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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Une question de confiance

Autres informations / 31.10.2017

Une question de confiance

Par Mayeul Caire, directeur de Jour de Galop

Mardi après-midi, nous avons reçu ce communiqué : « Les membres du Conseil d’administration, réunis le 30 octobre 2017, ont décidé à l’unanimité de ne pas reprogrammer les courses annulées en raison d’un mouvement de blocage du collectif "Sauvons le galop" le 29 octobre 2017 à Saint-Cloud. Cette décision est motivée par une perte de marge nette pour l’Institution des courses estimée à 2.1 millions d’€, dans un contexte budgétaire déjà fortement déficitaire, qui ne pourra pas être compensée, compte tenu de l’impossibilité de programmer une nouvelle course support de l’événement et des coûts d’organisation supplémentaires associés à la reprogrammation de ces courses. France Galop tient une nouvelle fois à exprimer ses regrets aux socioprofessionnels confrontés à cette situation. »

Cette décision découragera ceux qui, petits ou grands, investissent chaque année pour espérer avoir un jour un partant dans un Gr1. C’est une décision assez injuste, qui ne peut avoir été prise que sous le coup de l’émotion. Elle l’a d’ailleurs été, puisqu’annoncée à chaud sur l’hippodrome. Sous le coup de l’exaspération et de la fatigue aussi, sans doute, puisque la pression montait déjà depuis plusieurs jours, parfois dans des termes déplacés, notamment sur les réseaux sociaux.

Mais je ne veux pas croire que les présidents des éleveurs, des entraîneurs et des propriétaires – qui sont aussi administrateurs de France Galop – aient pu avaliser une décision (prise la veille au soir, hors Conseil d’administration, rappelons-le) qui lèse ceux qu’ils représentent. Leur rôle n’est pas d’être d’accord à tout prix avec le président de France Galop, mais de veiller aux intérêts de chacune de leurs corporations, à partir du moment bien sûr où ces intérêts sont compatibles avec l’intérêt général. Partons de l’idée qu’ils ont avalisé cette décision un peu rapidement, en fin de Conseil, plus par lassitude que par choix politique.

J’aimerais que dès demain, ils demandent en toute liberté à France Galop de revenir en arrière… Car tout le monde, membres ou non d’une association, veut que l’on recoure, le Quinté+ comme les Groupes. Sans distinction de catégorie de courses ou de catégorie socioprofessionnelle.

On nous parle d’argent. Mais les allocations de dimanche ne sont rien quand on les compare aux millions qui ont été dépensés pour produire, élever, vendre/acheter, entraîner, etc., les chevaux qui devaient courir. France Galop n’est pas une PME ; c’est une association à but non lucratif, une maison commune, qui plus est sous tutelle de l’État. France Galop ne peut donc pas céder à la logique : « Ce que l’on perd au PMU suite à l’annulation, on le regagne en ne distribuant pas les allocations prévues ».

Allez, il est temps de positiver. Considérons cette décision comme passagère. Et souhaitons apprendre dès demain que les courses annulées vont être reprogrammées.

C’est une question de confiance. Car France Galop n’est pas seulement là pour organiser les courses et tenir les cordons de la bourse ; elle est aussi là pour protéger et défendre les intérêts des acteurs des courses ; pour inciter de nouvelles personnes à investir dans notre filière et une fois qu’elles ont investi, pour leur donner envie de continuer. En choisissant de ne pas recourir, France Galop a écorné une partie de la confiance que ses membres pouvaient avoir dans le système. Perdre ce qui reste de cette confiance, c’est un énorme risque.

Parlons des propriétaires, qui achètent chaque année des chevaux, contribuant à rémunérer le travail des éleveurs et de leurs employés, le travail des entraîneurs et de leurs employés, sans oublier le travail des jockeys. Si les propriétaires pensent qu’on peut interdire à leurs chevaux de courir pour une raison X ou Y, pourquoi continueraient-ils à acheter des chevaux ? L’investissement des propriétaires est une valeur volatile… Aujourd’hui ils achètent des chevaux, mais demain, la liste est infinie de ce qui pourrait prendre la place de nos chers équidés : bateaux, voyages, immobilier, gastronomie, clubs de football, montres, voitures, etc.

De plus, quand ils placent de l’argent dans un loisir, les investisseurs détestent qu’on leur vole leur plaisir. Car c’est cela qu’ils achètent aussi : du plaisir. Or quel est le plaisir de ceux à qui l’on interdit de (re)courir ?

Enfin, tout le monde sait que les investisseurs ont horreur de l’instabilité et de l’illisibilité des décisions politiques. On l’a vu en France, dans la société civile. Ce n’est pas tant la taxation que l’incertitude fiscale qui a fait fuir beaucoup de contribuables. Toutes les études l’ont montré.

On connaissait déjà le premier danger qui plane au-dessus de nous : perdre des parieurs, qui sont un des deux piliers qui financent notre système. Le pourcentage de Français qui jouent au moins une fois par an aux courses est passé de 14 % à 8 % entre 2007 et 2016…

Et à présent, nous nous créons tout seuls un second danger : perdre des propriétaires, l’autre pilier qui finance notre système.

Est-ce bien le moment ? Non. Il faut donc à présent que le président Rothschild prenne ses responsabilités et la bonne décision : celle de recourir les épreuves annulées dimanche. C’est la seule façon de recoller les morceaux avant que tout le monde ne s’enfuie… en courant !