KHATAAB VEUT OFFRIR UNE DEUXIÈME QATAR ARABIAN WORLD CUP À DJARANAT

29.10.2017

KHATAAB VEUT OFFRIR UNE DEUXIÈME QATAR ARABIAN WORLD CUP À DJARANAT

Khataab a décroché cet été à Deauville son premier Groupe I PA. Il devrait porter les couleurs d’Al Shaqab Racing dans l’édition 2017 de la Qatar Arabian World Cup. Ce poulain est le descendant de l’une des plus illustres familles françaises, celle de Djaranat qui a été façonnée par deux dynasties d’éleveurs du Sud-Ouest, les Lestorte et les Lafond-Puyo. Après Djainka des Forges (Kerbella), il peut devenir le deuxième gagnant de l'Arc des pur-sang arabes issu de cette souche.

Il était une fois l’élevage Lestorte

Á 25 kilomètres de Tarbes et de Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, le village de Saint-Vincent offre une vue superbe sur la chaîne pyrénéenne. On y élève depuis toujours des chevaux de sang et c’est au sein de ce terroir exceptionnel que l’élevage Lestorte a vu le jour dans les années 1910. Marcelle Lestorte nous avait confié : « Mon grand-père, Philippe Lestorte, avait été formé chez les hussards où il avait appris à monter à cheval. Il achetait et préparait des poulains pour la remonte militaire avec mon père, Émile Lestorte. Ils se sont réorientés vers les galopeurs au moment de la mécanisation des armées ». Cette structure familiale – haras de Saint-Vincent de Ludivine Charles et Thierry Dalla Longa – est rapidement devenue le meilleur élevage d’anglo-arabes de son temps. Le chef de race Thalian (Djerba Oua) est né sur ces terres.

Dragon, un étalon trop peu utilisé

Comme beaucoup d’éleveurs d’anglo-arabes de l’époque, les Lestorte produisaient également des pur-sang arabes de course. L’objectif était de vendre les mâles aux Haras nationaux et d’avoir des femelles pour créer de nouvelles souches anglo-arabes. Ainsi, avec la descendance de Djaranat (1923, par Ghalabawi), les Lestorte produisirent deux étalons en race pure qui ont marqué leur temps. Dragon (Norniz) et son fils Djerba Oua (Dragon). Dragon fut un remarquable cheval de course. Lauréat de cinq épreuves à 3 ans, il avait notamment signé deux walk-over. Stationné à Pau, il fut réformé à l’âge de 17 ans. Seulement sept produits de race pure sont répertoriés par le Sire, dont Keiba (la mère de Kesberoy), Mandarine III (celle de Mandore), Mandragore (celle de Manganate) et Fatma III (d’où Flipper).

La famille de Djerba Oua

Djerba Oua fut un très bon cheval de course, lauréat de quatre épreuves à 3 ans. Sa mère avait donné trois très bons anglo-arabes, Donino II (onze victoires), Duchesse (dix-sept victoires) et Dominico (vingt-cinq victoires, gagnant à Auteuil, troisième du Grand Cross de Craon). Fort de son palmarès, de son modèle attractif et de la qualité de ses collatéraux anglo-arabes, Djerba Oua fut beaucoup utilisé par les éleveurs de la région de Pau. Il a excellemment bien produit en croisement et son empreinte est très forte dans ce stud-book. Son influence est moins grande en race pure, où seulement huit produits sont répertoriés par le Sire. Son sang fut perpétué par Gosse du Béarn (le père de Flipper, et donc le grand-père de Tidjani) et Ba Toustem. Ses filles les plus connues sont Deborah IV [voir plus bas], Façade (aïeule d’Ichara, de Pavot Al Maury et de Nashwan Al Khalidiah) et Maderba (aïeule de Magic de Piboul et d’Al Sakbe). Jean-Marc de Watrigant a connu Djerba Oua de son vivant. Il nous a expliqué : « C’était un joli cheval assez compact. Il était bâti en athlète et a bien produit, même si je pense que Saint Laurent lui était supérieur. Djerba Oua a surtout été utilisé en croisement, avec des juments pur-sang anglais de qualité médiocre, pour produire des anglo-arabes. Il a malgré tout réussi à sortir de très bons gagnants, en plat comme sur les obstacles, malgré la faiblesse de la jumenterie de croisement à laquelle il a eu accès ».

L’arrivée au sein de l’élevage Lafond-Puyo

Dans un rayon de dix kilomètres autour de Pontacq et de Saint-Vincent, des élevages de galopeurs de grande qualité ont émergé au sortir de la guerre. Outre celui de la famille Lestorte, les plus célèbres furent ceux des familles Buzy Cazeux (Nikita III, Nikanor, Nedjanor, Nedjarose, Dunly, Lyflor…) et Lafond-Puyo. Au sujet de l’arrivée de la souche de Djaranat au sein de l’élevage familial, Bernard Lafond-Puyo, nous a confié : « Pendant la Deuxième Guerre mondiale, mon père et ses frères, qui étaient agriculteurs, débourraient les chevaux d’Émile Lestorte afin que ce dernier puisse les vendre à l’armée. Le dernier lot arrivé pour le débourrage était composé de trois pouliches. Au moment où celles-ci devaient être vendues, la guerre s’est terminée. Mon père a alors demandé à Émile Lestorte s’il pouvait lui acheter l’une d’entre elles. Émile Lestorte connaissait la qualité de son origine et ne voulait pas céder de femelle. Après de longues négociations, il lui a finalement vendu une pouliche : Damas [une petite-fille de Djaranat] ».

La souche a failli disparaître

Quelques années plus tard, cette famille s’est éteinte au sein de l’élevage Lestorte et il ne restait quasiment plus de femelles pur-sang arabes en capacité de perpétuer la lignée. En effet, face au manque de demande pour la race pure, les éleveurs de l’époque utilisaient surtout leurs juments en croisement avec des étalons pur-sang anglais. Bernard Lafond-Puyo se souvient : « Damas a surtout produit des anglo-arabes qui représentaient alors un débouché plus porteur que la race pure. Elle n’a donné qu’une seule pouliche arabe, Deborah IV (Djerba Oua), qui fut vendue à Xavier et Robert de Watrigant. Ces derniers connaissaient très bien ce courant de sang. Entre-temps Damas est morte. Pour ne pas perdre cette lignée, mon père leur a proposé d’échanger une anglo-arabe à 50 % contre Deborah IV. Elle était la dernière femelle de race pure issue de cette famille. Après de longues tractations, ils ont accepté de procéder à l’échange ».

Conserver coûte que coûte la lignée

Bernard Lafond-Puyo a précisé : « Deborah IV, qui avait pourtant gagné trois courses, n’a pas été une bonne poulinière. Elle était méchante et n’était pas laitière. Elle avait de la taille, mais sans être belle. Aucun de ses six vainqueurs n’a vraiment été très bon. Comme sa mère, elle a principalement produit des anglo-arabes. Mais étant donné qu’elle vieillissait, mon père a encore une fois eu peur de perdre la lignée pure. Il a donc souhaité croiser Deborah IV avec un étalon arabe pour obtenir une pouliche. À cette époque, au début des années 1970, il ne restait quasiment plus d’éleveurs d’arabes de course en France. Badr Bedur (Comet) venait d’arriver à Pau en provenance de la Pologne. Il y avait alors très peu d’étalons arabes disponibles. Badr Bedur n’était sans doute pas un premier choix pour produire des gagnants en course. Il était petit mais, localement, il y avait peu d’alternatives. Il présentait néanmoins l’avantage d’apporter du sang neuf. C’est ainsi qu’a été conçue Djebella II (Badr Bedur). Elle n’était pas grande, mais elle fut une bien meilleure poulinière que sa mère. Elle nous a donné huit gagnants… Elle a souvent été saillie par Manganate qui apportait du modèle ».

Djelfor, un très bon cheval de course...

La famille Lafond-Puyo a beaucoup travaillé avec Xavier et Bertrand de Watrigant. Le premier nommé a notamment entraîné Dionysos II (Samaritain). Ce petit-fils de Damas fut un véritable crack chez les anglo-arabes. Lauréat de huit courses, il avait par ailleurs battu les pur-sang anglais en plat. Au haras, Dionysos II est devenu un grand étalon, produisant de nombreux lauréats en plat, en obstacle, mais aussi en sports équestres. Bertrand de Watrigant a entraîné plusieurs très bons chevaux de cette souche, notamment le pur-sang arabe Djelfor (Manganate) et les anglo-arabes Dearling (Iris Noir) et Dan Music (Crown Music). Les trois sont ensuite devenus de très bons étalons. Bertrand de Watrigant nous a confié il y a peu : « Djelfor courait sous les couleurs de Jean Biraben. C’était un poulain maniable et facile. On en faisait ce qu’on voulait. En termes de qualité, c’était un sacré cheval. Je ne suis pas surpris qu’il soit ensuite devenu un bon étalon. De la même famille, j’avais entraîné Dearling et Dan Music, deux très bons anglo-arabes à 50 %. On peut même dire que Dan Music était un phénomène ».

… et un très bon étalon

Martial Boisseuil a obtenu Akbar, très bon étalon et remarquable cheval de course, à partir de Djelfor. Il nous avait expliqué il y a plusieurs années : « J’aimais beaucoup Djelfor qui était un cheval très tonique stationné à Pompadour. Sa production fut très bonne, bien qu’un peu compliquée. Il n’a sans doute pas sailli autant qu’il le méritait ». Djelfor a notamment produit Akbar (Emir's Sword), Câlin de Louve (4 ans de l’année aux États-Unis), Newday (Coupe Abu Dhabi à Toulouse), Bar Royal (cinq victoires à 3 ans), Beau Bar (Grand Prix de S.A.R. le Prince Moulay Rachid), Vercors (huit victoires en Grande-Bretagne), Djebbel (onze victoires, dont la Coupe du Pur-Sang Arabe à Chantilly, cheval de l’année), Kairouan de Jos (onze victoires, dont la Coupe Al Asayl, les Shadwell Stakes, Arabian Mile Stakes, Al Shindaha Stakes…), Monsieur Al Maury (H.H. The President Cup, Gr. I PA)… Djelfor fut aussi le père d’Anatole, triple lauréat du Grand Cross de Pompadour.

Danzina, la jument qui a changé la vie de Jean-Pierre Totain

À partir de la fin des années 1980, beaucoup de descendants de Djebella II ont été entraînés avec succès par Jean-Pierre Totain. La réussite de ces chevaux a eu un impact déterminant sur la carrière de celui qui n’était alors qu’un tout jeune entraîneur, avec très de peu de moyens. Il nous a confié : « Je prenais tous les animaux que l’on voulait bien m’amener. Le jour où monsieur Lafond-Puyo m’a proposé de prendre un pur-sang arabe à l’entraînement, j’ai forcément dit oui. Ce premier cheval arabe, c’était Danzina (Zulus). En août 1989, elle m’a permis de décrocher ma première victoire dans cette spécialité. La famille de Danzina donne des chevaux qui laissent leur cœur sur la piste, en particulier les femelles. C’est vraiment une très bonne souche. Ils ne sont pas forcément précoces ou tardifs, il y a un peu de tout de ce côté-là ». Jean-Pierre Totain est ensuite devenu l’un des meilleurs entraîneurs internationaux de pur-sang arabes. Avec un produit de Danzina, le très beau Danzinon (Nuit St Georges), il a remporté le Trophée du Président des UAE (Gr. I PA). Jean-Pierre Totain élève également à partir de cette souche et présente plusieurs chevaux de cette famille lors de la vente de Saint-Cloud 2017.

À la conquête du Qatar

Les performances d’Al Anood (Amer), une sœur de Danzina, ont aussi beaucoup fait connaître sa souche hors de France. Elle a notamment remporté la National Day Cup, le Malazgirt Trophy, les Zaabeel Stakes, à deux reprises, et les Hatta International Stakes (Grs I PA). Alban de Mieulle, qui fut l’un de ses entraîneurs, se souvient : « Al Anood n’était pas très grande mais elle était très courageuse. Son palmarès est exceptionnel. Elle avait de la vitesse et avait notamment remporté la National Day Cup (Gr. I PA) sur 1 600 mètres. Elle fut l’un des premiers bons produits d’Amer et a contribué à lancer cet étalon ». Parmi les autres sujets issus de cette souche ayant brillé pour les casaques qataries, il faut citer Dhemis (Daham), vainqueur de l’Emir's Sword (Gr. I PA), et Djainka des Forges (Kerbella). Cette élève de Catherine de Robert Labarthe a remporté la Qatar Arabian World Cup, les Hatta International Stakes à deux reprises et le Qatar Arabian Trophy des Pouliches (Grs I PA).

Khataab, le coup d’œil du cheikh Joaan

Sous la férule de Jean-Pierre Totain, Djelana (Al Sakbe) a gagné le Prix Nefta (Gr. II PA). Elle a donné sept produits, cinq pour son ancien entraîneur et deux pour le compte d’Alban de Mieulle. Ces deux derniers sont au cœur de l’actualité cette saison. Djelamer (Amer) a remporté la President of The UAE Cup (Gr. III PA) à Ostende. Son propre frère Khataab (Amer) a décroché deux troisièmes places au niveau Groupe I PA en 2016 avant de remporter le French Arabian Breeders Challenge Classic (Gr. II PA) en fin de saison. En 2017, il a gagné le Prix Carthage - Hannibal - H.H. Sheikh Zayed Bin Sultan Al Nahyan (Gr. II PA), puis le Prix Manganate - Doha Cup (Gr. I PA). Thomas Fourcy, son entraîneur, nous avait alors expliqué : « C’est un très bon cheval, mais sa carrière a été perturbée par des problèmes de santé. À présent, nous avons appris à mieux gérer cela (…) Khataab devrait se diriger vers le week-end du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe. Au mois d’octobre, même en bon terrain, il peut bien se comporter, car il a de classe ». Le jour de son succès sur la côte normande, Alban de Mieulle nous avait expliqué : « Le cheikh Joaan a vu Khataab lorsqu’il était foal au haras du Grand Courgeon. Le poulain lui a plu et c’est ainsi qu’il a intégré l’effectif d’Al Shaqab. Sa mère est actuellement à l’élevage chez Jean-Pierre Totain ».

RÉSUMÉ DE LA DESCENDANCE DE DJARANAT

Principaux étalons et gagnants de Gr. I PA (source Bruno de Watrigant)

Djaranat (1923 par Ghalabawi)

Dragée VI (1935 par Denouste)

Dorée II (1942 par Kris)

Djerba Oua (1946 par Dragon), 4 victoires à 3 ans

Dragonne (1934 par Denouste)

Dragon (1940 par Norniz), 5 victoires à 3 ans

Damas (1941 par Norniz)

Dunamis (Samaritain), Omnium des Anglo-Arabes

Dalila IX (Micipsa)

Dionysos II (Samaritain), 8 victoires, Prix de l'Élevage

Deborah IV (Djerba Oua)

Djebella II (Badr Bedur)

Dhamas (Manganate)

Diyala (Tornado de Syrah)

Dirama (Dormane)

Lahoob (Amer), H.H. Sheikh Zayed Bin Sultan Al Nahyan Cup (Gr. I PA) à Lingfield

Dandoura (Manganate)

Dan Music (Crown Music), Prix de l'Élevage, Prix du Ministère

Danzina (Zulus)

Dhemis (Daham), The Emir's Sword (Gr. I PA)

Danzinon (Nuit St Georges), Trophée du Président des UAE (Gr. I PA)

Al Anood (Amer), National Day Cup, Malazgirt Trophy, The Zaabeel Stakes (2 fois) & The Hatta International Stakes (Grs I PA)

Djala (Manganate)

Djari des Forges (Chéri Bibi), Critérium des Pouliches à Tarbes (Gr. I PA)

Djamour des Forges (Tidjani)

Djainka des Forges (Kerbella), Arabian World Cup, Hatta International Stakes (2 fois) & Arabian Trophy des Pouliches (Grs I PA)

Djelfor (Manganate), 5 victoires à 3 ans

Dearling (Iris Noir), 2e Omnium des Anglo-Arabes

Djema (Manganate)

Djelana (Al Sakbe)

Khataab (Amer), Doha Cup Prix Manganate (Gr. I PA)