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Jour de Galop

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ASSISES DE LA FILIÈRE ÉQUINE #AFE - Innover et se diversifier pour l'avenir de la filière

Courses / 19.10.2017

ASSISES DE LA FILIÈRE ÉQUINE #AFE - Innover et se diversifier pour l'avenir de la filière

 

Mercredi 18 octobre, le Centre des congrès d'Angers accueillait la quatrième édition des Assises de la filière équine. Vingt-neuf professionnels répartis en trois tables rondes sont intervenus sur le thème "Aujourd'hui, c'est déjà demain : ils réinventent le monde du cheval".

Nous vous présentons dans cette édition l'essentiel des interventions de Jean Cézard, directeur général de l'Institut français du cheval et d'équitation, d’Alain Pignolet, expert-comptable, spécialisé dans l'univers des centres équestres, de Christophe Ameeuw, fondateur des Longines Masters, et d’Erwan Mellerio, président d'Arioneo, start-up spécialisée dans les objets connectés.

Nous publierons dans notre prochaine édition les interventions d'autres créateurs de contenus et de nouveaux produits.

Les enjeux de la filière en 2017. Directeur général de l'Ifce (Institut français du cheval et d'équitation), Jean Cézard a introduit cette journée dédiée à la filière. « La filière cheval est aujourd'hui à un tournant. Après des années de croissance, nous sommes dans un marché mature. L'enjeu désormais, c'est de faire évoluer l'offre et de la diversifier à travers la dimension culturelle, environnementale ou encore le bien-être équin. »

Concernant plus spécifiquement les courses hippiques, Jean Cézard a constaté : « La population des parieurs est vieillissante et l'enjeu pour les courses hippiques réside notamment dans leur capacité à intéresser la jeune génération. C'est un vrai défi pour les courses alors que pour le loisir et le sport, le défi serait davantage de monter en gamme. La croissance viendra peut-être de la capacité de la filière à s'adapter à une nouvelle demande dans un contexte beaucoup plus ouvert. »

Créateur d'entreprise. Alain Pignolet, expert-comptable, spécialisé dans l'univers des centres équestres, est intervenu sur des méthodes de gestion d'entreprise innovantes. Les entraîneurs pourraient unir leurs forces, les écuries utiliseraient des technologies plus pointues, chaque acteur de la filière serait capable de trouver des sponsors... Des idées intéressantes s'appuyant sur sa propre expérience familiale car ses frères ont créé le haras d'Elle, une importante écurie de concours et d'élevage.

La réduction des coûts

« Pour réduire les coûts, la première idée serait de se rassembler. Par exemple, trois entraîneurs uniraient leurs forces et leurs compétences pour développer leur entreprise respective. Car le fait de se rassembler compte au moins trois avantages :

- réaliser des économies d'échelle,

- mieux vendre : un entraîneur aurait la fibre commerciale, le deuxième serait un bon gestionnaire, le troisième serait un excellent communicant...

- se libérer du temps pour se consacrer à la fois pleinement à l'entraînement des chevaux et à la gestion générale de son entreprise.

Pour moi, c'est le modèle économique d'avenir.

Pour réduire les coûts, la deuxième idée est de revoir le fonctionnement de son écurie : pourquoi les grandes écuries qui sont si soucieuses de l'hygiène et de la santé de leurs animaux, nourrissent encore leurs chevaux à la main ? L'automatisation réduirait les frais de personnel et assurerait au cheval la même ration, au granulé près, chaque jour, à la même heure. »

L'augmentation des revenus

« Il existe des revenus historiques : les pensions, l'enseignement et les gains. Je ne pense pas qu'une entreprise peut se permettre aujourd'hui, au vu de la concurrence, de doubler son prix de pension du jour au lendemain. On peut appliquer le même raisonnement pour l'enseignement : les portefeuilles des ménages ne sont pas extensibles. Pour l'augmentation des gains, nous le savons, il y a peu d'espoir aussi à ce niveau-là. Je ne pense donc pas que ce soit sur les revenus historiques que nous devons compter.

En revanche, il faudrait davantage utiliser l'activité cheval pour décrocher des sponsors. Il faut investir et utiliser son entreprise comme un outil de communication. Le cheval a tellement d'atouts qu'il peut vendre énormément de produits et de services. »

Créateur d'événements. Christophe Ameeuw, fondateur des écuries d'Écausines (Belgique) et des Longines Masters, est intervenu sur la nécessité aujourd'hui de professionnaliser les événements pour séduire des sponsors. « Nous avons créé un événement professionnel complètement adapté au sponsoring du point de vue de l'hospitalité, du public, des autres partenaires présents, de la médiatisation, etc. Il y a énormément d'ingrédients qui font que le concept fonctionne. Tout cela est possible grâce aux ressources humaines. Nous avons choisi des professionnels extérieurs au monde des chevaux qui pouvaient apporter un autre regard que le mien. Ensuite, il fallait oser, il fallait un zeste de folie, avec de vrais objectifs. »

Les Longines Masters se produisent à Paris, à Hongkong et aux États-Unis. Christophe Ameeuw explique cette stratégie de développement sur les trois continents. « Avant d'arriver à Paris, nous avions créé une expérience à Bruxelles car géographiquement, c'est au centre de l'Europe. Mais cela n'a pas fonctionné. Nous avons pensé à Paris, c'est une capitale européenne du sport, du live style, du glamour et du business. L'Asie, et en particulier Hongkong, c'était la suite logique. Pour développer notre événement et toute la filière équestre, il fallait sécuriser un autre continent puis un autre encore avec les États-Unis. Même si la France est pionnière dans les sports équestres, on ne peut pas vivre uniquement du marché français ou européen, il faut aller là où cela se passe, profiter des plateformes internationales pour vendre son savoir-faire et utiliser nos structures. »

En 2018, les Longines Masters américains seront déplacés de Los Angeles à New York. Christophe Ameeuw explique ce changement : « À Los Angeles, le tout "Hollywood", des stars, de grandes entreprises venaient assister au show. Mais nous n'arrivions pas à accrocher véritablement la base. La communauté équestre de Los Angeles se désintéresse complètement de ce genre de spectacles. Nous avons alors pensé à New York, une capitale du monde, beaucoup plus connectée. »

Créateur d'avenir. Valentin Rapin, directeur général d'Arioneo, a présenté ses produits selon deux gammes : l'une portée sur la santé du cheval, l'autre sur sa performance. En 2016, Arioneo a lancé un produit innovant : un capteur connecté qui se fixe sur tous les types de couverture. Il mesure notamment le taux d'humidité, la température, les mouvements d'un cheval au repos. « Le marché du cheval répond très bien en France comme à l'international. Nous avons d'ailleurs signé un partenariat avec France Galop. »

Arioneo a lancé cette année un deuxième produit, l'Equimètre, qui mesure la performance des chevaux. Les statistiques sont envoyées à l'entraîneur : distance, tracé, temps intermédiaires, fréquence cardiaque... « L'équimètre est également muni d'un complexe d'accéléromètre pour l'analyse de la locomotion du cheval. L'idée est de permettre l'individualisation de l'entraînement, mais aussi de détecter éventuellement des pathologies sous-jacentes. » L'entraîneur note ensuite des données sur l'état du terrain et l'exercice demandé. Ces données croisées avec les mesures relevées par l'Equimètre permettent de déterminer les affinités, les forces et les faiblesses du cheval afin d'optimiser son travail et ses performances en compétition. L'entraîneur pourra également envoyer au propriétaire un rapport sur le travail du matin via un enregistreur vocal, des photos et vidéos à l'entraînement, ses engagements à venir et un récapitulatif des courses disputées.

« Toutes les innovations auxquelles nous pensons sont là pour accompagner la filière dans son adaptation à la data. Aujourd'hui, nous avons plusieurs applications que nous pouvons coupler avec de la vidéo streaming pour enrichir le contenu et proposer une autre vision des courses. Il faut travailler sur la compréhension des chevaux, de l'animal en lui-même. Les informations que nous enregistrons doivent permettre au grand public de comprendre nos athlètes et donc notre sport. Il faut proposer des informations à la jeune génération auxquelles elle est habituée. »