Harry Herbert : « Les voyages forgent des liens forts »

International / 26.10.2017

Harry Herbert : « Les voyages forgent des liens forts »

Par Anne-Louise Échevin

C’est une silhouette qui se remarque tout de suite dans un rond de présentation… Harry Herbert se rend souvent dans l’Hexagone en tant que racing advisor d’Al Shaqab Racing. Mais, dimanche, il sera là en tant que président et manager d’Highclere Racing pour soutenir Luminate (Lawman) dans le Critérium de Saint-Cloud (Gr1), tout comme les vingt porteurs de parts sur la pouliche. Il nous a raconté l’histoire entre Highclere et la France ainsi que la philosophie derrière cet immense racing club.

Jour de Galop. – Luminate vient de s’imposer très facilement dans le Prix de Condé (Gr3). Quel est votre état d’esprit avant ce Critérium de Saint-Cloud ?

Harry Herbert. – Nous espérons une belle performance de sa part. Luminate vient de faire un truc à Chantilly et elle mérite de tenter sa chance dans le Critérium de Saint-Cloud. Ce n’était que sa deuxième sortie en dernier lieu, c’est donc prometteur ! Freddy Head est vraiment très content de la pouliche. Nous espérions qu’elle puisse devenir une pouliche de Groupe mais nous pensions que, si cela devait arriver, ce serait plutôt durant son année de 3ans. Elle est devenue un espoir classique, même s’il lui faut déjà bien courir dimanche. C’est la troisième pouliche que nous avons à l’entraînement chez Freddy Head, après Whim et Chartreuse. Il pense que, des trois, elle est la meilleure… Et c’est en effet le cas puisqu’elle est gagnante de Gr3, là où Chartreuse n’avait pas été heureuse à ce niveau de compétition.

Pourquoi avoir fait le choix d’envoyer Luminate à l’entraînement en France et non pas en Angleterre, alors qu’elle n’a pas, par exemple, droit aux primes ? Achetez-vous en France ?

Nous nous rendons aux ventes à Arqana à Deauville : John et Jake Warren y sont présents. Luminate a été achetée 85.000 € en Irlande. Ce prix était vraiment très raisonnable par rapport à toutes les promesses que John Warren avait décelées dans la pouliche. Elle est très bien née, par un bon étalon et une très belle souche maternelle. C’est aussi une pouliche dotée d’un très beau modèle. John est très exigeant dans ses achats. C’est aussi une belle histoire car elle a été élevée par la famille Myerscough, de très bons amis. Cela ajoute encore quelque chose à l’histoire de la pouliche. Nous avons fait le choix ensuite de l’envoyer en France, même si elle n’a pas droit aux primes. Nous aurions évidemment aimé qu’elle y ait droit ! Mais ce n’est pas forcément un critère de choix pour l’entraînement. Par exemple, nous avons en Angleterre un cheval qui a droit aux primes. Il viendra peut-être en France afin d’en profiter. Luminate avait du cadre et elle nous paraissait être plus taillée pour être une 3ans qu’une 2ans.

Whim, Chartreuse, Luminate… Ce sont les trois derniers chevaux qu’Highclere a envoyés en France. Elles ont toutes les trois été envoyées chez Freddy Head. Pourquoi ce choix ?

C’est une histoire assez amusante. Je ne connaissais pas forcément très bien la France à l’époque et j’ai demandé à une connaissance : « Si tu devais avoir un cheval entraîné en France, chez qui l’enverrais-tu? » Et il m’a répondu Freddy Head ! C’est un excellent entraîneur et, en plus, il est très accessible. Il prend vraiment le temps pour les différents propriétaires de Luminate. C’est quelque chose de vraiment positif : en Angleterre, je trouve qu’il est plus compliqué de trouver ce temps de partage.

Les propriétaires de Luminate étaient pour la plupart déjà présents autour de Chartreuse. Pourquoi aiment-ils autant avoir des chevaux en France ?

Pour un Anglais, il est très facile d’aller à Chantilly voir les chevaux et les différents propriétaires connaissent désormais bien Freddy. L’idée n’est pas seulement de les envoyer aux courses. Ils vont à l’écurie voir les chevaux, ils vont dîner ensemble la veille des courses et Freddy Head les rejoint. Il y a vraiment de très bons moments partagés et c’est là l’essentiel. Je crois que, lorsque vous avez un cheval entraîné à l’étranger ou qui court à l’étranger, cela permet de créer un effet de groupe : les gens se rapprochent beaucoup plus ainsi. Les voyages forgent des liens forts. Il y a vingt porteurs de parts sur Luminate. Ils seront présents dimanche à Saint-Cloud et étaient déjà là à Chantilly. Ils sont vraiment très enthousiastes. C’est un groupe d’amis désormais, il y a une franche camaraderie entre eux.

Sont-ils associés sur d’autres chevaux chez Highclere ?

Comme la grande majorité des porteurs de part chez Highclere, ils ont aussi des parts sur d’autres chevaux : cela permet de ne pas concentrer les risques. Ainsi, ils peuvent avoir un cheval chez Freddy Head et d’autres chez Sir Michael Stoute, William Haggas ou encore John Gosden. Chez Highclere, nous avons environ 450 propriétaires.

Et une multitude de racing clubs…

Nous avons aussi le Royal Ascot Racing Club [pour lequel Motivator a couru, ndlr], un racing club en partenariat avec le 5 Hertford Street, qui est un club très coté à Londres, des chevaux en Australie et en Amérique … L’Australie est un modèle très intéressant car, là-bas, les racing clubs sont présents en très grand nombre. Nous avons aussi des syndicats nommés en partenariat avec des médaillés olympiques anglais : par exemple, Luminate dépend du Victoria Pendleton Syndicate. Victoria Pendleton a été l’une de nos athlètes les plus titrées et elle aime les courses : elle a monté à Cheltenham dans la course pour amateurs. Elle apprécie beaucoup qu'au sein du racing club qui porte son nom, il y ait une pouliche qui va courir un Gr1.

Quelle est la philosophie d’Highclere ?

Nous organisons tout ce qui est administratif, nous gérons tous ces petits détails-là. La base de notre philosophie est aussi la transparence. Nous ne cachons rien à nos propriétaires. Si un cheval rencontre un problème de santé, ils le savent. Nous leur envoyons les rapports suite à l’entraînement d’un cheval, des emails avec toutes les informations nécessaires, des vidéos des chevaux ou des interviews des entraîneurs, des photos après les courses ainsi que des DVD… Nous utilisons un système de communication australien qui s’appelle Ardex et qui est vraiment excellent. Pour Highclere, le plus important est que les membres profitent de tout ce qui fait la vie d’un propriétaire de cheval de course.

Pensez-vous avoir plus de chevaux entraînés en France à l’avenir ?

Je suis aussi racing advisor pour Al Shaqab Racing, qui a beaucoup de chevaux entraînés en France. Cela m’a permis de faire la connaissance de nombreux entraîneurs français. J’aimerais beaucoup qu’Highclere ait d’autres chevaux en France. Il y a des tas de choses qui font que cela serait positif et les Français sont les bienvenus chez Highclere ! Évidemment, la France propose un niveau d’allocations très haut et nos porteurs de parts aiment se déplacer à l’étranger : c’est comme partir en vacances et le pays est vraiment très accessible depuis l’Angleterre, notamment Chantilly. Cela ferait de nouvelles belles expériences et encore plus de dîners au Goutillon !