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Jour de Galop

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LA SEMAINE DE L’ÉLEVAGE - Sea the Moon tutoie les étoiles

Élevage / 05.09.2017

LA SEMAINE DE L’ÉLEVAGE - Sea the Moon tutoie les étoiles

 

Par Franco Raimondi

Ce n’est pas tous les jours qu’un yearling issu d’un étalon de première production, faisant la saillie à 15.000 £, est adjugé 460.000 €. Il a beau cocher toutes les cases, comme on dit dans le jargon des ventes, cela ne suffit pas forcément pour engendrer un retour de presque trente fois le tarif de son père. Surtout si sa page de catalogue est bonne, mais pas exceptionnelle, et que le meilleur produit de sa mère est un troisième du Prix du Cadran. Sea the Moon (Sea the Stars) est l’étalon en question, Godolphin l’acheteur de son fils chez BBAG, et le Gestüt Gorlsdorf l’éleveur du poulain.

Le meilleur vainqueur de Derby en 2014. Le 8 juillet 2014, deux jours après le Derby allemand, le classement des Longines World’s Best Racehorses offrait une surprise : le gagnant de Hambourg, Sea the Moon, avait un rating de 124, c’est-à-dire une livre de plus qu’Australia (Galileo), le double lauréat d’Epsom et du Curragh, et cinq de plus que The Grey Gatsby (Mastercraftsman), qui avait remporté le Prix du Jockey Club. Un mois après, la valeur du champion allemand fut revue à la hausse : 125. Il était alors le meilleur 3ans du monde sur 2.000m et plus, une livre de plus que l’américain California Chrome (Lucky Pulpit).

Onze longueurs, presque un record. Sea the Moon n’a recouru qu’une fois après son exploit dans le Derby, où il avait laissé son dauphin, Lucky Lion (High Chaparral), à onze longueurs. C’est la marge la plus grande dans l’histoire des Derby en Europe après les molte (beaucoup) utilisés en Italie pour Nearco (Pharos), qui avait passé le poteau avec plus de 20 longueurs sur ses rivaux en 1938, et les douze longueurs de St Jovite (Pleasant Colony) dans le Derby irlandais 1992. Même le grand Shergar (Great Nephew) n’avait fait afficher que dix longueurs lors de sa démonstration à Epsom en 1981. Sea the Moon s’était décalé le long de la lice des tribunes, où le terrain était meilleur, et cela avait pu accroître son avantage. À la suite de ce succès, il était devenu le favori du deuxième Arc de Trêve mais il fut retiré après une mauvaise deuxième place dans le Grosser Preis von Baden (Gr1). D’après les ratings, pour battre la championne de Christiane Head-Maarek, il aurait dû progresser de quatre livres. En fin de saison, il avait devant lui, avec un rating de 127, trois chevaux de sa génération : Australia, The Grey Gatsby et le miler Kingman (Invincible Spirit).

Une place chez Lanwades Stud. Sea the Moon est resté un grand point d’interrogation pour tous les analystes qui, coupablement, regardent les performances allemandes du coin de l’œil. C’était un cheval compliqué mais avec beaucoup de puissance et pas facile à placer comme étalon. Kirsten Rausing aime proposer des chevaux pas banals dans son haras de Lanwades Stud, sous la griffe The Independent Option, qu’il ne faut pas traduire. Sea the Moon a fait ses débuts à 15.000 £. Un bon prix pour un crack qui n’était jamais sorti d’Allemagne, issu d’une fille de Monsun propre sœur de deux lauréats du Derby allemand, Schiaparelli et Samun. Il a eu 127 poulinières pleines et 110 yearlings d’après son site www.seathemoon.de.

Le soutien de son éleveur. Le Gestüt Gorlsdorf a offert un soutien très important à son champion. Trente de ses premiers yearlings sont signés Gorlsdorf, ainsi que 27 foals, et en 2017, l’étalon a reçu 30 poulinières de son éleveur.  Pour avoir une idée plus précise de la confiance du haras, il faut expliquer que sur les 59 poulinières recensées par le site Gorlsdorf, neuf seulement ont visité d’autres étalons alors qu’en suivant la politique d’élevage de Heike Bischoff et de Niko Lafrentz, les juments ne sont saillies qu’une année sur deux.

Un étalon pas commercial. Il ne s’agit pas d’une surprise que le top price de BBAG soit un produit Gorlsdorf, tout comme le deuxième top, une pouliche achetée par Peter & Ross Doyle pour 180.000 €. Gorlsdorf a vendu à Baden-Baden 6 des 7 yearlings par Sea the Moon qu’il a présentés, et 2 autres, un demi-frère de la gagnante black type Tickle me Blue (Iffraaj) et un fils de la double lauréate en France Sopran Gallow (Galileo), seront présentés respectivement dans le book 1 de Tattersalls et à Goffs Orby. Au total, 44 yearlings de Sea the Moon sont proposés en vente en Europe, ce qui est beaucoup pour un étalon qui, en principe, a surtout été utilisé par des éleveurs qui font courir.

L’inbred sur la grande Urban Sea. Au niveau des croisements, il faut noter que plusieurs éleveurs n’ont pas hésité à envoyer à Sea the Moon des poulinières issues d’étalons de tenue. Quatre de ses yearlings, fils de poulinières par Galileo, affichent un inbred 3x3 sur la grande Urban Sea (Miswaki) alors que le père de mères le plus présent dans les croisements est Danehill Dancer (Danehill), avec cinq de ses filles. Douze des premiers yearlings par Sea the Moon sont "FR" et une, Boca Poca, par Wandering Spirit (Dashing Blade), est élevée par les Wertheimer.

Reliable, mais pas précoce. La Grosse Woche, la grande semaine de Baden-Baden, nous a apporté une autre histoire. Reliable Man XX (Dalakhani), le gagnant du Prix du Jockey Club 2011, y a enregistré son premier lauréat de Groupe en Europe. Parmi les First Season Sires de cette année, il n’était pas le plus indiqué pour sortir un 2ans black type. Lui-même n’avait fait ses débuts que le 12 avril de ses 3ans et côté pedigree, à un fils de Dalakhani et d’une fille de Sadler’s Wells, on peut demander classe et tenue mais pas de la précocité. Sa fille Narella, lauréate de Zukunftsrennen (Gr3) sur 1.400m, n’est pas précoce. Elle est tout simplement bonne. Elle est issue d’une gagnante black type par Monsun, sa mère est une demi-sœur de Nassau (Soldier Hollow) qui a donné la gagnante des Oaks d’Italie (Gr2) Nepal (Kallisto), et la deuxième mère, Nagoya (Goofalik), détient depuis 1999 le record du classique de San Siro qui était à l’époque encore Gr1.

Son avenir en France. Si la vente BBAG avait eu lieu ce lundi, la deuxième production de Reliable Man aurait eu un accueil bien différent. Sur 10 yearlings, 4 ont trouvé preneur à un prix moyen de 24.125 €, ce qui est très correct pour un étalon qui a officié à un tarif de 6.000 €. Une pouliche prometteuse ne suffit pas pour faire un étalon mais le retour en France, au haras du Thenney, d’un gagnant de haut niveau du Prix du Jockey Club est une bonne nouvelle pour les éleveurs qui ne cherchent pas que vitesse et précocité.

Bravo Jalila. Il nous reste à fêter la première victoire de la cheikha Al Jalila,  qui a repris la glorieuse casaque de son père, le cheikh Mohammed Al Maktoum. Lundi à Windsor, sa pouliche de 3ans Royal Line (Dubawi) s’est imposée dans le plus commun des canters, lors de ses débuts. L’élevage, c’est un jeu magnifique : cette Royal Line est issue de Melikah (Lammtarra), la célèbre pouliche à dix millions de francs dont on vous a raconté l’histoire il y a quelques semaines. Oui, il s’agit de la seule fille d’Urban Sea sous le contrôle Maktoum. Urban Sea est la mère de Galileo et aussi de Sea the Stars, le père de Sea the Moon…