L’ÉDITORIAL -  Payons l’arrivée provisoire !

Autres informations / 15.09.2017

L’ÉDITORIAL - Payons l’arrivée provisoire !

Par Mayeul Caire, directeur de Jour de Galop

LeTrot vient de prendre une décision très symbolique, en modifiant son Code : désormais, sept foulées irrégulières (traquenard, aubin – mais pas galop) seront autorisées dans la ligne droite, au lieu de cinq. Dans quel but ? Limiter les enquêtes et les arrivées modifiées. On voit bien les bénéfices attendus, avec un plus grand nombre d’arrivées publiées très rapidement, donc des gains payés plus vite aux parieurs, donc une optimisation du recyclage. Car c’est cela, le caractère décisif de cette mesure : plus le PMU paie vite, plus les gains (de la course précédente) se recyclent en enjeux (dans la course suivante).

La chose peut sembler anodine pour quelqu’un qui ne connaît pas bien la mécanique du pari hippique ; elle ne l’est pas du tout ! Chaque seconde gagnée pour afficher l’arrivée officielle vaut des milliers d’euros d’enjeux supplémentaires… Cela faisait d’ailleurs dire récemment à Emmanuel de Rohan-Chabot qu’il faudrait payer dès l’arrivée provisoire. En payant tous les paris simples tout de suite, le PMU va faire plus de chiffre d’affaires ; et même s’il lui faudra parfois payer deux arrivées (la provisoire, et la définitive modifiée), ce qu’il paiera en double sera inférieur à tout ce qu’il aura gagné dans les autres courses.

La décision des responsables du trot français doit évidemment être analysée à la lumière d’une érosion structurelle du pari hippique. Dans ce contexte, les sociétés de courses doivent faire évoluer leur "logiciel" et tenir compte, désormais, des habitudes et désidératas des parieurs. Certes, ceux-ci ne sont pas directement leurs clients, mais dans la mesure où ils contribuent très largement au financement de la filière, il serait suicidaire de faire comme s’ils n’existaient pas.

France Galop va d’ailleurs dans ce sens avec sa quête de partants (plus il y a de partants, plus les parieurs jouent). Cela ne va pas sans mal car l’objectif "clients" n’est pas toujours en cohérence avec la logique sportive. Reprenons l’exemple du trot : tolérer sept foulées va clairement dans le sens du parieur, mais sportivement ? Sportivement, cela revient à dégrader le niveau d’exigence sportif, en laissant gagner des chevaux qui respectent un peu moins les règles… et s’éloignent un peu plus du pur trot. C’est pareil au galop lorsque l’Institution réduit le nombre de maidens pour avoir plus de partants par course : l’intérêt du parieur est bien là, mais pas toujours celui de l’élevage et du propriétariat, qui demande un programme le plus large possible.

Surtout, je crois qu’il faut mettre en parallèle la décision des trotteurs avec la trop longue enquête du Prix Vermeille. Avec tout le respect dû aux commissaires, les trente-cinq minutes constatées entre l’arrivée provisoire et l’arrivée officielle sont dramatiques – surtout en réunion 1 le dimanche. Pendant 35 minutes, tous les parieurs qui avaient misé sur le Vermeille (et ils étaient très nombreux) ont vu leur argent bloqué. Impossible de rejouer. Perte sèche pour toute la filière : plusieurs centaines de milliers d’euros ! Sans compter l’effet négatif en termes d’image de marque… « Ils m’ont empêché de toucher le gagnant de la prochaine, ont dû se dire certains turfistes. La prochaine fois, je ferai un Loto. »

Alors que faire ? Sincèrement, sur le plan sportif et vis-à-vis de l’entourage des chevaux concernés par l’enquête, il est impossible de bâcler l’enquête ! Ce serait même scandaleux. Nous en revenons donc à la suggestion d’Emmanuel de Rohan-Chabot : il faut payer l’arrivée provisoire, au moins au jeu Simple. Ainsi, les commissaires pourront juger en paix et les parieurs ne seront pas pénalisés.