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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

La paix de Keeneland

Institution / Ventes - International / 13.09.2017

La paix de Keeneland

Lundi 11 septembre 2017 est une date qui restera dans les annales des courses et de l’élevage. On se souviendra pendant longtemps du jour où "la paix de Keeneland" a mis fin au boycott des étalons de Coolmore – et de leur production – par Godolphin. Le traité de paix était en fait le bon signé pour deux produits du regretté Scat Daddy (Johannesburg). Cela faisait douze ans que Godolphin n’avait pas acheté le produit d’un étalon officiant pour Coolmore…

Après ce premier signal, la confirmation est venue lors de la deuxième session, mardi. Les trois hommes de confiance du cheikh Mohammed (John Gosden, Anthony Stroud et David Loder) ont signé les bons d’achat pour sept autres yearlings, dont deux fils d’Australia (Galileo), une fille d'Uncle Mo (Indian Charlie) et un produit de Lookin at Lucky (Smart Strike). Trois yearlings issus d’étalons Coolmore bien vivants.

Les deux top price pour Australia. Australia vient de terminer sa troisième saison de monte. Ce double lauréat de Derby officie à 35.000 € en Irlande et ses premiers yearlings passent actuellement en vente. Godolphin a acheté deux de ses produits à Keeneland en ce début de semaine. Le lot 224 est issu de la souche d’Enable (Nathaniel). Le lot 460 descend de la rapide Gallanta (Nureyev), qui était elle-même issue de l’élevage Niarchos. Ils ont respectivement coûté 490.000 $ et 300.000 $. Parmi les onze produits d’Australia passés en vente publique, ces deux-là sont pour l’instant les plus chers.

Uncle Mo, pour l’amour du dirt.  Uncle Mo est le jeune étalon le plus prometteur des États-Unis. Il officie dans la base américaine de Coolmore. Son prix de saille est passé de 35.000 $ à 150.000 $. Leur père surfe en effet sur une vague alimentée par une quinzaine de black types, dont Nyquist, le héros du Kentucky Derby 2016. Godolphin a déboursé 475.000 $ pour une pouliche, le lot 240, qui présente un pedigree totalement orienté vers le dirt.

Le nouveau Scat Daddy. Lookin at Lucky est lui aussi un étalon de dirt. Coolmore le proposait à 17.500 $ en 2017, sa septième saison à Ashford Farm. Comme Scat Daddy en son temps, il part au Chili en hiver. En deux générations, Lookin at Lucky a déjà produit neuf gagnants de Groupe, dont quatre de Gr1. Godolphin a mis 300.000 $ sur la table pour repartir avec le lot 314, un demi-frère de Collected (City Zip), le 4ans qui a battu Arrogate (Unbridled’s Song) dans le Pacific Classic (Gr1). Ce poulain est issu d’une souche qui a aussi fait ses épreuves en Europe, sur le gazon.

Et un Dubawi, bien sûr… Sur les deux premiers jours, Godolphin a investi 5,58 millions de dollars pour onze yearlings. Il est intéressant de noter qu’un seul de ces poulains est issu d’un étalon Darley. C’est un mâle par Dubawi, le lot 33. Ses deux premières mères, Icon Project (Empire Maker) et La Guerrière (Lord at War), sont lauréates de Gr1. L’année dernière, John Ferguson était en charge des achats de Godolphin. Il avait acquis cinq sujets, dont trois War Front (Danzig) pour un total de 2,245 millions de dollars.

Coolmore en quête des derniers Scat Daddy. Coolmore était déjà à l’origine du top price de lundi, une pouliche par Tapit à 2,7 millions de dollars. Les Irlandais ont acquis huit sujets, quatre mâles et quatre femelles, dont trois Scat Daddy. L’addition est de 5,485 millions de dollars alors que l’année dernière, M.V. Magnier, sans associés, avait acheté cinq lots pour 5,525 millions de dollars, ainsi que deux en association, pour un total de 8,450 millions. Cette année, il faut noter la présence d’un achat de M.V. Magnier en partenariat avec White Birch, l’entité de Peter Brant. C’est un mâle par Uncle Mo (le lot 236) qui a fait monter les enchères jusqu’à 675.000 $.

Peter Brant, un nouvelassocié ? Il ne s’agit pas d’une nouvelle association car l’éleveur et propriétaire américain, qui est revenu sur le devant de la scène, a envoyé à Galileo cinq des poulinières qu’il avait acquises l’année dernière. Peter Brant a acheté huit yearlings en solitaire, dont cinq pouliches, pour 3,730 millions de dollars. Deux pouliches sont issues de l’Argentin Candy Ride. Elles ont coûté 550.000 et 500.000 $.

Pas un seul War Front pour Magnier. Tous les achats de M.V. Magnier sont des produits d’étalons Coolmore, sauf la pouliche qui a réalisé le top price. Parmi eux, il n’y a pas un seul War Front. Il ne s’agit pas d’une perte de confiance, bien au contraire, car les Irlandais ont déjà beaucoup de produits de lui, en plus de ses fils au haras (War Declaration, War Command et Air Force Blue). Chez Aidan O’Brien, on trouve 16 poulains de 2ans par War Front.

Un boycott à sens unique. Coolmore n’a jamais vraiment boycotté les produits d’étalons officiant pour Darley. Quand l’opportunité était intéressante, ils ont acheté, surtout en Australie et aux États-Unis, des yearlings estampillés Darley. C’est le cas de Pride of Dubai (Street Cry), qui a fait carrière sous la casaque de Son Altesse le cheikh Mohammed bin Khalifa Al Thani, le cousin du cheikh Mohammed. Il officie pour Coolmore entre l’Australie et l’Irlande. Vancouver (Medaglia d’Oro), le gagnant des Golden Slippers (Gr1), a été acheté pour 40 millions de dollars et fonctionne en Australie et au Kentucky. L’année dernière M.V. Magnier avait payé un million de dollars pour un fils de Medaglia d’Oro nommé Marzo, qui vient de débuter sous l’entraînement de Todd Pletcher. Lors des breeze up de Fasig-Tipton, un fils de Bernardini est passé sous les couleurs de Coolmore pour 1,450 million de dollars.

Nouveau scénario pour les ventes-boutiques. La paix de Keeneland va marquer les ventes de yearling, comme le book 1 de Tattersalls en octobre ou celle de Goffs Orby. Les éleveurs des 28 fils de Galileo proposés dans les deux ventes (21 à Newmarket et 7 en Irlande) ont déjà mis le champagne au frais. En effet, leurs yearlings vont avoir des visiteurs supplémentaires. Et une fois un certain prix dépassé sur le ring, ils ne se retrouveront plus tout seuls pour défendre leurs poulains. C’est la même chose pour ceux qui présentent les 33 yearlings par Dubawi (30 à Newmarket), les 25 par Shamardal (23 à Tattersalls) et tous les autres produits d’étalons qui appartiennent aux deux superpuissances de l’élevage mondial.

Qui payera le prix de la paix ? Le premier effet de la trêve sera donc plutôt positif pour les éleveurs qui ont utilisé les services des étalons de Coolmore et de Darley. Les autres, qui ont choisi de se diriger vers les non-alignés, vont peut-être souffrir dans l’immédiat. Pour l’avenir, le scenario est plus ouvert, car quelques yearlings et quelques saillies, aussi chers soient-ils, ne vont pas bouleverser le secteur économique du galop mondial. Cette paix de Keeneland, comme tous les accords entre deux puissances, n’est pas vraiment une promesse de prospérité. Il ne faut pas trop prendre au sérieux notre petit jeu des courses et de l’élevage. Mais souvenez-vous des scènes de liesse qui ont suivi la chute du mur de Berlin. Cela a effectivement changé beaucoup de choses mais le monde ne s’est pas transformé en Disneyland…

 

LEXINGTON (US), MARDI

Un marché très solide et le retour de Cheveley Park Stud.

La barre du million de dollars n’a pas été franchie ce mardi à Keeneland. En revanche, 22 yearlings ont été adjugés à plus de 500.000 $. Le chiffre d’affaires a atteint 48,221 millions de dollars, avec un prix moyen à 248.562 $ et un médian à 200.000 $. Le pourcentage de vendus (194) est de 66,21 %. Le cumul des deux jours affiche un chiffre d’affaire de 102,396 millions. Le top price de la deuxième session a été acheté par Kerri Radcliffe, agissant pour Phoenix Thoroughbred. Elle est monté à 950.000 $ pour avoir le lot 506, un mâle par le très convoité Scat Daddy (Johannesburg). C’est le premier produit de la placée de Stakes Miss Lamour (Mr Greeley). Le poulain sera entraîné à Newmarket par Jeremy Noseda, le mari de Radcliffe.

Plusieurs acheteurs européens se sont manifestés tout au long des deux premiers jours. L’affinité de la famille Niarchos pour les étalons américains ne date pas d’hier. Ce n’est donc pas une surprise de voir qu’ils ont acquis la propre sœur de Caravaggio (Scat Daddy) pour 550.000 $ lors de la première session. On notera par ailleurs le retour, après 12 années d’absence, de Cheveley Park Stud. Le manager du célèbre haras anglais, Chris Richardson, a eu le dernier mot à 750.000 $ pour le lot 400, une pouliche par War Front (Danzig) et La Conseillante (Elusive Quality), qui avait remporté ses trois premières sorties, dont le Prix FBA - Aymeri de Mauléon (L) sous la férule de Jean-Claude Rouget. La troisième mère de la pouliche, Winning Colors (Caro), est la dernière femelle à avoir battu les mâles dans le Kentucky Derby.