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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

France Galop va dévoiler son plan de retour à l’équilibre

Institution / Ventes / 12.10.2017

France Galop va dévoiler son plan de retour à l’équilibre

 

Lundi, la direction de France Galop présentera devant le Comité son plan de retour à l’équilibre des comptes de France Galop (2018 et plus). Les différentes mesures arbitrées par le Conseil d’administration ont déjà été exposées cette semaine lors du Conseil du plat et de l’obstacle.

Un petit tableau vaut mieux qu’un long discours. Surtout sur un sujet complexe comme celui de la révision à la baisse de l’ensemble des encouragements. Que montre ce tableau ? Que les plus grosses actions de réduction visent les primes propriétaires en plat (6,8 M€), la réaffectation de la compensation de T.V.A. (4,6 M€) et les prix de courses premium (3,6 M€) et P.M.H. (3,5 M€). Le plafonnement des primes à l’éleveur en fonction de l’âge des chevaux (2,8 M€) vient ensuite. Et la baisse des frais de transports (2 M€) est encore nettement derrière : c’est intéressant, car on a beaucoup entendu crier "Au loup !" à ce sujet… comme on a beaucoup entendu crier "Au loup !" sur la mort programmée des "petits", du fait de la réforme. Ce que l’on constate aujourd’hui, c’est que la seule hausse concerne les plus petites catégories (6e allocation dans les petits handicaps en plat ; 6e et 7e allocations dans les petits handicaps en obstacle) – ce qui sera une manière, à 0,2 M€ près, de compenser la baisse des frais de transport. Et dans le même temps, l’enveloppe globale des Grs1 est celle qui va le plus souffrir. On a aussi dit que l’obstacle allait trinquer ; ce n’est pas le cas. Et que les éleveurs seraient les grands perdants ; c’est tout aussi faux. Mais il est vrai que le lobbying se prête à toutes les outrances et que c’est en criant le plus fort avant d’avoir mal que l’on espère éviter les coups de rapière.

Le détail des mesures 
Plat ( M€)Obstacle ( M€)Non affecté ( M€)Total ( M€)
Abandon compensation T.V.A.-4,6-4,6
Nouveaux seuils gains/indemn. transport + révision barème-1,5-0,5-2
Nouveau barème primes propriétaires (hors Groupes)-6,8-6,8
Solde baisse prime propriétaires Gr1/revalo. nominaux-1,5-1,5
Suppr. primes éleveurs 6ans+ (plat) ; 10ans+ (obstacle) hors Gr.-2,5-0,3-2,8
Réforme primes sur les gains à l’étranger-0,3-0,8-1,1
Baisse encouragements P.M.H. (nbre courses et dotation)-1,8-1,8-3,6
Baisse prix courses premium-3,5-3,5
Baisse prix courses autres races premium (dotation)-0,3-0,3
Divers-0,5-0,5
Revalo. alloc. plus petites cat. via abandon compensation T.V.A.1,20,61,8
Total- 13,5 M€- 6,8 M€- 4,6 M€- 24,9 M€

                                                                                                  -

 

Respect des grands équilibres

En somme, tout le monde est amené à faire des efforts. Les propriétaires autant que les éleveurs, et vice versa. Un indicateur final le montre : la stabilité du ratio Primes éleveurs/total des encouragements (de 11,3 % en 2016 à 10,1 % en 2018).

Même chose entre petits (que l’on peut penser impactés par la baisse des P.M.H. et des remboursement des frais de transport… même si les chiffres montrent que plusieurs "gros" captaient une part significative de l’enveloppe "transport") et les "gros" (les Gr1 perdront 1,5 M€ nets, via un plafonnement spécial du taux de la prime propriétaires à 25 %).

Et évidemment, les équilibres sont respectés entre le plat et l’obstacle, comme on le constate dans nos deux tableaux.

 

Efforts portés par le PLATTotal (M€)Efforts portés par l’OBSTACLETotal (M€)
Nouveau barème primes propr. (hors Gr.)-6,8Baisse prix courses Premium-3,5
Baisse encouragements Gr1-1,5Revalo. plus petites cat. (via T.V.A.)0,6
Suppr. primes éleveurs 6ans+ (hors Gr.)-2,5Suppr. primes éleveurs 10ans+ (hors Gr.)-0,3
Réforme primes gains à l’étranger-0,3Réforme primes gains à l’étranger-0,8
Baisse P.M.H. (nbre courses et dotations)-1,8Baisse P.M.H. (nbre courses et dotations)-1,8
Baisse enc. autres races (dotations)-0,3Suppr. dispositifs divers-0,5
Revalo. plus petites cat. (via T.V.A.)1,2
Total- 12 M€Total- 6,3 M€

 

 

Comment le Conseil d’administration a mené ses arbitrages

Certains voulaient tout baisser de 9 %, pour ne pas faire de jaloux : allocations, primes, frais de transport, etc. Ce taux de 9 % permettait d’économiser les 25 M€ nécessaires, et semblait "juste" ou "équitable". Ce n’est pas la méthode retenue par le Conseil d’administration de France Galop et heureusement ! En appliquant une baisse de 9 % à tout, l’ensemble "allocations + primes" alloué aux propriétaires de "FR" serait tombé de 112,5 M€ (2016) à 101,2 M€ (2018), soit 11,3 M€ de baisse. Alors que la réforme actuelle, faite au cas par cas, a permis de limiter la baisse à 4,8 % pour les "FR" – qui percevront 107 M€, soit 5,2 M€ de baisse.

France Galop a donc choisi de faire du chirurgical, avec ce mot d’ordre : dégager 25 millions d’euros sur l’enveloppe d’encouragements, en limitant autant que possible les impacts sur : la recette (donc les effectifs), l’attrait de nouveaux propriétaires, l’investissement (éleveurs et propriétaires), la compétitivité sportive de nos chevaux et la valorisation des chevaux (élevage et entraînement). Pas facile !

Cet objectif global s’est concrétisé par six principes forts :

  1. Maintenir l’équilibre 2/3-1/3 entre le plat et l’obstacle, garant de l’avenir des deux disciplines et d’une cohésion indispensable entre tous les acteurs du galop dans une période délicate.
  2. Atténuer autant que possible le choc pour les propriétaires, car c’est sur eux que repose l’avenir de la filière.
  3. Toucher le moins possible aux nominaux, car c’est la partie la plus sensible – surtout psychologiquement – pour les propriétaires existants et peut-être encore plus pour ceux à conquérir.
  4. Préserver la force et les principes fondamentaux du système de primes français, car il joue un rôle indiscutable dans la qualité de notre élevage, pour la santé économique de la filière et joue le rôle d’amortisseur dans des périodes de crise.
  5. Privilégier le programme premium, qui assure la recette vitale au financement des courses.
  6. S’engager à faire de la hausse des encouragements la priorité numéro 1 en cas de rebond significatif du résultat du PMU.

 

Les sociopros ne sont pas les seuls à faire des efforts…

Les 25 millions d’euros de baisse des encouragements sont mal vécus par l’ensemble du monde socioprofessionnel. Ce que l’on entend le plus est : « C’est encore et toujours à nous de faire des efforts alors qu’à France Galop, on vit grand train… » S’il est parfaitement exact que le coût du travail est extrêmement élevé à France Galop, en particulier du fait d’accords salariaux historiques hyper avantageux et de syndicats puissants et très chatouilleux, il n’en reste pas moins que les sociopros ne sont pas les seuls à mettre la main à la poche.  Le PMU a déjà mis en œuvre un plan de performance de 25,9 M€. France Galop a aussi fait des coupes, à hauteur de 10 M€, qui ont commencé en 2016. Dix millions d'euros d’économies aussi, pour le pôle média (Equidia et G.T.H.P.), grâce à l’arrêt d’Equidia Life mais aussi (ce qui est plus discutable…) à la réduction des caméras aux courses. Enfin, les sociétés régionales toucheront 5 M€ de moins chaque année.

Mais ce n’est pas tout. Car l’État fait lui aussi, dès 2018, deux efforts qu’il convient de saluer. Le premier, c’est de permettre aux sociétés-mères de récupérer les 16 M€ du Fonds équitation. Ce fonds était alimenté par une baisse de la fiscalité sur les paris hippiques… mais le produit de cette niche allait dans les clubs équestres, pour compenser leur augmentation de T.V.A. ! Cet argent appartenait un peu aux courses (puisque l’assiette est le pari hippique) et beaucoup à l’État (puisqu’il est seul juge de l’attribution d’une niche et de l’objectif de cette niche). Voilà pourquoi, lorsque les courses ont demandé à "reprendre" (ou plutôt à prendre…) ces 16 M€, l’État aurait pu dire non. Il ne l’a pas fait. Donc concrètement, c’est un cadeau fiscal pour les courses à partir de 2018.

Le second effort de l’État, dans le même esprit, est de laisser aux sociétés-mères le choix d’utiliser comme elles l’entendent les 10 M€ de compensation T.V.A. Au départ, ces 10 M€ devaient être exclusivement et intégralement reversés aux propriétaires ayant pâti de la hausse de la T.V.A (propriétaires non assujettis) ; désormais, France Galop et LeTrot pourront utiliser leurs 5 M€ respectifs comme ils l’entendent… Là encore, l’État aurait pu demander, en cas d’utilisation différente de celle initialement prévue, à récupérer ses 10 M€. Il ne l’a pas fait. C’est un nouveau cadeau. Les sociétés-mères ont donc gagné 26 M€ dans les niches fiscales liées à la hausse de la T.V.A. Contrairement à une idée reçue, peut-être encore plus au trot qu’au galop, l’État ne fait pas "rien" pour les courses et n’est pas insensible à notre cause qui est aussi un peu la sienne.

Les raisons d’un inévitable ajustement

Une idée reçue, souvent entendue ces derniers temps, voudrait que France Galop baisse les encouragements pour s’attirer les bonnes grâces de l'État. Ce n’est pas le cas. La problématique est d’abord celle de la trésorerie. La société-mère ne peut tout simplement plus supporter des années déficitaires, car ses réserves sont proches de zéro – à la fois du fait des récentes années de déficit (121,2 M€ de pertes cumulées entre 2014 et 2017) et du Nouveau Longchamp.

Outre la trésorerie, l’autre élément qui rendait inévitable un plan drastique est l’activité. Encore une fois, un court tableau en dit souvent beaucoup. Et celui que nous avons dessiné est particulièrement parlant ! Depuis 2011, les recettes de France Galop (du moins celles venant du PMU, lesquelles sont ultra dominantes dans le business plan de la société-mère) n’ont fait que baisser, alors que les encouragements (et donc les charges de France Galop) n’ont fait qu’augmenter. Cet effet de ciseau est destructeur. Deux solutions : faire repartir à la hausse les recettes… ou baisser les charges. La seconde solution a l’avantage de pouvoir être mise en place rapidement (dès 2018), alors que le retour de la croissance prendra plus de temps, même si des signes encourageants existent [lire plus loin].

 

Un contexte global très contrasté

Le(s) moins. La bonne gestion est d’autant plus nécessaire que tout n’est pas rose. Deux chiffres inquiètent plus particulièrement. Le premier a été délivré lors de la Conférence internationale post-Arc : en 2000, le premier jeu d’argent effectué par un jeune Anglais était un pari hippique dans 95 % des cas ; en 2016, ce chiffre est tombé à 3 % ! Les jeunes qui veulent jouer de l’argent abandonnent massivement les courses et préfèrent s’initier avec un pari sportif – sans doute plus "facile", du moins en apparence. Voilà qui doit nous amener à nous poser beaucoup de questions. Tous les sports ont changé leurs règles pour séduire le public. Tous… sauf les courses ! Sauf à être suicidaires ou autodestructeurs, nous devons en tenir compte.

Second élément inquiétant : le taux d’initialisation des Français au pari hippique s’est effondré entre 2007 et 2016, de 13 % à 8,2 %. Concrètement, notre base de clientèle est passée en dix ans de 8,5 millions de "turfistes" à 5,5 millions. C’est dramatique ! Là encore, cela appelle à un changement rapide, brutal et radical des codes de notre sport. À bon entendeur !

Le(s) plus. Il existe aussi quelques facteurs d’optimisme. En 2017, les paris hippiques ont progressé – pour la première fois depuis 2012 ! –, avec + 2,7 % en enjeux et + 0,4 % en P.B.J. (produit brut des jeux, c’est-à-dire le revenu brut du PMU – avec lequel il rémunérera notamment les sociétés-mères), car la marge est moins forte du fait de la concurrence. Par ailleurs, le galop a surperformé par rapport au trot : il fait + 5,3 % en enjeux contre 0,2 % pour le trot (P.B.J. galop + 2,9 % ; P.B.J. trot - 2 %). Ne nous réjouissons pas d’avoir devancé le trot, mais que la réforme du programme porte ses fruits : chez les 3ans, le nombre de courses à moins de 8 partants a baissé de 25 % depuis le 1er mars, malgré des effectifs à l’entraînement en repli de 10 %. Et, dans la même classe d’âge et période, les enjeux ont augmenté de 17,5 M€.

Second facteur d’optimisme : le lancement du Simple Jackpot est un succès. Il a rapporté 160 M€ d’enjeux supplémentaires, dont deux tiers de pur additionnel. Cela prouve que le jeu d’argent est un marché d’offre – dans lequel il faut en permanence proposer de nouvelles choses si l’on veut performer. À bon entendeur ! (bis)