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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Un peu de galop trotte dans la tête de Pierre Pilarski

Courses / 04.09.2017

Un peu de galop trotte dans la tête de Pierre Pilarski

Par Anne-Louise Échevin

Quand le propriétaire du meilleur trotteur du monde (Bold Eagle) décide d’acheter un yearling en août à Arqana, c’est un petit événement… Mais quelle mouche a donc piqué Pierre Pilarski ? Le plus simple est de l'interroger à ce sujet.

 

Lundi 21 août. Arqana, Deauville. Didier Guillemin signe un bon à 100.000 € pour un fils de Charm Spirit. Le futur propriétaire s’appelle Pierre Pilarski : quelle surprise ! L’homme de Bold Eagle a-t-il agi sur un coup de tête ? « Non, ce n’était pas un coup de folie. J’ai passé quinze jours de vacances à Deauville où j’ai rencontré Didier Guillemin. Je l’ai trouvé très sympathique et surtout, quand nous avons parlé du galop, j’ai compris à peu près tout ce qu’il me disait. C’est aussi pour cela que je l’ai choisi. Nous en avons discuté et je lui ai dit : « Il y a les ventes, faites-vous plaisir et achetez un cheval qui vous corresponde. » Je ne dis pas que c’est quelque chose qui va se répéter très souvent mais si je peux acheter un yearling par an, pourquoi pas ? »

En association avec… Jean-Pierre Dubois ! Ce qui est amusant avec l’achat de Pierre Pilarski, c’est qu’il s’agit d’un poulain élevé par Jean-Pierre Dubois ! Encore une passerelle trot et galop, mais pas préméditée : « Les 100.000 € étaient un peu le budget limite. J’avais donné une fourchette à Didier Guillemin. Je ne savais pas du tout que c’était un poulain élevé par Jean-Pierre Dubois. Après la vente, j’ai eu Didier Guillemin au téléphone : « L’éleveur a su que c’était vous et il souhaite garder 25 %. Cela vous dérange-t-il ? » J’ai répondu que je préférais être à 100 % sur le poulain. Il m’a alors dit que c’était Jean-Pierre Dubois. Je ne pouvais pas refuser ! »

Pas partageur, Pierre Pilarski ? « Ce n’est pas que je ne voulais pas partager, mais j’ai cru comprendre que, dans le galop, un cheval est toujours potentiellement à vendre. C’est certainement le rêve de ceux qui ont beaucoup de galopeurs car cela permet de réinvestir. Mais moi, je ne veux pas le vendre ; je viens de l’acheter ! » Le poulain va donc courir sous la casaque "McDonald" de Pierre Pilarski. « Nous espérons que le poulain pourra s’appeler Mister Bold. Nous avons aussi déposé M. Bold et Monsieur Bold. »

Une démarche pédagogique. Pour Pierre Pilarski, il fallait acheter pour apprendre et pour comprendre. Sur le principe, les courses de galop paraissent pourtant plus simples que le trot. Mais pour Pierre Pilarski, le galop a ses propres mystères : « Au niveau des distances par exemple : un cheval comme Bold Eagle est capable de gagner sur 1.600m et 4.000m. Quand j’entends les entraîneurs de galop dire qu’un cheval fait 1.600m mais pas 2.000m, c’est une culture que je n’ai pas. Je suis incapable, à 200m de l’arrivée, de savoir celui qui va bien ou non. J’ai acheté un cheval pour comprendre : il ne va pas courir avant plusieurs mois et j’essaye déjà de regarder les courses différemment. »

Varenne avant Ourasi. Quelles courses fascinent Pierre Pilarski ? « Bien sûr, le Diane, l’Arc de Triomphe… Les grandes courses d’obstacle sont fantastiques aussi. C’est comme le Prix d’Amérique : il fascine les gens, même ceux qui ne connaissent pas forcément très bien le trot. C’est pour cela que, pour beaucoup, le plus grand cheval de tous les temps au trot est Ourasi car il a gagné quatre Prix d’Amérique. Mais je pense qu’un cheval comme Varenne était au-dessus, en termes de palmarès et pour sa capacité à gagner sur tous les continents. »

Pilarski au galop n’est pas Pilarski au trot. Pierre Pilarski compte, en tout, une vingtaine de chevaux sous ses couleurs au trot – et il ne souhaite pas dépasser vingt-cinq trotteurs. « Au galop, je ne sais pas du tout si je vais investir sur le long terme. Ce n’est pas une bouteille à la mer, mais je vais voir comment cela va se passer, si cela m’amuse ou pas. Je ne suis pas dans la démarche de créer une écurie de galop, mais pourquoi pas… Je sais en tout cas que ce ne sont pas les mêmes budgets qu’au trot. »

Pierre Pilarski souhaite-t-il – peut-il – réaliser au galop ce qu’il a fait au trot ? « J’ai peut-être des idées préconçues mais le galop me semble être une science plus exacte que celle du trot. La race est plus fixée. Ce que je vis au trot est, pour moi, quasiment injouable sur la durée au galop. Structurer une écurie comme je suis en train de le faire au trot, avec l’argent de Bold Eagle, je ne le cache pas, me paraît compliqué au galop. »

Et pourquoi pas l’obstacle ? Traditionnellement, on constate plus de passerelles entre le trot et l’obstacle, qui possèdent tous deux une notion d’apprentissage et de mécanisation plus poussée que le plat. Sébastien Guarato a des chevaux chez Arnaud Chaillé-Chaillé. Il est même "Président" pour une année grâce à Via Dolorosa (König Shuffle). Et on n’oubliera pas Jean-Michel Bazire, Joël Hallais, la famille Dubois/Baudron, etc. Mais, pour Pierre Pilarski, l’obstacle n’est pas une option envisageable, du moins pour le moment : « Je ne veux pas. Ne pas être sûr de rentrer avec son cheval après les courses… J’adore l’obstacle, les grandes courses sont magnifiques à voir. Mais cela ne me plairait pas d’être propriétaire. »

Pourtant, l’obstacle offre des carrières longues, comme au trot… « Je crois qu’intuitivement, la brièveté des carrières est ce qui me plaît moins dans les courses plates. Bold Eagle serait déjà au haras depuis longtemps s’il évoluait en plat. Au trot, il peut être en course et au haras, c’est fantastique ! C’est une démarche sportive avant d’être financière. »

Et l’élevage ? Bold Eagle est étalon, ses premiers produits sont yearlings et Pierre Pilarski l’a soutenu lors des récentes ventes Osarus de Vincennes. Cela peut-il obliger le propriétaire à basculer dans une autre dimension ? « Je n’ai pas du tout envie d’être éleveur. J’ai souvent vu des gens avoir de la réussite avec un cheval ou deux et faire de l’élevage. Ils basculent non pas du côté obscur, mais du côté éleveur, et ils perdent le côté propriétaire. Par contre, j’ai des parts de Ready Cash, Brillantissime, Bold Eagle évidemment. J’en vends, j’en échange, je fais des options avec les éleveurs. Je préfère garder une écurie cohérente pour ne pas m’écœurer avec des chevaux de "seconde zone", surtout après avoir vécu tout cela. Aujourd’hui, j’ai deux partants dans le Critérium des 5ans. C’est presque aussi bien qu’avoir un partant dans le Prix d’Amérique ! Et peut-être faut-il donc faire un petit peu de galop pour ne pas exagérer avec les trotteurs ? »