TRIBUNE LIBRE - « La revalorisation des mauvais handicaps pas n'est pas un bon message »

Courses / 26.10.2017

TRIBUNE LIBRE - « La revalorisation des mauvais handicaps pas n'est pas un bon message »

 

Par David Powell

« Même si l'on n'est pas d'accord sur tout, les interventions de Mathieu Boutin sont toujours intéressantes, d'abord parce qu'il représente de manière légitime une partie de la profession, ensuite parce qu'elles sont bien raisonnées et argumentées, enfin parce qu'elles sont documentées, ce qui n'est pas le cas de toutes. J'ai d'ailleurs lu avec intérêt l'étude comparative des revenus générés par le  marché, avec le montant des allocations. Cela m'inspire deux réflexions :

- Les chiffres sont un peu faussés du fait qu’une bonne partie des "revenus" du marché est constituée d’investissements – donc de sorties d’argent – de la part  des propriétaires, notamment en ce qui concerne les réclamers et les ventes aux enchères… Les chevaux, il faut bien les acheter, ou alors les élever, et cela constitue donc une charge au compte des acteurs, et non un revenu.

- Au lieu de justifier une baisse des allocations, je dirais que si l'on avait voulu accélérer l'exportation des meilleurs éléments, c'est bien comme cela qu'il fallait faire : diminuer l'espoir de gains chez nous, car avec le boulet fiscal et social que nous trainons depuis des lustres, c'était le seul argument qui nous restait. Et le niveau de notre entraînement continuera à baisser.

Cela ne retire rien au mérite de cette étude, qui représente un travail de recherche considérable, mais je ne suis pas certain d'être d'accord avec la conclusion.

Ses commentaires seraient d'une logique imparable si l'on s'en tenait aux chiffres produits – la rentabilité du jeu sur les handicaps, par rapport aux courses de sélection avec peu de partants. Mais cela présuppose que l'on accepte l'engrenage fatal du jeu de hasard dans lequel nous sommes engagés depuis l'invention du Tiercé (puis Quarté puis Quinté.) Car dès lors, nous évoluons vers un système du tout-handicap qui est en faillite, où l'on a tout intérêt à "dévaloriser" les chevaux ... Et ensuite on s'étonne de la désertification des courses valorisantes !

C'est une définition de la folie, écrivait Einstein, que de refaire la même chose, et de s'attendre à un résultat différent. Et pourtant, c'est ce que nous faisons, en nous enfonçant, comme pris dans des sables mouvants, dans le marasme du jeu de hasard, qui nous conduira à terme à la diffusion exclusive de courses étrangères de bas étage, voire virtuelles, dont rêve peut-être  secrètement le PMU. N'oublions pas que la sélection pour l'élevage reste l'unique justification pour organiser de vraies courses, car le PMU essaye bien de nous faire comprendre qu'il peut se passer de nous.

Certes, Mathieu représente un certain nombre d'entraîneurs et de propriétaires qui ont su très bien adapter leur mode de vie à cet environnement monotone et sans issue, et il ne serait pas question de leur "retirer l'échelle" sans en trouver une autre.

Pourtant, il existe des exemples :

- au trot, les courses à catégorie par les gains, protection "de fait" des chevaux français, et de ceux en retard de gains,

- outre-Atlantique, vaste gamme de réclamers, qui sont en fait des handicaps faits par l'entourage, par leur choix de la valeur de leur cheval à réclamer,

- ou encore en Amérique du Sud (simplification extrême des conditions) pour arriver à une homogénéité du nombre de partants, tout en permettant aux chevaux modestes de courir et gagner, et aux propriétaires de s'amuser (enfin !) et de vendre ou acheter des chevaux en flux constant.

Cela permet aussi aux entraîneurs de mettre en valeur leur professionnalisme et leur adresse, plutôt que de jouer à cache-cache ou de subir. La mobilité sociale des entraîneurs est bien plus facile aux États-Unis, où le système des réclamers permet de mettre en lumière la compétence des jeunes qui sont doués. Chez nous, avec les handicaps, il faut "attendre son tour" pour  gagner, et si quelqu'un en gagne trop, c'est davantage son adresse pour tricher qui sera évoquée, que ses qualités d'homme de cheval, ce qui est tout de même moins incitatif à lui confier des bons chevaux. Pour l'avenir des courses, il est important de donner leur chance aux jeunes.

Par contre, ce que je trouve un peu choquant dans le plan d'économies :

- l'augmentation des nominaux des Grs1, surtout en diminuant la prime propriétaire : cela paraît illogique, voire paradoxal, de privilégier ceux qui ne sont pas clients de notre élevage, au détriment de ceux qui élèvent ou achètent chez nous ;

- de remettre en jeu la question des conçus et non conçus – la relance du parc étalon français pourrait-elle être due en partie à cela ? Notez bien que dans tous les autres pays, les encouragements sont basés sur les étalons, et non sur le lieu de stationnement des juments ;

- diminution des Groupes en obstacle. Ce n’est pas le bon message pour les grands propriétaires étrangers qui laissent désormais leurs achats en France, justement pour profiter des allocations. Il faudrait plutôt diminuer les allocations des gros handicaps dont les références sont devenues telles que les "bons chevaux de handicap" sont mis hors course pour faire gagner des chevaux en valeur 53 ;

- la revalorisation des mauvais handicaps pas n'est pas un bon message non plus ;

- de ne pas payer la cinquième place P.M.H., alors que bien des "petits" de nos partants courent justement en espérant au mieux être placé, paraît mesquin. Il semble qu'il faudrait faire le contraire : payer jusqu'à la septième place dans toutes les courses, ce qui rembourserait de fait les frais de transport, en évitant automatiquement tous les abus liés aux indemnités, tout en incitant les jockeys à ne pas poser les mains trop tôt. Diminuer de 10 % les nominaux des "méga Grs1" à plus d’un million, ne changerait strictement rien à leur niveau et générera bien davantage d’économies que des mesures mesquines comme celles-là. »