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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

TRIBUNE LIBRE - Les raisons du manque de partants en obstacle… et quelques voies à explorer

Courses / 12.10.2017

TRIBUNE LIBRE - Les raisons du manque de partants en obstacle… et quelques voies à explorer

 

Par David Powell

« J'étais résolu à ne plus intervenir par écrit, constatant que cela ne servait à rien, mais à la lecture de déclarations récentes, il y a des aberrations que l'on ne peut pas laisser dire.

Le manque de partants en obstacle n'a aucun rapport avec la vente de chevaux à l'export. La nature a horreur du vide, et quand certains s'en vont, les suivants remontent d'un cran pour prendre leur place. De toute manière, la majorité des partants vient de province, et ceux-ci "monteront à la capitale"... Il y a actuellement même une surproduction d'AQPS, et le pourcentage de chevaux vendus est infime par rapport à la production totale.

Le problème des partants dans les bonnes courses est le même en plat, où le marché d'exportation ne saurait être mis en cause !

Je peux espérer être d'autant plus objectif sur ce point que je ne me sens pas visé : il me semble avoir œuvré au moins autant pour garder les bons chevaux d'obstacle en France, que pour les exporter...

Imaginez un commerçant qui, au lieu de se remettre en question, incriminerait la clientèle qui ne viendrait plus chez lui : voilà le discours de France Galop. C'est trop facile de rejeter la faute sur les socioprofessionnels, et c'est donc ailleurs qu'il faut chercher.

C'est simple : notre obsession avec les handicaps phagocyte toutes les épreuves "valorisantes" d'une part – car pour survivre dans ce monde-là, il faut justement dévaloriser littéralement son cheval – et les programmes sont inadaptés sur le plan technique. Combien de fois cherche-t-on pendant six semaines une course pour un cheval, pour enfin en trouver quatre la même semaine ? Chacune de ces courses ne réunira que peu de partants, c'est mathématique.

Dans toutes les courses à conditions, le plafond de gains est si bas que c'est un véritable calvaire de faire monter progressivement les marches à un jeune cheval, et donc de le façonner.

On cherche, par les conditions, à nous "forcer" à courir les handicaps, mais bien des jeunes chevaux ne sont pas assez endurcis pour cela : s'ils ont montré un peu de qualité, il ne reste que le marché d'exportation !

On ne court pas à cause du programme. Nous avons tous besoin de courir nos chevaux, les entraîneurs vous le diront : si l'on ne court pas, c'est un problème de programme : nous vendons certains chevaux justement parce qu'ils n'ont plus de programme.

À chaque engagement, c'est "n'ayant pas ceci, n'ayant pas cela", et à chaque ligne supplémentaire, on empêche des chevaux de courir. C'est bien français : pour "améliorer", au lieu de simplifier, on complique encore plus. Pour déchiffrer certaines conditions de course, il faudrait employer un informaticien, alors que l'on devrait se rendre compte au premier coup d'œil si l'engagement convient ou pas.

Au trot, les conditions sont simples, et l'on trouve 10 à 14 partants par course, comme dans les autres pays où l'on ne se complique pas la vie…

Si l'on délaisse les allocations pour les places dans les bonnes courses, c'est la peur – justifiée, quoi que l'on en dise – d'une pénalisation handicap parce que l'on aurait fait une "valeur". Chaque entraîneur peut y aller de sa petite histoire. Demandez-leur.

Le nivellement par le bas, un échec. Les deux seuls pays où les paris hippiques ont regressé (la France et l'Angleterre, voir l'étude récente présentée lors de la conférence de la Fiah) sont ceux qui sont cancérisés par le système des handicaps.

Comme dans l'Éducation Nationale, le nivellement par le bas, en ne laissant aucune tête dépasser, est un échec : il compromet la réussite d'ensemble, des meilleurs comme des moins doués.

Le PMU, dans ses discours d'auto-congratulation, n'a jamais proposé de créer des jeux adaptés aux épreuves de sélection, ni de faire appel à l'intelligence des joueurs, notre seul atout face à la Française des Jeux. Depuis une douzaine d'années, c'est le PMU qui commande, donc personne n'osera lui dire. Il suffit de voir sa publicité, qui se vante de "financer" la filière alors que c'est notre argent qu'il est missionné de collecter ! Ce serait donc à nous de nous adapter à ses jeux, plutôt que le contraire ?

Des pistes à explorer. Il y a pourtant des pistes à explorer. Les Anglais ont sorti le Scoop 6 où il faut trouver les gagnants des six meilleures courses de la journée, partout dans le monde.

Je ne suis pas technicien du jeu, mais voici une idée un peu similaire : trouver les vainqueurs, ou alors les chevaux qui finiront dans les trois premiers des cinq ou six premières courses d'une réunion en reportant les gains de chaque choix gagnant sur la course suivante.

Cela permettrait :

- de faire appel à l'intelligence des joueurs,

- de conserver leur intérêt pendant cinq ou six courses,

- de réinvestir automatiquement les mises gagnantes, ce que le PMU dit rechercher,

- d'avoir de gros rapports pour frapper l'imagination des gens.

Compiègne, ce n’est pas tout à fait Enghien. La sidération devant la domination des chevaux étrangers dans les Groupes n'est pas justifiée : au contraire, elle illustre bien la "réussite" éclatante de cette politique ... Notre programme est fait pour les mauvais chevaux, il ne faut donc pas s'étonner d'en avoir de moins en moins de bons !

La hausse de la T.V.A. ne serait pas vraiment un problème si les chevaux pouvaient courir et prendre des allocations régulièrement : or, le programme rend cela difficile.

Un propriétaire s'attache à un cheval qui gagne plusieurs fois : chez nous c'est presque interdit, que ce soit par la pénalisation handicap ou les conditions de courses. Vous trouvez cela drôle, quand vous avez gagné, de courir pendant un an en "attendant votre tour" ?

Concernant le manque de partants à Compiègne, un des hippodromes les mieux gérés de France, malgré les efforts considérables consentis, il y a deux complications supplémentaires :

- le copié-collé du programme d'Enghien ne "colle"pas toujours sur le tracé de Compiègne, excellent certes, mais plus sélectif. Ce n'est pas tout à fait Enghien.

- la situation géographique est bien plus contraignante pour toute la province que ne l'était Enghien, et peut influencer les décisions de courir là ou ailleurs. Mais cela, on le savait avant ! »