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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Lettre à Georges Rimaud - par Jean-Pierre Deroubaix

Institution / Ventes / 28.10.2017

Lettre à Georges Rimaud - par Jean-Pierre Deroubaix

Lettre à Georges Rimaud

par Jean-Pierre Deroubaix

« Cher Georges,

J’ai lu avec intérêt ton message que je qualifierais de théâtral. La forme de ton texte était spectaculaire, mais à l’heure qu’il est, je pense que nous devrions laisser de côté la forme et nous concentrer sur le fond.

Le fond, c’est quoi ? Il s’agit de deux choses totalement différentes.

D’un côté, un plan d’économie de France Galop qui doit être fait, c’est urgent, mais avec quelques aménagements qui doivent tenir compte de l’avis des intéressés qui eux ne sont pas des employés, mais des chefs d’entreprises ou des personnes à leur compte...

J’ajouterais que le PMU doit faire le plus gros effort pour reverser aux Sociétés Mères un résultat net plus important, donc une réduction de son train de vie et des dépenses inutiles, dont des campagnes publicitaires qui coûtent des fortunes (par exemple). Le PMU veut son indépendance, nous devons lui rappeler qu’il "appartient" aux Sociétés Mères et doit tenir compte de nos impératifs (comme fixer des horaires inchangeables lors des journées de courses de prestige), charge à France Galop de regrouper les courses de Groupes ces jours-là, au lieu de les disséminer en semaine, et ceci, afin de ramener un spectacle de qualité et le public qui va avec.

D’un autre côté, les primes à l’éleveur à deux vitesses (conçus et non conçus). Arrêtez avec ce sujet, il n’a rien à voir avec le plan d’économie de France Galop. La France a le plus beau système de courses en Europe, et le plus beau système de primes à l’éleveur. Les étrangers viennent élever en France et fixer plus de bons étalons sur notre sol pour bénéficier de ce système (y compris ton employeur). Cela crée des emplois et pousse nos étalonniers à investir dans des infrastructures et des étalons de haut niveau. C’est cela qui est remis en cause... Notre système n’a jamais empêché les éleveurs basés en France d’utiliser les étalons basés dans d’autres pays, plus de 500 juments françaises voyagent vers d’autres fiancés, et ceci chaque année.

Par contre, nous ferions mieux de calculer combien de juments étrangères sont venues en France pour être saillies par nos étalons ces cinq dernières années (qui correspondent à l’amélioration de notre parc étalon) et nous serions surpris de savoir combien d’argent cela a représenté (saillies, pension, frais annexes). Profiter du débat sur les économies que doit faire France Galop pour y inclure un débat politique sur les primes à l’éleveur n’est pas très glorieux, c’est vraiment essayer de détourner l’attention sur les problèmes de France Galop et nous prendre pour des idiots.

Georges, nous nous connaissons depuis plus de trente ans, je respecte et admire ton travail de manager, aussi bien au Haras d’Etreham que chez S.A. l’Aga Khan. Mais, de par ta position de salarié, tu n’as pas forcément toutes les clés pour penser comme nos étalonniers et nos éleveurs. Eux sont propriétaires de leurs terres, de leurs juments, de leurs étalons et paient leur personnel avec leur argent.

Mon vœu le plus cher serait que tu t’inscrives, au nom de ton employeur, à la Fédération des Éleveurs. Cela te permettrait de baigner dans la vie associative et de mieux comprendre le travail fait par les employés de la Fédération, par les élus au bureau et au comité de la Fédération, ainsi que par les commissions. Celle des étalonniers est présidée par Julian Ince qui stationne des étalons appartenant à Darley. Julian possède le Haras du Logis, possède beaucoup de juments, possède des chevaux de courses. Regarde la liste des membres de cette commission des étalonniers et tu verras qu’ils sont tous dans ce cas. Ils ont investi dans leurs structures et dans leurs étalons et juments. Changer la donne en donnant la même prime aux conçus et aux non conçus, c’est une mise en danger de leurs entreprises. Ils sont patrons et non pas employés. S’ils échouent, personne ne viendra pleurer sur leur sort…

Moi-même, petit courtier donneur de leçons, j’ai été copropriétaire du Haras de Sou, je possède entre 5 et 10 juments suivant les années, en pension dans plusieurs haras, j’ai une bonne dizaine de parts d’étalons basés en France et j’en ai un peu marre de voir des personnes nous expliquer comment faire, alors qu’ils ne prennent aucun risque financier en changeant la donne.

Je fais partie de plusieurs comités (nationaux et régionaux) et je siège (notamment) à celui du FRBC qui a pour but (entre autres) d’attirer des étrangers à élever en France et à utiliser nos étalons pour bénéficier des primes à taux plein. Cherchez l’erreur ! Au passage, je ne comprends pas ce que viennent faire tes propos sur les hippodromes qui seront pleins : est-ce prévu dans la case « économies France Galop » ou dans celle des primes à l’éleveur ?

J’espère très sincèrement que tu reviendras, ainsi que plusieurs autres grands haras, à la Fédération des Éleveurs, pour pouvoir débattre et échanger, dans un esprit constructif et positif. Écouter et être écouté apporte la paix. Tous ensemble, nous serons plus forts. Tu es une personne trop importante et expérimentée pour ne pas être à la table des éleveurs français où chacun des présents ou représentés donne son point de vue. Une majorité se dégage alors, et elle est acceptée par tous. Nous imposer des changements de force ne provoque que des dégâts.

Voilà mon message. Bien à toi.

Jean-Pierre »