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French Purebred Arabian

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Easter de Faust, 100% Larrieu

19.10.2017

Easter de Faust, 100% Larrieu

Gérard Larrieu occupe une place à part dans la filière hippique française. Il est à la fois courtier (Chantilly Bloodstock) et éleveur au sein du haras de Saint-Faust qui est dirigé par son frère Jean-Paul Larrieu. Les performances d’Easter de Faust (Mahabb) et de Rodess du Loup (Dahess) nous donnent l’occasion d’évoquer le parcours des hommes qui les ont façonnés.

Sous le feu de l’actualité

Après une très facile victoire en débutant à Dax, Easter de Faust s’est classé deuxième du Prix Nevada II (Gr. III PA) avant de remporter le Qatar Arabian Trophy des Pouliches (Gr. I PA). Elle est le septième lauréat de Groupe I PA élevé ou vendu par les frères Larrieu. Easter de Faust a en effet été élevée au haras de Saint-Faust par Jean-Paul Larrieu, pour le compte de son frère Gérard Larrieu. C’est dans les mêmes herbages que Rodess du Loup, acquis alors qu’il était foal chez Jean-Marc Saphores, a grandi. Troisième du Prix Chéri Bibi (Gr. III PA), il s’est classé deuxième du Qatar Arabian Trophy des Poulains (Gr. I PA). Dans le même temps, chez les pur-sang anglais, les chevaux acquis par Gérard Larrieu ne cessent de se distinguer en 2017. C’est notamment le cas de Sacred Life (Prix Thomas Bryon, Gr. III), un des meilleurs 2 ans vus en France en 2017, Monroe Bay (2e des Prix Vanteaux et Chloé, Grs III), Thais (2e du Prix Prix Imprudence, Gr. III) et City Light (2e du Prix Texanita, Gr. III).

 

Tout a commencé avec une jument arabe

Au sujet de ses premiers pas dans la filière hippique, Gérard Larrieu nous a expliqué : « Je suis originaire du Sud-Ouest, la région traditionnelle pour l’élevage et les courses de pur-sang arabes en France. Mes parents élevaient des anglo-arabes et des sauteurs avec une certaine réussite. Mais à l’âge de 14 ans, le premier cheval que j’ai acheté, c’était une jument arabe. Elle s’appelait Medica (Ourour) et on la retrouve encore dans le pedigree de certains bons gagnants. Le Sud-Ouest n’était pas encore ce qu’il est aujourd’hui devenu. J’ai eu la chance de croiser le chemin de monsieur Costedoat, qui était à la fois entraîneur, éleveur et conseiller d’élevage pour les éleveurs locaux. Il est celui qui a appris le métier d’entraîneur à Roger Goaille et à Étienne Pollet. Pendant la Guerre, ce dernier s’était réfugié à Pau, en zone libre. À chaque fois qu’il gagnait un Groupe I, Étienne Pollet [trois victoires dans l’Arc, en 1953, 1965 et 1968, ndlr] lui envoyait un chèque pour le remercier. Mes études végétaient car j’étais plus passionné par les pedigrees que par les sciences. Alors que je me trouvais chez monsieur Costedoat, ce dernier m’a lu une lettre d’Étienne Pollet qui lui expliquait que deux de ses assistants allaient s’installer en tant qu’entraîneurs publics. Je voulais absolument être moi aussi formé par Pollet. Mais il a pris sa retraite et j’ai donc intégré la structure de son ancien assistant, François Boutin. J’ai quitté le Sud-Ouest pour rejoindre Chantilly avec l’intention de devenir entraîneur. Chez François Boutin, j’ai rencontré Pascal Bary, avec lequel je travaille depuis très longtemps. Au bout d’un certain temps, pour parfaire ma formation, j’ai voulu voyager. Aux États-Unis, à New York, j’ai travaillé pour MacKenzie Miller, puis j’ai commencé à faire des affaires avec le Kentucky et, de fil en aiguille, le métier de courtier a pris le dessus sur mes rêves d’entraînement ».

 

Trois décennies de courtage

Au sujet de son activité commerciale chez les pur-sang arabes, Gérard Larrieu nous a confié : «  Je me suis installé en tant que courtier au milieu des années 1980. Lorsque les propriétaires du Moyen-Orient ont commencé à acheter des chevaux arabes, je me suis rapidement intéressé à ce marché. Mon premier client fut le cheikh Hamdan, par l’intermédiaire de Richard Lancaster. J’ai consacré beaucoup de temps à chercher des pur-sang arabes pour ces deux personnes. À cette époque, peu de courtiers s’intéressaient aux chevaux arabes. Mon deuxième client fut Al Shahania pour qui j’ai trouvé beaucoup de juments ayant ensuite donné les excellents résultats que l’on connaît. Plus récemment, je leur ai vendu Djainka des Forges (Qatar Arabian World Cup, Gr. I PA) et sa mère. Au début des années 1990, Son Altesse le cheikh Mohammed bin Khalifa Al Thani m’a invité au Qatar. Parmi les Cantiliens, personne n’était capable de placer ce pays sur une carte. Depuis, les choses ont bien changé. Je lui avais fait acheter Arawak d'Aroco (Manganate), lauréat du Derby des Pur-Sang Arabes à Chantilly et du Prix Trophée du Président à Évry.  Ce jour-là Ragmar remportait le Prix du Jockey-Club pour un autre client. C’est à cette occasion que j’ai rencontré un de mes clients actuels, le qatari Khalifa bin Sheail Al Kuwari. Cela fait donc trois décennies que j’achète et vends des pur-sang arabes ».

Le croisement d’Easter de Faut

Concernant la genèse de la lauréate du Qatar Arabian Trophy des Pouliches, Gérard Larrieu nous a dit : « Petit à petit, avec mon frère Jean-Paul, nous avons construit un élevage de pur-sang arabes, en achetant des femelles. La première jument dans laquelle nous avons vraiment investi une somme importante, dans l’objectif d’en faire une poulinière, n’est autre que la deuxième mère d’Easter de Faust, Gabie de Carrère (Manganate). Cette petite-fille de Nevadour (Ourour) nous a donné plusieurs black types. Alors qu’elle était âgée de 15 ans, nous avons reçu une offre importante et nous l'avons vendue. Mais pour ne pas perdre la souche, nous avons conservé deux de ses filles au haras : Vega de Faust (Munjiz) et Ayisha de Faust (Al Sakbe). Malgré les offres, nous avons toujours conservé ces deux poulinières. La victoire d’Easter de Faust, une fille d’Ayisha de Faust, vient récompenser l’ensemble du travail accompli par les personnes qui œuvrent au haras de Saint-Faust. Afin de savoir qui était la meilleure poulinière, les deux sœurs, Vega de Faust et Ayisha de Faust, ont été croisées plusieurs années successives avec le même étalon. Elles portent le sang de Kesberoy et de Nerva du Cassou et ont donc été croisées avec des reproducteurs issus de lignées différentes. Elles ont été saillies par Mahabb (Tahar de Candelon) en 2013 et par Af Albahar (Amer) en 2017. Cette année, le très beau Fihr de Faust (Njewman & Vega de Faust) a été acheté 45 000 euros lors de la vente de Saint-Cloud. Il a été acquis par des clients russes de Marc-Antoine Berghgracht. Easter de Faust est vraiment une très bonne pouliche, avec beaucoup de gaz. Élisabeth Bernard l’aime énormément. Elle m’a confié qu’elle n’en avait pas eu une de cette qualité depuis Kiss de Ghazal (Dormane) et Sylvine Al Maury (Munjiz). Mais Easter de Faust ne va pas rester en France. Ses propriétaires veulent courir au Qatar ».

La montée en puissance des pur-sang arabes

Jean-Paul et Gérard Larrieu veulent augmenter leur effectif de chevaux arabes. Ce dernier nous a en effet confié : « Nous essayons d’acheter régulièrement de jeunes juments, de préférence issues de papiers 100 % français. Nos tentatives avec des juments tunisiennes n’ont pas toujours été fructueuses. La meilleure est certainement El Afia (Dynamite III), la mère d’Hiderne de Faust (Tornado de Syrah), troisième des Hatta International Stakes (Gr. I PA). J’aime particulièrement les courants de sang de Tidjani (Flipper), Djourman (Manguier) et Akbar (Djelfor). Les juments françaises, souvent issues d’origines très consanguines, sont faciles à croiser avec les étalons qui dominent actuellement la scène hippique, comme Munjiz (Kesberoy) ou les fils d’Amer (Wafi). Les origines françaises sont toujours très recherchées. Nous avons actuellement dix-sept poulinières pur-sang arabes. Dans les années à venir, nous aimerions atteindre une trentaine de mères. Le marché pour des chevaux arabes bien nés est très important à l’échelle internationale. Nous n’arrivons pas à répondre à la demande. Le haras de Saint-Faust se développe et nous misons sur les pur-sang arabes. Nous avons construit un centre d’insémination et nous accueillons les étalons de Shadwell : Al Saoudi (Nuits St Georges), Madjani (Tidjani), No Risk Al Maury (Kesberoy) et Af Al Buraq (Amer). Pour ce dernier, qui va bientôt arriver chez nous, nous avons beaucoup de réservations. C’est un très beau cheval qui a produit des sujets performants à partir d’une production numériquement réduite. No Risk Al Maury, un étalon au pedigree 100 % français, réalise d’excellents débuts au haras. Madjani a atteint sa vitesse de croisière. Il intéresse à la fois les éleveurs de chevaux de course et d’endurance. Certaines poulinières pur-sang arabes du cheikh Hamdan sont stationnées à l’année chez nous. Les élèves de Shadwell qui portent le label "FR" ont le plus souvent vu le jour au haras de Saint-Faust, avant de le quitter au moment du sevrage. C’est le cas du très bon Muraaqib (Munjiz) par exemple (mais on peut aussi citer Quaolina, Hafid du Bac, Nisae, Prince d’Orient, Have Fun,  Nez d’Or, Nivour,  Kaolino,  Money Maker….). Les lauréats de Groupe I PA Sivit Al Maury (Akbar), Bon Baiser de Faust (Madjani) et Karmel de Faust (Akbar) sont nés et ont été élevés ici. Ce dernier est tête de liste des pères de gagnants en Russie ».

Retour aux sources pour les pur-sang anglais

Après un passage par l’élevage de chevaux de plat, le haras de Saint-Faust va réorienter ses croisements vers les sauteurs, comme le faisaient les parents de Jean-Paul et Gérard Larrieu : « Nous avons une dizaine de juments pur-sang anglais, en particulier des filles de Monsun, Galileo, Linamix, Rainbow Quest… Notre jument de tête est sans doute Zain Al Boldan (Poliglote), troisième du Bahrain Trophy (Gr. III), qui a produit Poetic Dream (Poet’s Voice), le lauréat de l’édition 2017 des 2 000 Guinées allemandes. Ce dernier a été vendu 900 000 euros pour l’Australie à la vente de l’Arc. Mais à présent, nous souhaitons réorienter notre production vers l’obstacle. Mon frère André Larrieu est à la tête du haras d’Idernes. Je suis associé sur le haras de Saint-Faust qui est dirigé par mon autre frère, Jean-Paul. Nous travaillons tous les trois ensemble. Les effectifs sont repartis sur les deux sites qui représentent au total 150 hectares de prés. Nous essayons de trouver les meilleures conditions d’élevage pour chaque cheval. Le haras d’Idernes propose de grandes prairies irriguées. Le haras de Saint-Faust bénéficie d’une pluviométrie très avantageuse ».

Une gagnante d’Arc et quatre lauréats du Jockey Club

Chez les pur-sang anglais, le palmarès de Gérard Larrieu est l’un des plus fournis du courtage français. Il nous a confié : « Le meilleur cheval que j’aie acheté est sans aucun doute la championne Trêve (Motivator), double lauréate du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr. I). Les succès de cette jument ont engendré la création d’Al Shaqab Racing. Récemment, Sacred Life (Siyouni) a remporté le Prix Thomas Bryon (Gr. III) en tout bon poulain. Je travaille pour son propriétaire, Jean-Louis Bouchard, depuis trois décennies. Le premier très bon cheval que j’ai acheté, c’était Caerlina (Caerleon), une lauréate du Prix de Diane (Gr. I). Depuis les années 1980, j’ai acquis quatre lauréats du Prix du Jockey Club (Blue Canari, Celtic Arms, Ragmar et Dream Well). Au Qatar, The Blue Eyes (The Emir’s Trophy) et Dubday (The Emir’s Trophy) ont beaucoup gagné. Ils prennent la suite de Sierra Madre (Prix Vermeille et Prix Marcel Boussac), Creaking Board (Hollywood Starlet Stakes, Gr. I) et Grand Flotilla (Hollywood Turf Cup, Gr. I). J'ai aussi acheté Rajsaman (Linamix) qui est désormais bien connu des éleveurs ».