Les victoires américaines à Royal Ascot relancent le business du gazon aux USA

Institution / Ventes - International / 31.08.2017

Les victoires américaines à Royal Ascot relancent le business du gazon aux USA

Par Adrien Cugnasse

Le 10 septembre, Lexington accueille le Turf Showcase 2017. Pour la première fois, dans un pays traditionnellement dominé par l’élevage et les courses sur le dirt, Fasig Tipton organise une vente réservée aux yearlings destinés au turf. Anna Seitz, la responsable des relations publiques de l’agence, nous a présenté cette vente qui se veut innovante dans le paysage hippique américain.

Jour de Galop. – Dans quel contexte cette vente est-elle née ?

Anna Seitz. – L’idée vient d’une partie de nos clients. Ils l’ont proposée à la direction de Fasig Tipton. Les courses sur le gazon connaissent un regain d’intérêt aux États-Unis. Quarante pour cent des épreuves black types américaines se courent sur cette surface, avec beaucoup de belles allocations à la clé. Dans le même temps, les chevaux américains connaissent une belle réussite en Europe, et en particulier lors du meeting Royal Ascot. C’est une remarquable vitrine. Les victoires au niveau Groupe de Lady Aurelia (Scat Daddy), Con Te Partiro (Scat Daddy), Caravaggio (Scat Daddy), Tepin (Bernstein), Hawkbill (Kitten’s Joy), Brave Anna (War Front) ou Acapulco (Scat Daddy) ont prouvé que l’élevage et l’entraînement américain sont encore dans la course au meilleur niveau sur le turf. Pour les propriétaires et les entraîneurs américains, les chevaux de gazon représentant l’opportunité de courir partout dans le monde. Cet aspect international est important et désormais, il n’y pas que le dirt qui compte. Dès lors, il nous paraissait important de mettre en avant la production américaine qui est destinée au turf. L’annonce de la création de cette vente a été particulièrement bien accueillie par les acteurs du monde hippique outre-Atlantique. Nous avons même été surpris du nombre de soutiens que nous avons reçus dès la première année.

Quel type d’acheteurs visez-vous ?

Cette vente doit pouvoir intéresser à la fois les acheteurs américains et les européens. Les pinhookers pourront y réaliser de belles affaires. En mai 2017, lors de la breeze up d’Arqana, le top price, à 1,4 million d’euros, est revenu à un cheval acquis pour 15.000 $ aux États-Unis alors qu’il était yearling. Notre catalogue comprend 171 chevaux. Ils sont sélectionnés dans la production des meilleurs étalons de gazon américains. Nous avons par exemple quatre produits de Blame (Arch), le père de Senga XX, la gagnante de l’édition 2017 du Prix de Diane Longines, treize descendants de Declaration of War (War Front) qui a donné le très prometteur Olmedo XX, sept produits de Kitten’s Joy (El Prado), le père de Taareef et d'Hawkbill… Enfin cette vente sera l’une des dernières occasions d’acheter des yearlings du regretté Scat Daddy (Johannesburg). Nous avons quatre mâles et une femelle par cet étalon qui réussit si bien en Europe. Ils sont issus de son ultime génération. »

On dit souvent qu’aux États-Unis, un yearling né pour aller sur le turf se vendra moins cher que son équivalent pour le dirt. Est-ce toujours le cas ?

Les prix moyens réalisés par les poulains de dirt sont en effet plus élevés. Mais les choses évoluent. La différence de tarif entre ces deux types de yearlings est moins importante qu’il y a trois ou quatre ans, car la cote des chevaux de turf a évolué positivement. L’amélioration des perspectives de gains sur le gazon a beaucoup joué. Aux États-Unis, l’allocation moyenne d’une course sur le turf est bien plus élevée que son équivalent sur le dirt. C’est très incitatif pour les propriétaires américains. En outre, certains ont des ambitions internationales et les courses sur gazon sont les plus répandues à travers le monde. Courir à Royal Ascot, en France ou à Dubaï, fait rêver beaucoup de gens.

Cette vente est organisée en partenariat avec l’hippodrome canadien de Woodbine. Dans quel objectif ?

Woodbine dispose de l’un des plus beaux programmes sur le gazon d’Amérique du Nord et une nouvelle piste en turf est en cours de réalisation pour une utilisation l’année prochaine. En s’associant avec notre vente, cette société des courses canadienne fait d’une pierre deux coups. Elle touche à la fois des acheteurs de chevaux américains et internationaux. Parmi les sujets acquis lors du Turf Showcase 2017, il y aura forcément des candidats pour les épreuves de Groupe organisées à Woodbine dans les années à venir. En misant sur le gazon, cet hippodrome renforce l’aspect international de son meeting qui attire déjà régulièrement de très bons chevaux européens.

De quelle manière les acheteurs européens ont-ils accueilli l’annonce de la création de cette vacation ?

Les premiers échos sont excellents, comme j’ai pu le constater à l’occasion des ventes de yearlings européennes. Des entraîneurs, courtiers et pinhookers ont déjà annoncé leur venue.

Emmanuel de Seroux : « L’initiative de Fasig Tipton est excellente »

Emmanuel de Seroux (Narvick International) est l’un des courtiers européens les plus actifs aux États-Unis. Il nous a expliqué : « Les principaux investisseurs américains rêvent de gagner le Kentucky Derby et ils concentrent donc leurs achats sur les yearlings de dirt. Cela oriente le marché vers cette surface. Dans ce contexte, l’initiative de Fasig Tipton est excellente. En effet, jusqu’à présent, les pedigrees pour le gazon sont noyés dans une masse de chevaux de dirt au sein des catalogues américains. Dans ce Turf Showcase 2017, les poulains destinés au turf seront rassemblés sur une seule journée. C’est beaucoup plus pratique pour les acheteurs internationaux qui devraient y trouver des prospects intéressants ». Concernant l’évolution du programme de courses sur le turf américain, il a précisé : « Certains éleveurs et entraîneurs aiment les épreuves sur gazon, comme Wesley Ward, qui vient régulièrement, et avec succès, en Europe. La situation s’est améliorée sur la côte Est, avec un nombre d’épreuves plus important. Sur la côte Ouest, en Californie notamment, les choses se sont dégradées, aussi bien au niveau de la qualité des compétiteurs que de l’offre de courses ».

Vers une reprise du commerce transatlantique ?

Le commerce de galopeurs entre l’Europe et les États-Unis est très loin de son niveau lors des années 1970 à 1990. La tentative de Fasig Tipton pourrait faire revenir des Européens dans le Kentucky. Dans le même temps, les acheteurs américains étaient bien présents cette année chez Arqana. Le courtier Jimmy Crupi a notamment acheté six yearlings lors de la vente d’août. Il était alors accompagné de Marco Bozzi qui nous a expliqué : « C’est la troisième fois que je travaille avec Jimmy Crupi. Nous avons essayé d’acheter des chevaux aussi bien nés que possible. Mais nous les avons regardés comme des individus, sans préjugés sur leurs origines. Ils ont été soumis à des examens vétérinaires très approfondis. Nos achats ont pris la direction des États-Unis. Jimmy Crupi a un centre de préparation aux breeze up à Ocala. En fonction de leurs aptitudes, ils iront sur le turf ou sur le dirt. Ceux qui ne s’adaptent pas aux États-Unis reviendront en Europe. Jimmy Crupi a été très positivement surpris par l’excellent rapport qualité/prix des chevaux chez Arqana. Depuis plusieurs années, certains acheteurs américains ont fait leur retour à Deauville, comme Wesley Ward ou Justin Casse ».