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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Institution / Ventes / 27.10.2017

TRIBUNE LIBRE - Lettre à mon fils employé dans un haras américain

TRIBUNE LIBRE

 

Lettre à mon fils employé dans un haras américain

Par Georges Rimaud

 

« William,

 

Je ne sais pas quels échos tu reçois aux États-Unis des dernières actualités de France Galop et de la fameuse réforme des encouragements.

Celle-ci a bien été votée, à une large majorité, le 19 juin dernier, en Conseil d’Administration. Ce vote est intervenu à l’issue d’un travail collaboratif puisque le président Édouard de Rothschild avait demandé aux membres du C.A. de travailler avec leurs bureaux respectifs sur des propositions. Certains se sont mis au travail, d’autres moins, mais un compromis a fini par émerger.

Or voilà que, quelques semaines plus tard, des associations socioprofessionnelles, pourtant représentées au sein du Conseil, lancent un combat contre ces réformes. Attitude bien française, tu me diras ! Chacun rejette les mesures qui risquent d’affecter ses intérêts propres et y va de sa petite phrase, ce qui ne fait que créer un climat clivant, nocif à toute discussion constructive. Des éleveurs, propriétaires ou entraîneurs s’érigent en figures de proue contre un plan qu’on croirait machiavélique ! Comment peut-on à ce point manquer de confiance envers les membres du C.A. pour en venir à croire qu’ils souhaiteraient la mort des courses et de leur diversité ?

 

Certaines tribunes font état d’un détournement des mesures à des fins démagogiques (un exemple : les indemnités de transport longue distance restent inchangées et pourtant on crie à la mort des partants en province).

D’autres agitent des chiffons rouges anxiogènes et souvent faux, tels que « supprimer une prime accordée aux produits d’étalons stationnés en France ». Ce n’est nullement le cas, la réforme se contente de supprimer la distinction injuste entre chevaux conçus et non conçus dans l’Hexagone.

L’élevage français n’a jamais été aussi attractif qu’aujourd’hui, et c’est grâce à l’apport de courants de sang divers, représentant une génétique de qualité, que nous avons réussi à créer un parc étalon attractif à l’échelle internationale. Les meilleurs étalons « made in France » ne sont-ils pas en grande majorité issus d’étalons faisant eux-mêmes la monte à l’étranger ?

Le maintien de cette diversité est essentiel à la compétitivité de nos élevages. Les éleveurs qui prennent le risque (financier, stratégique, logistique) d’aller faire saillir une jument à l’étranger pour enrichir leur élevage basé en France sont aussi méritants que ceux qui envoient toutes leurs juments à des étalons « locaux » : ils investissent, disposent de structures dans notre pays, génèrent de l’emploi, et leurs élèves contribuent tout autant à la recette. Pourquoi les éleveurs devraient-ils se priver d’aller, comme toute entreprise, chercher à l’étranger des ressources complémentaires à celles qu’on trouve en France ?

 

Tu as peut-être lu enfin qu’il s’agirait d’un plan d’austérité, mais c’est surtout d’un plan de relance dont nous avons besoin ! Le navire prend l’eau et, pour le remettre à flot, nous ne pouvons pas faire l’économie d’une révision profonde et méthodique. Il n’y a pas que la situation financière de France Galop qui soit déficitaire – la structure même du système a atteint ses limites et se fissure en de nombreux endroits. Nous devons trouver les moyens de la réparer durablement ! »

 

J’espère que le travail de plusieurs semaines de gens a priori élus, sérieux et concernés par le sujet ne sera pas jeté aux oubliettes en raison des réactions « à chaud » de personnes qui ont elles-mêmes participé, depuis de longues années, à la dérive d’un système initialement vertueux, mais devenu inadapté aux nouvelles dynamiques.

Choisirions-nous donc le passéisme, le protectionnisme et le repli sur soi, alors que la réforme a au moins le courage de créer un environnement propice à la croissance et à l’investissement plutôt qu’un réseau d’assistanat ?

 

Tout cela est bien désolant alors que nous devrions être une communauté unie autour d'un projet de développement courageux.

 

Néanmoins, je ne désespère pas et continue de travailler dans l’objectif que tu retrouves, à ton retour en France dans quelques années, un élevage dynamique, un grand nombre de nouveaux propriétaires, des compétitions qui tiendront le pays en haleine, des hippodromes débordants de vie, et tes amis devenus passionnés de paris hippiques.

 

Bien à toi,

 

Papa