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Jour de Galop

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Estejo, l’invité surprise de la saison de monte 2018

Élevage / 15.11.2017

Estejo, l’invité surprise de la saison de monte 2018

Par Adrien Cugnasse

En remportant deux Groupes à Auteuil cette saison, le polonais Tunis a défrayé la chronique. À présent, c’est son père, l’allemand Estejo, qui rejoint la France. Des pays de l’Est en passant l’Italie et Hongkong, c’est un véritable jeu de piste hippique et international.

Estejo (Johann Cruyff) va faire la monte à la ferme de Jalogny (Saône-et-Loire) pour la saison 2018. Il sera proposé à 2.500 € HT poulain vivant. Cette opération a été possible grâce au concours des courtiers Richard Venn et Peter Franceschini. Ce bai avec de la taille (1,68m) arrive de Pologne, où il officiait depuis son entrée au haras en 2013. Sa carrière d’étalon sera gérée par Sylvie Le Gall (Promo Sire), comme celle de Fly with Me (élevage du Fruitier), Nidor et de Victory Song (haras des Preux). Les quatre étalons seront présentés lors du Symposium de Vichy (le 2 décembre).

Sur la piste du père de Tunis. Richard Venn nous a expliqué ce mercredi : « Comme tout le monde, j’ai assisté aux excellentes performance de Tunis à Auteuil. C’est un poulain avec de la taille, de la présence et beaucoup de qualité. J’ai alors cherché à savoir qui était son père et où il faisait la monte. J’ai découvert que son géniteur, Estejo, avait été entraîné par Ralf Rohne et petit à petit, j’ai remonté le fil de l’histoire jusqu’à retrouver son propriétaire qui travaille avec le courtier italien Peter Franceschini. Plus j’avançais dans mes recherches, plus le cheval m’apparaissait comme ayant le profil idéal pour faire un bon étalon d’obstacle. L’affaire a été facilitée par le fait qu’Estejo n’avait sailli qu’une poignée de juments en Pologne et était revenu en Allemagne à la fin de la saison de monte. J’ai alors négocié sa venue en France où court son meilleur produit. Je pense que c’est une très bonne recrue pour le parc étalon français. On connaît tous l’histoire de Sholokhov (Sadler’s Wells). Suite aux performances de son fils Esmondo, qui a beaucoup gagné chez Guillaume Macaire, il est devenu un étalon à succès en Irlande. Espérons qu’Estejo connaîtra la même réussite en France car il mérite d’être utilisé à sa juste valeur. Il sera facile à croiser car indemne des sangs de Cadoudal, Linamix, Sadler’s Wells et Monsun. »

Entraîné en Allemagne pour un propriétaire italien. Estejo est né au Gestüt Schallern, un petit haras allemand, avec quatre ou cinq poulinières. Acquis par l’Italien Giovanni Martone, le futur président de l’hippodrome de Merano, il était entraîné en Allemagne par Ralf Rohne. Bon cheval, mais tardif, Estejo a remporté le Gran Premio d’Italia (L) à 3ans. Il a frappé fort à la fin de sa saison de 4ans, en gagnant à 45/1 le Premio Roma (Gr1) en terrain lourd. Le cheval fut invité pour la Hong Kong Cup (Gr1). L’année suivante, ses propriétaires se sont fait plaisir en courant à Royal Ascot et lors du week-end de l’Arc. Estejo a eu une carrière bien remplie : il a couru les handicaps, a voyagé en Turquie et à 7ans, il a gagné le Premio Presidente della Repubblica (Gr1) en terrain souple. Plus à l’aise sur 2.000m que sur 2.400m, capable de galoper dans le lourd comme dans le bon terrain, ce lauréat de dix courses méritait sa place au haras. À la fin de sa carrière sportive, alors qu’il était âgé de 8ans, son pedigree n’était pas trop à la mode et il est parti faire la monte en Pologne. Tunis appartient à sa première génération.

Johann Cruyff, un parcours atypique. Johann Cruyff (Danehill), le père d’Estejo, fut l’un des premiers bons chevaux entraînés par Aidan O’Brien. Gagnant de Gr2 et de Gr3 à 2ans en Irlande, il fut vendu à Hongkong où il a connu une bonne réussite, en remportant le Derby (L) et montant trois fois sur le podium au niveau Gr1 (de 1.800 à 2.000m). Après trois saisons en Australie, il a été envoyé en Allemagne en 2003 avant de rentrer à Eliza Park Stud, où il est mort quelques mois après son retour. Johann Cruyff a laissé en Allemagne une seule génération, qui comprenait une gagnante de Gr3 en Italie et Estejo. Lors de son unique saison de monte européenne, il a également produit Dancera, troisième de l’EBF Scarvagh House Stud Novice Hurdle (Gr3).

La famille d’Esmondo. Este (The Noble Player), la mère d’Estejo, fut black type à 2ans en Allemagne. Neuf de ses produits ont été vus en piste, mais un seul est devenu black type. L’une de ses filles a donné Esmondo (Sholokhov), acquis pour 18.000 € à Baden-Baden alors qu’il était yearling. Le bon fut signé par Pierre Boulard et ce poulain s’est révélé une superbe affaire. Sous la férule de Guillaume Macaire, il a remporté treize courses pour 765.315 € de gains en France. À 3ans, Esmondo a gagné six courses, dont les Prix Cambacérès (Gr1) et le Georges de  Talhouët-Roy (Gr2). L’année suivante, il s’est imposé dans les Prix Renaud du Vivier (Gr1) et Pierre de Lassus (Gr3).

Le deuxième coup de pouce de Guillaume Macaire. Guillaume Macaire, toujours à l’affût de bonnes affaires, était accompagné d’amis lors de l’édition 2016 de la vente de chevaux à l’entraînement de Varsovie. La veille de la vacation, ces derniers avaient assisté à la victoire de Tunis (Estejo). Plus que la distance (1.600m), le niveau de la course (le lot était vraisemblablement très faible) ou l’origine (pour un non polonophone, sa fiche de vente est illisible), c’est le style de sa victoire, son modèle et sa manière de galoper qui ont convaincu les Français. À 25.000 €, ce 2ans fut le top price de la vente. Le poulain court désormais pour l’association de Pierre Goral, Palmyr Racing, Anne-Sophie et Daniel Allard. Cette année, à 3ans, il gagné les Prix Stanley (L) et Aguado (Gr3), avant d’être battu du minimum dans les Prix Georges de Talhouët-Roy (Gr2) et Cambacérès (Gr1). Tunis, qui est encore entier, est le seul produit d’Estejo vu en France.