Télécharger la dernière édition
French Purebred Arabian

French Purebred Arabian

AUX ORIGINES DE… Bateel, un Vermeille qui va faire date ?

17.09.2017

AUX ORIGINES DE… Bateel, un Vermeille qui va faire date ?

Par Adrien Cugnasse

Le 10 septembre à Chantilly, Bateel a remporté le Qatar Prix Vermeille avec la manière. Cette victoire marque un tournant dans sa carrière et dans celle de son propriétaire, Al Asayl Bloodstock, qui a de grandes ambitions en France.

En 1955, Wild Miss (Wild Risk), le premier galopeur à courir sous les couleurs d’Henri Champliau, remportait le Prix Vermeille. Six décennies plus tard, en 2017, son petit-fils Francis-Henri Graffard présentait pour la première fois une candidate dans cette épreuve. Sa pensionnaire Bateel (Dubawi) a nettement dominé la course pour finalement – et logiquement – décrocher la victoire après enquête. C’est le troisième Gr1 chez les pur-sang anglais de l’entraîneur cantilien. Mais ce succès a également eu une saveur toute particulière pour l’éleveur et propriétaire de la jument, Al Asayl Bloodstock.

Les ambitions d’Al Asayl en France. Bateel offre un premier Gr1 en tant qu’éleveur et en tant que propriétaire à Al Asayl, c’est-à-dire au cheikh Sultan bin Khalifa Al Nayhan et à sa sœur, la cheikha Alyazia. En 2016, ces derniers ont acquis le haras de Vieux Pont en Normandie. Johnnie Peter-Hoblyn manage cette structure et les pur-sang anglais de la casaque. À ce jour, il ne s’était pas encore exprimé dans la presse française et nous a expliqué ce samedi : « Actuellement, nous avons une trentaine de chevaux de course outre-Manche et deux pur-sang anglais dans l’Hexagone, chez François Rohaut et Francis-Henri Graffard. À partir de l’année prochaine, nous aimerions répartir de manière plus équilibrée notre effectif à l’entraînement entre la France et l’Angleterre. Les courses françaises sont très attractives et pas uniquement au meilleur niveau. En 2018, nous aurons 28 poulinières car nous allons en vendre certaines cet hiver chez Arqana. » Johnnie Peter-Hoblyn avait précédemment déclaré au magazine émirati Al Adiyat : « La cheikha Alyazia est vraiment enthousiaste et passionnée par les courses. Cela faisait longtemps qu’elle était à la recherche d’une base pour élever. Le haras de Vieux Pont correspond parfaitement à son projet. Nous travaillons sur le long terme. Notre ambition est de faire partie des éleveurs tête de liste en produisant des chevaux de grande classe (…) L’objectif est d’élever et de faire courir des chevaux capables de remporter les courses européennes et ensuite d'en sélectionner plusieurs pour le meeting de la Dubai World Cup (…) Stationner des étalons en France et en Angleterre fait aussi partie de nos objectifs. Nous élevons pour les produire (…) La Normandie est en pleine ébullition. Les choses bougent vraiment ici et Al Asayl veut accroître sa présence dans le pays. »

Une édition solide. Bruno Barbereau a déclaré dans sa chronique bimensuelle, "Le sport par le temps" : « Le Qatar Prix Vermeille s’est donc déroulé dans un train très sélectif, digne d’un vrai Gr1 (…) Bateel s’impose en 2’32″90, un excellent temps brut dans ce terrain. L’an dernier, Left Hand (Dubawi) avait remporté cette épreuve en 2’33″20. Le terrain était bon en 2016. Cela donne donc une bonne idée du niveau de la performance de la pensionnaire de Francis-Henri Graffard qui est une excellente lauréate du Vermeille. » Sur les dix dernières éditions, le Vermeille 2017 se classe en cinquième position selon le Racing Post Rating de la gagnante. La victoire de Bateel est créditée de 117, soit un point de moins que le premier succès de Trêve (Motivator) dans cette course. Sur ce critère et dans cette épreuve, c’est mieux que Shareta (Sinndar), Stacelita (Monsun), Baltic Baroness (Shamardal), Left Hand (Dubawi)…

1, 2, 3… Dubawi. Les trois premières places du Vermeille 2017 sont revenues à des filles de Dubawi (Dubai Millennium). Néanmoins, être issues du même père ne signifie pas être identiques. D’ailleurs dans la production de son illustre géniteur, Bateel présente un profil assez atypique. Parmi ses trente lauréats de Gr1, seulement 27 % se sont imposés à ce niveau sur 2.400m (ou plus) et 20 % en terrain souple (ou plus). Seuls deux produits de Dubawi cumulent ces deux critères, Bateel et Waldpark (Derby allemand 2011 en terrain lourd). Dans la production de ce sire, six des huit gagnants de Gr1 sur 2.400m sont issus d’une mère black type sur cette distance (ou ayant donné un autre produit répondant à ce critère). Les deux exceptions sont Sheikhzayedroad et Bateel ! Dans un contexte où les étalons sont largement orientés vers la vitesse et la précocité, Bateel ne sera pas difficile à croiser lorsqu’elle prendra la direction du haras. Et ce d’autant plus qu’elle est indemne du sang de Sadler’s Wells (Northern Dancer) et de celui Danehill (Danzig). Une rareté. Les gagnantes du Vermeille ont d’ailleurs un très bon palmarès au haras. Il n’est pas encore possible de juger les lauréates récentes sur leur production, mais les cinq dernières lauréates sur lesquelles on a assez recul (éditions 2005 à 2009) ont excellé dans leur deuxième carrière : Shawanda (mère d’un gagnant classique), Mandesha (mère d’un placé de Gr1), Mrs Lindsay (mère d’un placé classique), Zarkava (mère d’un placé classique et lauréat de Gr1) et Stacelita (mère d’une gagnante classique).

Le croisement de Poet’s Voice. L’alliance d’une fille de Chief’s Crown (Danehill) avec Dubawi a donné deux black types, Bateel et Poet’s Voice (Queen Elizabeth II Stakes, Gr1). Au sujet du croisement qui a donné Bateel, Johnnie Peter-Hoblyn nous a expliqué : « Bateel a été conçue en 2011. Dubawi était déjà pour nous l’un des meilleurs étalons en Europe, mais il était bien sûr beaucoup plus accessible qu’aujourd’hui. La mère était une jument très forte et le croisement avec cet étalon qui n’est pas très grand [officiellement 1,60m, ndlr] nous paraissait intéressant. La mère a été achetée aux États-Unis par Jean-Pierre de Gasté. Elle a depuis été exportée en Arabie saoudite. »

 

   Seeking the Gold
  Dubai Millenium 
   Colorado Dancer
 Dubawi  
   Deploy
  Zomaradah 
   Jawaher
BATEEL (F5)   
   Danzig
  Chief’s Crown 
   Six Crowns
 Attractive Crown  
   Crowned Prince
  Attirance 
   Arosa

 

B comme Bateel… et comme Batthyany. La comtesse Batthyany, qui possédait le Gestüt Erlenhof en Allemagne et Ballykeane Stud en Irlande, a décidé d’investir en France au début des années 1970 en achetant le haras du Bois Roussel. Elle fut l’une des premières promotrices du sang allemand à l’international. La trace des souches qu’elle a importées est tenace dans l’élevage hexagonal. La victoire du "FR" Wings of Eagles (Pour Moi) dans le Derby d’Epsom 2017 en est le meilleur exemple. Bateel descend elle aussi d’une souche allemande issue de l’élevage Batthyany. Sa quatrième mère, Andrea II (Ticino), fut la meilleure 2ans de sa génération outre-Rhin. L’année suivante, elle s’est classée du Preis der Diana avant de remporter l’équivalent allemand du Vermeille. Sa fille Arosa (par le modeste Silver Shark) était une pouliche très courageuse et régulière. La future troisième mère de Bateel a pu le prouver en passant des handicaps à 2ans aux classiques l’année suivante (6e du Diane). Attirance (Crowned Music), la deuxième mère de Bateel, a gagné le Prix des Lilas (L) et s’est classée deuxième du Prix de Sandringham (Gr3). Il y a eu un peu de tout dans la descendance d’Attirance, le meilleur étant certainement Attractive Crown (Chief's Crown), deuxième en terrain souple des Pretty Polly Stakes (aujourd’hui Gr1) de la très bonne Alborada (double lauréate des Champion Stakes). Attractive Crown a donné deux black types, dont Bateel.

LOGO WEATHERBY : http://jourdegalop.com/wp-content/uploads/2017/09/Bateel.pdf

Un palmarès exceptionnel chez les pur-sang arabes. Comme un certain nombre de grandes casaques du Golfe, Al Asayl a débuté avec les pur-sang arabes. L’élevage de ces derniers est actuellement managé par Emmanuel Cessac (haras de Thouars). Cette casaque est présente depuis longtemps dans les courses de chevaux arabes et de nombreux lauréats de Gr1 PA ont porté ces couleurs, comme Abu Alabyad (Akbar), Daffagh Al Asyal (Darike), Fée Al Maury (Dormane), Forgehill Cézanne (Dormane), Fryvolous (Dormane), Magic de Piboul (Dormane), Rb Burn (Majd Al Arab), Séraphin du Paon (Akbar), Sir Bani Yas (Amer)… Ces dernières années, Al Asayl a réduit le nombre de pur-sang arabes à l’entraînement en France et la plupart sont désormais entraînés par Éric Lemartinel à une quarantaine de kilomètres d’Abu Dhabi.