Échec

Autres informations / 29.10.2017

Échec

Par Mayeul Caire, directeur de Jour de Galop

Chacun se fera son idée sur ce qui s’est passé dimanche. Ce que j’en retiendrai, d’abord, c’est le cri de détresse lancé par plusieurs socioprofessionnels. Ce cri de détresse, ce cri de désespoir, on ne peut pas l’ignorer, on ne peut pas ne pas l’entendre. C’est celui de gens passionnés, qui investissent leur argent, leur temps, leur énergie et les compétences qui sont les leurs dans un métier. Que veulent-ils ? En vivre. Ou en survivre, car beaucoup sont déjà dans une extrême difficulté économique. Ces personnes sont nos alter egos, elles appartiennent au même corps que le nôtre, celui que nous appelons "filière galop". Leur souffrance est immense. C’est pourquoi elles sont prêtes à tout, même au pire. On l’a vu dimanche : les leaders du mouvement auraient sans doute laissé courir… mais ils ont été débordés. Car désormais, la lame de fond n’est plus politique ; elle est devenue sociale. Refuser cet état de fait serait suicidaire.

La deuxième chose qui me semble importante à souligner, c’est que l’heure n’est plus ni aux propos clivants, ni aux plans clivants, ni évidemment au blocage des courses. Une des figures de l’obstacle français déclarait récemment dans nos colonnes que si le plat avait (comme l’obstacle) appliqué la même logique d’économie égale partout ou presque, il n’y aurait eu aucun débat sur la réforme. C’était la thèse du "On baisse de 9 % tous les encouragements : allocations, primes, frais de transport etc." Certes, on n’était pas dans le pilotage fin, mais cela avait le mérite de demander le même effort à tous.

Ainsi, il est plus que temps, aujourd’hui, de repartir sur des bases assainies, pour rétablir le dialogue, la confiance, et redonner de l’espoir à tous. Car ce soir, en vérité, tout le monde est déçu : les auteurs de la réforme, comme ceux qui s’y opposent. Si nous ne voulons pas que la déception aille croissant, ne laissons pas le fossé se creuser davantage.

Sans cette prise de conscience, notre univers s’expose à des bouleversements majeurs et rapides.

Et maintenant ? Que les plus calmes, dans les deux camps, calment les plus excités. Que n’avons-nous pas lu, cette semaine, des deux côtés ? Entre ceux qui professent que les petits méritent de mourir, et ceux qui veulent mettre la moindre tête qui dépasse au bout d’une pique… « Tout ce qui est excessif est insignifiant », disait Talleyrand ; pour nous, en 2017, ce serait plutôt : « Tout ce qui est excessif est mortifère ». Car ne nous y trompons pas, c’est de la vie et de la mort du galop français qu’il s’agit. Les Italiens n’ont eu besoin que de quarante jours de grève pour faire mourir un des plus grands pays de pur-sang en Europe.

C’est ce qui nous attend si les plus sages des deux camps, et ceux du milieu aussi, ne s’asseyent pas autour de la même table pour donner un avenir à ce merveilleux spectacle, à ce formidable écosytème, à cette incroyable passion que l’on appelle les courses.

Le paradoxe du contexte économique actuel, c’est qu’il oblige à des économies drastiques… alors qu’il constitue le plus mauvais moment pour faire ces économies. Mais nous n’y pouvons rien (si ce n’est, comme l’avait promis Édouard de Rothschild en 2015, travailler sur les recettes pour ne pas avoir à travailler sur les charges). Si ce n’est une chose : rassembler plutôt que diviser. Et ne pas tomber dans l’impasse extrémiste. Car les extrêmes sont toujours une impasse, comme la Grande Histoire nous l’a tristement enseigné au cours des siècles.