Triste dimanche

Courses / 29.10.2017

Triste dimanche

Par Adeline Gombaud

À 14 h 37 ce dimanche, la réunion de Saint-Cloud a été annulée, suite au blocage d’un groupe de socioprofessionnels, réunis sous le collectif de Sauvons le Galop. Comment en est-on arrivé à cette décision extrême ?

Le rendez-vous avait été donné à 11 h 30, sur l’hippodrome. Munis de casquettes blanches estampillées Sauvons le Galop, ils étaient une petite cinquantaine, entraîneurs, éleveurs, propriétaires, passionnés des courses, réunis dans une ambiance plutôt bon enfant, dans le rond de présentation. Ils attendaient d’être reçus, sur le coup de 12 h 15, par le président de France Galop, Édouard de Rothschild, et Olivier Delloye, son directeur général, afin d’exposer leur mécontentement quant au plan d’économie tel qu’il a été présenté.

La délégation de six personnes (Mathieu Boutin, Julien Phelippon, Julian Ince, Gérard Samama, Marc Hovelacque et Paul Naïm) est sortie de la réunion vers 13 h 30. La première course venait d’être courue. Mathieu Boutin a été chargé de faire le compte-rendu de cette rencontre : « Les arguments que nous avons présentés ont été entendus par le président. Ils seront analysés et exposés demain [lire lundi, ndlr] au Conseil d’administration. Ce sera au Conseil d’administration de décider. Pour le moment, nous n’avons donc eu aucune garantie ni aucun engagement, si ce n’est d’avoir été entendu et écouté. Il faut attendre demain de voir quelles modifications seront apportées au plan d’économie… » Julien Phelippon ajoutait même : « Je suis novice dans ces affaires politiques, mais j’ai eu le sentiment qu’ils avaient été sensibles à nos arguments. »

Ce compte-rendu n’a pas convaincu certains membres du collectif, qui ont alors décidé de retourner vers le pré-rond. Les chevaux de la deuxième épreuve étaient déjà sellés et marchaient en attendant d’aller au rond de présentation. L’effectif de casquettes blanches avait grossi depuis la matinée, et exigeait des engagements clairs de la part de France Galop. Édouard de Rothschild et Olivier Delloye sont revenus parlementer avec les socioprofessionnels. Leur revendication majeure, concernant le plan d’économie, est une baisse homogène et généralisée de tous les nominaux ainsi que le maintien du principe des "conçus ou non-conçus en France". Édouard de Rothschild a confirmé ce qu’il avait déjà dit aux représentants du collectif, c’est-à-dire que les arguments avaient été entendus, et qu’ils seraient débattus lors du Conseil d’administration du lendemain.

Mais l’audience attendait plus. Elle demandait des engagements écrits. À 14 h 37, dans une cacophonie extrême, il a été décidé d’annuler la réunion. Qui a pris la décision ? Un vote a-t-il été organisé ? Nous n’avons pas eu la réponse à cette question. « Décision spontanée », nous a-t-on répondu du côté du collectif. Certains, les plus énervés, voulaient le blocage, d’autres pensaient qu’il fallait courir le Quinté pour préserver la recette, d’autres encore souhaitaient attendre la tenue du Conseil d’administration pour initier d’autres actions, mais c’est pourtant bien l’ensemble des courses restantes (un Quinté, deux Grs1, un Gr3 et trois handicaps), qui a été annulé. Sans que cela ne soit vraiment prévu… Comme si les leaders du mouvement avaient été dépassés par leur base…

Qu’est-il ressorti de ce triste dimanche ? On a pu constater la fracture qui s’était installée entre France Galop et une certaine catégorie de socioprofessionnels, qui ont le sentiment de ne pas être écoutés et n’ont plus aucune confiance dans la parole des dirigeants… même s’ils les ont élus. Nous étions présents lors des débats entre Édouard de Rothschild et le collectif, avant l’annulation. Il y avait beaucoup de questions, d’inquiétude d’un côté… et quasiment aucune réponse de l’autre. Peut-être parce que le président a lui aussi été dépassé par la tournure qu’ont pris les événements.

On a pu constater le clivage qui existait au sein de notre filière, entre ceux qui se considèrent comme la base de la pyramide et ceux en occupent le sommet. De vives discussions entre ces deux parties avaient lieu à quelques mètres du public, certes peu nombreux, mais quelle image des courses ! Sans parler des visiteurs étrangers qui assistaient à ces débats dans la plus grande confusion.

Triste spectacle, triste dimanche, triste décision… triste avenir ?

Les réactions

Mathieu Boutin : « C’est désolant d’en arriver à une annulation de réunion, mais Édouard de Rothschild et Olivier Delloye n’ont pas su rassurer mes collègues légitimement très inquiets de leur avenir, ils ne leur ont apporté aucune garantie. Il n’y a plus de confiance… »

Julien Phelippon : « Après une heure de discussion avec Édouard de Rothschild et Olivier Delloye, la conclusion m’avait semblé positive et des propositions de modifications devaient intervenir demain lors du Conseil d’administration. Il était donc convenu d’attendre le compte rendu du C.A. avant toute nouvelle action. Lorsque la délégation a fait part de la synthèse de notre réunion au mouvement, un groupe a décidé en signe de protestation de bloquer la réunion. À titre personnel, même si je comprends les grévistes, je ne m’associe pas à cette forme de protestation qui n’était pas prévue car elle pénalise l’ensemble de la profession. Je suis peut-être junior en politique mais j’avais le sentiment que la réunion avait vraiment convaincu nos dirigeants de répartir plus équitablement les économies. »

Nicolas Clément : « Cette annulation est très regrettable. Au départ, ce collectif Sauvons le Galop, qui souhaite défendre les intérêts nationaux, n'avait pas annoncé de blocage, mais plutôt des protestations "pacifiques". L'annulation de cette réunion, c'est une perte économique qui se chiffre en millions, et aussi une très mauvaise image à l'international. Mais surtout, les problèmes ne seront pas résolus ainsi. Je pense qu'il existait d'autres formes de protestation. » 

Les Anglais et Irlandais dans une certaine incompréhension

Par Anne-Louise Echevin

La réunion de ce dimanche à Saint-Cloud était suivie sur le plan international puisqu’elle proposait les deux derniers Grs1 de la saison européenne : le Critérium de Saint-Cloud et le Critérium International, ainsi que le Prix Perth (Gr3). En tout, Aidan O’Brien avait déplacé cinq de ses chevaux tandis que les Britanniques étaient venus avec six chevaux. De leur côté, on a retrouvé une certaine incompréhension… Du côté des réseaux sociaux, certains ont expliqué avec humour être soulagés qu’Aidan O’Brien ait déjà battu le record de Bobby Frankel, ce samedi à Doncaster et que ce record n’ait pas été en jeu ce dimanche.

Déception et interrogations. Les étrangers ont, dans l’ensemble, indiqué ne pas porter de jugement sur ce mouvement de grève, qui concerne des revendications sur un modèle économique très différents du leur. Le sentiment était plus de la déception de ne pas voir se disputer les deux Grs1 qui clôturent la saison de plat en Europe et aussi une interrogation : qui allait leur rembourser leurs frais de transport ?

Harry Herbert, manager d’Highclere, était présent à Saint-Cloud pour voir Luminate (Lawman) dans le Critérium de Saint-Cloud. Il a expliqué : « Je suis surtout déçu pour mes vingt-cinq propriétaires qui ont fait le déplacement aujourd’hui. Ils étaient très heureux de venir et des courses comme celles-ci sont rares. J’aime les courses en France et cette annulation ne change pas mon point de vue sur elles. Je ressens surtout de la déception à ce moment. D’un point de vue anglais, ce qui se passe aujourd’hui est assez difficile à comprendre. J’ai cru entendre ce sur quoi portaient les revendications et je n’ai pas de jugement, même si je pense que ce genre de conflits ne doit pas se régler sur un hippodrome. Il y a des chevaux de très haut niveau qui ont fait le déplacement. C’est dommage. »

De son côté, l’entraîneur britannique Karl Burke n’a pas mâché ses mots envers ce mouvement de protestation, qu’il ne comprend pas. Il a déclaré : « Je pense juste qu’il est malheureux que des entraîneurs soient responsables d’annulations de courses, peu importe qu’il s’agisse de Gr1 ou non. Je serais stupéfait qu’une telle chose se produise en Angleterre ou en Irlande. S’il s’agissait d’un mouvement lancé par des salariés ou par les hommes responsables des stalles par exemple, ce serait un autre problème. Mais que des entraîneurs puissent penser qu’il est juste d’entraîner l’annulation de courses est absurde. De ce que j’ai compris, ils protestent contre des coupes budgétaires dans les allocations et les primes pour les chevaux de plus petits niveaux, mais il y a un argument qui consiste à dire : pourquoi ces chevaux-là devraient-il être autant subventionnés ? On m’a dit que ce mouvement faisait perdre trois millions : en quoi cela aide-t-il la cause ? »

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU COLLECTIF SAUVONS LE GALOP

« En début de réunion, une délégation du collectif "Sauvons le Galop" composée de Mathieu Boutin, Julien Phelippon, Julian Ince, Gérard Samama, Marc Hovelacque et Paul Naïm, a été reçue par le président, Édouard de Rothschild, et le directeur général, Olivier Delloye.

Au cours de cette réunion, la délégation a proposé que la réduction des encouragements se fasse de façon linéaire et égale en pourcentage pour toutes les courses quelle que soit leur catégorie.

Malgré cette proposition qui fait quasiment l’unanimité auprès des socioprofessionnels, les dirigeants de France Galop ont refusé de prendre tout engagement autre que celui de prendre note de nos propositions.

À l’issue de la réunion, les membres de la délégation ont rendu compte auprès de toutes les personnes qui étaient venues soutenir leur action de la teneur de celle-ci et ont indiqué qu’ils n’avaient pas obtenu d’engagement formel du président concernant la possibilité de mettre en œuvre cette mesure équitable pour tous.

À la suite de cela, les socioprofessionnels présents ont décidé de mener une action visant à rencontrer eux-mêmes le président Édouard de Rothschild.

Le président Édouard de Rothschild, venu au contact des socioprofessionnels, leur a tenu le même discours, ne contenant aucun engagement officiel, ni même une parole rassurante quant à l’avenir qui leur est réservé.

Le dialogue débouchant sur une impasse, France Galop a pris la décision d’annuler la réunion de courses, assumant la responsabilité de sa politique aux conséquences dramatiques sous-évaluées. »

COMMUNIQUÉ DE FRANCE GALOP

Annulation de la réunion de dimanche à Saint-Cloud

« La réunion de courses du dimanche 29 octobre à Saint-Cloud a dû être annulée. Cette annulation est due à un mouvement de protestation à l’initiative du collectif "Sauvons le Galop" qui a empêché le déroulement de la réunion de courses dans des conditions de sécurité suffisantes.

Les sept épreuves du programme qui n’ont pas été disputées ne seront pas reprogrammées cette année.

Depuis quelques jours, pourtant, la présidence et la direction de France Galop avaient convenu avec les représentants du collectif "Sauvons le Galop" d’une réunion préalable à la réunion de ce dimanche pour discuter du plan de diminution des allocations 2018, qui doit s’élever à 25 millions d’euros.

Cette réunion d’environ une heure, en présence d’Édouard de Rothschild et d’Olivier Delloye, respectivement président et directeur général de France Galop, s’est déroulée de manière constructive. Néanmoins, le mouvement a persisté ensuite, poussant l’organisation des courses dans l’impasse.

Le Conseil d’administration de France Galop se réunit comme prévu, lundi 30 octobre, et le dossier des allocations 2018 est inscrit à l’ordre du jour. Un certain nombre d’aménagements résultant des contributions émises par les différentes associations professionnelles à l’issue des derniers Conseils du plat, de l’obstacle et du Comité de France Galop y seront discutés. »