai appris cela quand j’ai fait de la voltige au Moulin à Vent. C’est revenu. J’ai toujours été très souple. Je n’ai eu aucune courbature le lendemain. C’est en revoyant la vidéo que j’ai réalisé la situation dans laquelle je me suis retrouvé. J’ai fait un saut à la Dettori, mais un peu plus vite que lui… » Suivre son instinct. C’est aussi simple que cela.