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HISTOIRE, HISTOIRES… - Le Preis von Europa, une victime de l’encombrement du programme international

Courses / 23.09.2017

HISTOIRE, HISTOIRES… - Le Preis von Europa, une victime de l’encombrement du programme international

HISTOIRE, HISTOIRES…

 

Xavier Bougon a consacré toute sa vie aux courses, cultivant sa passion pour l’histoire de notre sport, en complément de ses activités professionnelles dans le cadre de l’Institution. Depuis le mois de janvier 2016, il vous propose une rubrique régulière consacrée à l’histoire des courses.

 

Le Preis von Europa, une victime de l’encombrement du programme international

Ce dimanche, l’Allemagne propose un deuxième Grand Prix sur 2.400m en l’espace de quinze jours. Le premier a eu lieu à Baden-Baden. Le deuxième, ce week-end, va se courir à Cologne. C’est le Preis von Europa. Si certains protagonistes de Baden ont été et sont toujours les bienvenus dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, il en est de même pour ceux de Cologne. À un détail près : être capable de courir deux Grs1 en l’espace de huit jours.

 

 

Le Preis von Europa doit trouver sa place dans un calendrier international surchargé qui propose en l’espace d’un mois de nombreux Groupes sur 2.400m ou plus. Il y a de quoi avoir le tournis entre les deux grandes épreuves allemandes, le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, le British Champions Day (depuis 2011), les Breeders’s Cup, deux courses majeures à Woodbine… Il faut également tenir compte de l’attrait de la Japan Cup (depuis 1981) et de la Melbourne Cup. L’Australie est une destination de plus en plus prisée par les chevaux européens.

 

Un changement de date qui n’a pas été sans conséquence. Créé en 1963, sous la présidence du baron Friedrich-Carl von Oppenheim, le Preis von Europa était programmé durant la seconde moitié du mois d’octobre entre quinze jours et trois semaines après l’Arc. Très prisé, il comptait une moyenne de douze partants, de l’édition inaugurale jusqu’en 1983, malgré la concurrence de Longchamp. En effet, le Prix du Conseil municipal, avec près de quinze partants en moyenne, faisait lui aussi recette.

Le Direktorium a dû s’adapter à la prolifération d’épreuves internationales et a donc décidé d’avancer le Preis von Europa d’un mois dans le calendrier à partir de 1984, année de la création de la Breeders’ Cup. À l’exception de quelques éditions, huit jours seulement séparent Cologne de Longchamp (ou de Chantilly). Et ce qui devait arriver arriva, la moyenne chuta à huit partants. Pour l’anecdote, l’édition 1992 n’accueillait que quatre partants. Le vainqueur, un pensionnaire d’André Fabre, Apple Tree (Bikala), devançait trois pensionnaires de Bruno Schutz.

 

La désertion française. Pour mesurer l’étendue des dégâts, il faut noter la désertion des concurrents en provenance de l’Hexagone qui ne compte que cinq partants en trente éditions. Auparavant, l’entraînement français comptait six gagnants et quatorze places sur le podium. Le dernier vainqueur remonte à 1992. Pour retrouver un français dans les trois premiers, il faut remonter à 1999 avec la troisième place de Persian Ruler (Don Roberto). Avant ce pensionnaire de Dominique Sepulchre, en 1990, il faut aussi noter la troisième place de Turgeon (Caro). Par ailleurs, c’est la quatrième fois depuis trente ans que la course ne compte aucun cheval entraîné à l’étranger.

 

Le gagnant du Derby sera là. La 55e édition du Preis von Europa accueille trois 4ans (dont deux femelles) et cinq poulains de 3ans avec, entre autres, la présence du gagnant du Derby allemand, Windstoss (Shirocco). Celui-ci a fait sa rentrée automnale dans le Longines Grosser Preis de Baden-Baden (Gr1) de Guignol (Cape Cross). Windstoss s’est classé quatrième de cette épreuve, finissant à une longueur de Colomano (Cacique), un autre 3ans, qu’il affrontera de nouveau ce dimanche. Il retrouvera également la deuxième du Derby, Enjoy Vijay (Nathaniel). À ce jour, seulement deux gagnants du Derby ont confirmé la même année dans le Preis von Europa, Lavirco (Konigsstul) et Belenus (Lomitas). Propriété du Gestüt Röttgen, Windstoss est issu de la même famille maternelle que Well Made (Mondrian), vainqueur de cette épreuve en 2002 pour les mêmes couleurs.

 

Deux femelles contre six mâles. Quatre ans, c’est l’âge des deux filles de Soldier Hollow, Kasalla (3e l’an dernier) et Son Macia, qui sont les deux seules femelles ayant accepté d’affronter les mâles. Les deux dernières éditions ont été remportées par une pouliche, Nightflower (Dylan Thomas), à l’âge de 3 et 4ans. Avant son dernier succès, une seule femelle d’âge s’était imposée. Albanova (Alzao) avait 5ans le jour de sa victoire en 2004. Elle est depuis l’une des meilleures poulinières de Lanwades Stud, propriété de l’Anglo-Suédoise Kirsten Rausing. Kasalla est issue de la même famille maternelle que Kondor (Cagliostro), vainqueur de cette épreuve en 1998. Elle appartient au Gestüt Röttgen (famille Mehl-Mulhens).

 

Peter Schiergen domine le palmarès. Peter Schiergen est le triple tenant du titre. Il a remporté quatre éditions sur les cinq dernières années. Même s’il ne peut plus compter sur Nightflower (partie au haras après un échec dans la Japan Cup), il va tenter de décrocher une sixième victoire avec son 3ans Enjoy Vijay, deuxième du Derby allemand 2017.

 

Le vieux le plus capé. La génération des 4 ans sera représentée par le pensionnaire de Jean-Pierre Carvalho, Savoir Vivre (Adlerflug). Ce représentant du baron von Ulmann a fait sa rentrée cet été à Deauville, dans le Prix de Reux (Gr3). Il n’avait pas couru depuis novembre, c’est-à-dire un mois après sa participation au Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. À la fin du mois d’août, il a tenté en vain sa chance une nouvelle fois dans le Lucien Barrière Grand Prix de Deauville (Gr2). Sur la côte normande, il n’a pas démérité, se classant quatrième de Tiberian (Tiberius Caesar). Son propriétaire n’a pas inscrit son nom au palmarès depuis 1995, année de la victoire de Solon (Local Suitor), monté par Peter Schiergen sous l’entité Gestüt Schlenderhan. Savoir Vivre et Solon sont issus de la même famille maternelle, celle de Schwarzgold (Alchimist), l’aïeule de Schonbrunn (Pantheon) et de Sagace (Luthier). Notons que Georg von Ullmann s’est imposé également en 1993 et 1994 avec un certain Monsun (Königsstuhl).

 

L’Arc à huit jours. Des huit concurrents du Preis von Europa, seul Savoir Vivre est engagé le premier dimanche d’octobre. Cette semaine, son entraîneur a confirmé que l’alezan ne serait pas au départ de la grande épreuve cantilienne. Seul le français Baby Turk (Northern Baby), après une deuxième place à Cologne en 1986, a été aligné au départ de l’Arc de Triomphe huit jours après. D’autres ont patienté quinze jours, tels que Sumayr (Ela Mana Mou), gagnant en 1985 avant de prendre une quatrième place à Longchamp. L’allemand Abary (Roi Dagobert), troisième à Cologne, a lui aussi rejoint les bords de Seine, sans résultat notoire.