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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

LE MAGAZINE  Hubert de Watrigant : « Ce que je transcris sur une toile, c’est un bruit »

Courses / 17.09.2017

LE MAGAZINE Hubert de Watrigant : « Ce que je transcris sur une toile, c’est un bruit »

 

Hubert de Watrigant est un peintre, dessinateur et sculpteur autodidacte. Il n’expose pas souvent en France. Du 28 septembre au 7 octobre, il présente ses œuvres à la galerie Etienne de Causans, 25 rue de Seine dans le XIe arrondissement de Paris. L’occasion pour Jour de Galop de le questionner sur les relations entre l’art et les courses hippiques.

Jour de Galop. – Quel est le thème de votre exposition ? 

Hubert de Watrigant. – L’exposition s’intitule "D’un monde à l’autre". J’ai choisi le titre car il englobe le monde du cheval pour lequel je suis le plus connu pour aller jusqu’au monde du taureau. Entre ces deux mondes, j’invite les personnes à faire un petit tour vers le Japon et les intérieurs ; ce mot peut intriguer, je l’espère. Pour lever le voile, il faut venir voir. Ma relation avec le cheval est connue, mais les personnes qui me suivent savent que le taureau m’intéresse. Le reste est plus discret. Mon but est de les emmener vers d’autres mondes que je transcris sur la toile et le papier.

Comment la vocation de peintre vous est-elle venue? 

Je n’ai pas eu de déclic. Je suis né avec. D’aussi loin que je me souvienne, je dessinais. Cette passion est due à des antécédents familiaux. Les choses se sont faites naturellement. Je n’ai pas fait d’école spécialisée et je n’ai pas suivi un maître. J’essaye de donner envie aux gens, de les intéresser à ce que je fais. Cela ne se passe pas que par le regard et très souvent, ce que je transcris sur une toile, c’est un bruit. Si l’on va aux courses et que l’on regarde mes tableaux, on peut entendre quelque chose. Si les gens le perçoivent, je suis arrivé à mes fins, l’essentiel est qu’ils soient touchés d’une manière ou d’une autre.

Qui sont vos inspirations, parmi les grands peintres ?

Je n’ai pas de peintre préféré. J’ai été m’inspirer de beaucoup d’éléments. Pablo Picasso disait : « Moi, quand il y a quelque chose à voler, je le vole ». C’était un génie qui admettait le fait qu’il faille voler, ou s’inspirer un peu partout. J’ai des goûts assez éclectiques, j’apprécie Picasso mais aussi Le Caravage, Théodore Géricault, Princeteau, Salvador Dali et Nicolas de Staël. Ce sont plutôt des tableaux qui vont focaliser mon attention. Par exemple, la Vocation de Saint Mathieu de Caravage, exposé à Rome. Je m’y suis arrêté des heures pour l’observer. Il faut mettre des pièces pour avoir la lumière et après avoir mis tout mon argent, j’ai dû attendre que d’autres visiteurs mettent le leur pour que je puisse continuer à en profiter. Ce tableau offre une sensation unique à qui le regarde. Le tableau est quelque chose qui vous transporte. Face à un Monet ou un Matisse, même si l’on n’a pas la connaissance des arts, quelque chose se produit. Et si ce n’est pas le cas, on passe au suivant.

Comment jugez-vous l'évolution du rapport entre l'art et les courses de chevaux ? 

Le monde hippique est pauvre en art. Je fais une généralité, mais je le pense. Quand l’on va discuter avec un entraîneur ou un propriétaire, ils peuvent être amateur d’art, avoir envie ou un besoin de l’art, mais ce n’est pas la majorité. Néanmoins, j’ai l’honneur d’avoir des tableaux chez un certain nombre de professionnels ou amateurs. En apparence, je trouve que l’art n’est pas présent dans les courses en France. Par exemple, est-il prévu dans le Nouveau Longchamp un musée dédié aux courses, où l’on pourrait découvrir et admirer des œuvres d’art ? Je ne veux pas être catégorique : cependant, quand j’expose à Londres, l’accueil est plus chaleureux et des personnes du milieu hippique viennent. Jusqu’à présent il a été difficile de faire venir le monde des courses à mes expositions en France. Il est possible de trouver des raisons comme un emploi du temps difficilement conciliable avec des sorties mais je pense qu’il y a autre chose. J’aimerais que l’art soit associé aux courses et pour l’instant, ce n’est pas le cas. Si je regarde les affiches des grands événements hippiques, comme le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, cela me désespère un peu. Je suis de parti pris, étant peintre, mais l’art est à la traine dans ce milieu que je côtoie depuis longtemps. Et, je ne suis pas le seul à le penser. Matthieu Sordot, un confrère, a exposé pendant le meeting de Deauville, il a vu très peu de monde. Alors bien sûr, quelques-uns sont intéressés par la peinture, mais ils ne sont pas nombreux. Je ne désespère pas de faire venir le monde hippique à mon exposition. J’ai une concomitance avec l’Arc, ce sera peut-être une bonne chose. Après plus de quarante ans  dans l’art et les courses hippiques, je ne désespère pas d’avoir une petite reconnaissance de leur part.

Existe-t-il encore des grands collectionneurs d'art équestre ? 

Sûrement ! Je connais des collectionneurs de chevaux, chasse… Cela fait partie de l’art équestre. Peut-être que, comme le figuratif, le monde équestre est perçu péjorativement. Par le passé, j’allais démarcher des galeries pour dire ce que je faisais et les gens me répondaient qu’ils ne souhaitaient que de l’art contemporain ! Quand j’ouvre un dictionnaire, contemporain signifie "de maintenant" et jusqu’à preuve du contraire, je ne suis pas mort. Je pense que la majorité des collectionneurs d’art équestre ont des œuvres du XIXe siècle, début XXe. Si l’on parle de toutes les époques, on peut remonter jusqu’aux peintures rupestres. Je pense que le plus grand collectionneur de ce thème fut Paul Mellon, grand propriétaire, notamment du crack Mill Reef. Il y a des collectionneurs d’art équestre contemporains. Mais le credo des collectionneurs étant "pour vivre heureux, vivons cachés", ils ne le crient pas sur les toits.

Existe-il des artistes hyper contemporains qui traitent le thème des courses ?

Bien sûr, il y en a en France, en Angleterre. Sir Alfred Munnings, que je considère comme contemporain, est un artiste magnifique. J’ai connu des confrères aux États-Unis, dans les années 1980. C’est très amusant de voir leurs évolutions comparées à la mienne. J’ai un avantage sur d’autres peintres, quarante et un ans de métier. Cela commence à compter. Surtout qu’il faut être patient dans la peinture. Le principal problème reste les galeries. Il n’en reste plus beaucoup qui souhaitent exposer ce type d’œuvres. Je n’expose pas souvent à Paris, en général seulement tous les cinq ans. Cela se passe généralement bien mais, si je devais venir plus souvent, cela poserait des problèmes. Quand l’on expose, on ne sait pas l’accueil que l’on va recevoir. Une exposition, c’est des mois de travail, de choses que l’on est allé chercher au plus profond de soi et l’on se met à nu, au regard des autres. Ce n’est pas évident ! J’ai moins d’inquiétude quand l’exposition a lieu à Londres car il y a un socle, une tradition de l’art équestre. En France, il y a un réflexe qui est que si l’on peint les couleurs d’un propriétaire, un autre va faire la remarque et ne pas être intéressé par le tableau. De même, si je mets en avant les couleurs d’un propriétaire, il va me demander quel est le cheval représenté. L’Anglais ne se pose pas de questions. C’est d’abord la peinture qui l’intéresse.

Vous portez aussi beaucoup d’importance à la beauté dans vos œuvres, que cela signifie-t-il ?

La beauté doit être un critère pour une œuvre d’art. Faire de la peinture dans le but que ce soit laid est quelque chose que j’ai du mal à comprendre.  Je ne suis pas au goût du jour, mais je ne désespère pas que les choses se transforment. À la mairie du Ve arrondissement de Paris, est proposée une exposition sur la peinture française, dont le but est de réconcilier l’art et la beauté.

Votre autre passion, c'est la corrida : quelles sont les passerelles entre les courses de taureaux et les courses de chevaux ? 

Il y en a une, qui ferait hurler les anti-corrida, c’est l’amour de l’animal. Je pense qu’un entraîneur aime son cheval comme un éleveur aime son taureau. Dans mes tableaux, le taureau est mis en avant. C’est un animal très intelligent. On a forcément une affection pour cet animal même si on sait que le but est qu’il soit tué. Théophile Gautier clamait que le lion était le roi des animaux, erreur : face à un taureau, le lion s’enfuit.

J’ai la passion du cheval grâce à ma famille. C’est la même chose pour le taureau. On m’y a initié quand j’étais petit et cela m’a intéressé. Les taureaux et les chevaux sont des animaux que je trouve passionnants, qui m’intéressent picturalement. De plus, le cheval intervient dans la tauromachie. Chacun voit les choses à travers son prisme, le mien est avant tout esthétique. La passerelle évidente est la peinture.