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Jour de Galop

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LA SEMAINE DE L’ÉLEVAGE - Laurens, une Aga Khan signée Mathet

Élevage / 18.10.2017

LA SEMAINE DE L’ÉLEVAGE - Laurens, une Aga Khan signée Mathet

Par Franco Raimondi

Laurens (Siyouni) a fait vibrer les éleveurs français en remportant le Bet365 Fillies' Mile (Gr1), samedi dernier à Newmarket. Ce vendredi, en discutant avec Melchior-François Mathet, son éleveur, nous nous sommes posé la question suivante : son père, François Mathet, avait-il gagné un Gr1 avec un cheval issu de cette souche princière ? La réponse est non ! Le grand entraîneur a sellé une fois Rilasa (St Paddy), la quatrième mère de Laurens. Elle était passée sous la casaque de Son Altesse l’Aga Khan lors de l’acquisition de l’effectif de Marcel Boussac en 1978. François Mathet n’a pas eu le temps de beaucoup travailler sur cette souche qui remonte à Astana (Arbar). Mais le jour du dernier de ses quatre Arcs de Triomphe (Akiyda en 1982), il avait gagné une course à conditions à Nancy avec Razannda (Labus), un produit de la souche qui a donné Laurens.

Ridasiyna, la meilleure de cette souche. Dans le Green Book 2016 – le livre d’élevage de Son Altesse –, on trouve six poulinières descendant de Rilasa. Cinq ont fait carrière en Irlande et une seule en France : Ridasiyna (Motivator). Cette lauréate de l’édition 2012 du Prix de l’Opéra (Gr1), était jusqu’à récemment le dernier fer de lance de cette branche de la famille. La jeune poulinière a un mâle de 2ans nommé Rizam (War Front) qui est malheureusement mort en mai, une pouliche par Mizzen Mast et un foal mâle par le héros de la Triple couronne américaine American Pharoah (Pionnerof the Nile). Deux représentants de cette souche ont brillé cette saison au niveau black type en Irlande : la 3ans Rehana (Dark Angel & Rayka), gagnante de Gr3, et le 2ans Riyazan (Iffraaj & Riyaba), lauréat de Listed.

Une troisième mère vendue 15.500 £. Raysiya (Cure the Blues), la troisième mère de Laurens, a quitté les Aga Khan Studs en février 1992. Elle fut vendue 15.500 £ irlandaises chez Goffs, alors qu’elle était pleine de Kahyasi (Île de Bourbon). Le fruit de ce croisement, la pouliche Razana, fut vendue 28.000 £ irlandaises. Elle a fait carrière sous la casaque du cheikh Mohammed Al Maktoum, d’abord confiée à John Gosden puis à Henry-Alex Pantall. Razana a gagné trois courses avant de décrocher deux places au niveau Listed. Mais son pedigree était peut-être perçu comme trop faible pour le cheikh et elle a été vendue en 1997, pleine de Namaqualand, par Yeomanstown Stud. C’est pour l’élevage irlandais des McCalmont que Razana a donné l’excellent Helene Mascot (Peintre Célèbre), un gagnant du Hong Kong Derby et du Kong Kong Classic Mile. Elle a également produit Ovambo (Namaqualand), placé de Gr3, et Recambe (Cape Cross), la mère de Laurens.

L’héritage Lagardère. Laurens pourrait très bien avoir été élevée par le prince, car elle est issue de Siyouni (Pivotal). Ce dernier est le résultat d’une des grandes acquisitions des Aga Khan Studs, celle de l’effectif du regretté Jean-Luc Lagardère. La mère de Siyouni, Sichilla (Danehill), est un produit Lagardère. Elle a effectué ses débuts en compétition quelques mois après l’achat, en mars 2005, des 188 chevaux et des deux haras. Siyouni, né en 2007, est donc estampillé Aga Khan.

Zarak va suivre la méthode Siyouni. Le fils de la grande Zarkava (Zamindar) va débuter sa carrière d’étalon en suivant une formule qui a bien réussi à Siyouni, c’est-à-dire la syndication. Les éleveurs qui ont fait confiance à Siyouni ont largement été récompensés, qu’ils soient porteurs de parts ou acheteurs de saillies. Laurens est fruit d’une saillie payée 7.000 € en 2014, quand l’étalon avait ses premiers 2ans. Mais il ne faut pas oublier qu’au moment de la conception du croisement, cet étalon ne pouvait se prévaloir que de son palmarès et de son pedigree.  Ses premiers yearlings avaient été bien accueillis, avec un prix moyen de 29.500 €.

Siyouni, l’étalon de tous les éleveurs. Laurens est la deuxième lauréate de Gr1 issue de Siyouni. Cet étalon a donné 11 gagnants de Groupe, dont un seul produit princier, Ervedya. Avec ses victoires dans la Poule d’Essai des Pouliches, les Coronations Stakes et le Prix du Moulin de Longchamp (Grs1), elle a donné l’impulsion décisive au succès de son père. C’est en 2016, après les succès d’Ervedya, que le prix de Siyouni est passé à 30.000 € avant de monter à 45.000 € en 2017. Les poulinières "autres que princières", comme celles de Melchior-François Mathet, ont donc apporté une contribution très importante à la réussite de cet étalon.

Ervedya, la meilleure publicité. Ervedya est en effet l’un des six produits élevés par Son Altesse l’Aga Khan dans les deux premières générations de Siyouni. Ils étaient sept en 2014 et trois en 2015, l’année de naissance de Laurens. Ces trois produits sont des femelles et l’une d’entre elles, Raynama, est issue de Rayka (Selkirk), qui remonte à la même souche que Laurens. Les deux pouliches ont en commun leur quatrième mère, cette fameuse Rilasa (St Paddy) qui a couru une fois sous l’entraînement de François Mathet. Raynama, placée chez Dermot Weld, a couru quatre fois et tourne autour de son succès.

Zarkava, un cadeau bien mérité. Siyouni n’a que 10ans mais parmi les Aga Khan Stallions, il fait déjà figure de vétéran. Après le départ de Sinndar (Grand Lodge) – bonne retraite mon vieil ami ! – seul Sea the Stars (Cape Cross) est plus vieux que Siyouni et il n’a que 11ans. Siyouni, qui a 11 yearlings dans le Green Book, est désormais le maître de Bonneval. En 2016, Son Altesse l’Aga Khan a brisé une règle non écrite de son élevage – jamais plus de dix poulinières au même étalon – en lui envoyant 14 juments. Il a notamment rencontré les gagnantes de Gr1 Mandesha (Desert Prince) et Shareta (Sinndar). Mais aussi et surtout un cadeau spécial et largement mérité : Zarkava. Cette dernière a produit une pouliche le 21 mars. Le premier jour du printemps.