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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

ARC - Arrêt sur trois images - Par Adeline Gombaud

Courses / 02.10.2017

ARC - Arrêt sur trois images - Par Adeline Gombaud

Arrêt sur trois images

Par Adeline Gombaud

S’il ne fallait retenir que trois images de ce dimanche d’exception… Pas facile après une journée comme celle que nous venons de vivre, mais voici ma sélection, forcément subjective.

Sa Majesté Enable

J’avais déjà eu la chance de voir trois champions gagner l’Arc. Zarkava, Sea the Stars, et Trêve. Depuis dimanche soir, je peux ajouter un quatrième nom à cette liste, celui d’Enable. Bien sûr, la performance de la pouliche du prince Khalid Abdullah peut être étalonnée via plusieurs facteurs objectifs, rassurants pour un esprit cartésien comme le mien. Enable me facilite la tâche en ce sens. Première pouliche de 3ans anglaise à figurer au palmarès. Premier doublé avec les Oaks. Première pouliche à remporter les King George et l’Arc la même année. Cinquième Groupe 1 remporté en moins de quatre mois. Là, déjà, on tient quelque chose de peu ordinaire.

Puis il y a le verdict de la course. Un écart de deux longueurs et demie sur un cheval comme Cloth of Stars, auteur au printemps du triplé Exbury - Harcourt - Ganay.

Il y a aussi ces mots de ceux qui la connaissent le mieux. « La meilleure femelle que j’aie montée », a indiqué Lanfranco Dettori. En 1994, je connaissais mieux le profil de la piste de Grenade sur Garonne que celui d’Epsom, mais une personne chère à mes yeux et surtout digne de confiance me l’a assuré : Balanchine était une vraie championne. Une gagnante des Oaks, capable de battre le lauréat du Derby d’Epsom, King’s Theatre, dans l’équivalent irlandais. Et avec un écart de quatre longueurs et demie ! Dettori a sûrement monté plus de bons mâles que de femelles d’exception, mais Balanchine n’est pas le seul témoin : il a aussi piloté des classiques comme Cape Verdi, Kazzia, Moonshell… Le garçon a quelques éléments de comparaison.

Il y a encore l’impression visuelle causée par la pouliche, la fluidité de son action, la facilité avec laquelle elle a avalé la montée, le changement de vitesse qu’elle a placé à 200m du poteau.

Enfin, et c’est le principal dans les courses, il y a l’émotion transmise par cette pouliche aux grandes oreilles. Cela, je ne peux l’expliquer avec des mots. Mais en partant de Chantilly dimanche soir, mon Panthéon personnel comptait un nom de plus.

Happily, comme un retour à l’ancien temps

Aidan O’Brien n’a pas remporté le Total Prix Marcel Boussac - Critérium des Pouliches (Gr1). Sa Magical a terminé au pied du podium, devancée d’une courte tête par une autre fille de Galileo, Mission Impassible. Mais l’entraîneur avait un autre plan, préparé depuis des mois. Remporter le Qatar Prix Jean-Luc Lagardère (Gr1) avec une femelle. C’est encore une fille de Galileo, Happily, qui lui a permis d’arriver à ses fins. Une pouliche qui bat les mâles, on n’avait pas vu cela depuis Danishkada, lauréate en 1986. Faites appel à votre mémoire et rappelez-vous le nom de la gagnante du Boussac cette année-là. Oui, il s’agit bien de la grande Miesque. On comprend facilement pourquoi Alain de Royer Dupré avait attendu une semaine — le Grand Critérium ne se disputait pas le même jour que le Boussac — pour courir la fille de Thatch face aux mâles, malgré la déception qu’elle avait causée dans le Prix de l’Obélisque (L). Il évitait l’ogre de Stravos Niarchos. L’année d’avant, c’est aussi une femelle, Femme Élite, qui avait passé le poteau en tête du Grand Critérium. Là aussi, Maurice Zilber avait estimé le lot du Grand Critérium plus "prenable" que celui du Boussac, dominé par l’anglaise Midway Lady. En 1984, Alan Clore possédait deux pouliches de 2ans d’exception. L’une gagna le Boussac, elle s’appelait Tryptich. L’autre battit les mâles dans le futur Lagardère. C’était Alydar’s Best.

Cette année, Coolmore se trouvait un peu dans la même situation : pourquoi courir deux pouliches dans le Boussac, quand deux Groupes 1 pour 2ans, sur le mile, se présentent le même jour à Chantilly ? Surtout quand on vient de prendre les trois premières places des Moyglare. Magical n’a pas gagné, mais Happily a vengé son frère, Gleneagles, rétrogradé à la troisième place en 2014.

Quand les pur-sang arabes assurent le show

Cela n’aura échappé à personne : l’ordre des courses avait quelque peu évolué cette année. Pour la première fois, la Qatar Arabian World Cup, la plus grande course européenne pour les pur-sang arabes, occupait une place de choix, juste avant l’Arc. L’hippodrome était comble et il s’agissait d’offrir au public un spectacle digne de ce nom. Avec seize partants, la course avait déjà rempli une partie de sa mission : générer des enjeux. Au rond, ces chevaux souvent plus expressifs que les pur-sang anglais ont su séduire. Et en piste, pas de déception non plus : Gazwan, Yazeed et Ebraz, sous les yeux de leurs propriétaires qataris, se sont livré une lutte magnifique, digne de ce que l’on attend une telle journée. Je ne sais pas ce que Maxime Guyon a pensé de Gazwan, mais Pierre-Charles Boudot, qui n’a pas vraiment l’habitude d’être associé à des pur-sang arabes, a confié en descendant de Yazeed : « On dirait un pur-sang. »