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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

LE MAGAZINE : Le jour de gloire des étalons gagnants en obstacle ?

Autres informations / 14.11.2017

LE MAGAZINE : Le jour de gloire des étalons gagnants en obstacle ?

 

par Adrien Cugnasse

Le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) a été remporté deux années de suite par des produits d'étalons n'ayant gagné qu'en obstacle grâce à Storm of Saintly (Saint des Saints) et Milord Thomas (Kapgarde). Il s'agit d'un fait inédit depuis dix-sept années. Les géniteurs de ces deux lauréats, Saint des Saints (Cadoudal) et Kapgarde (Garde Royale), occupaient les deux premières places au palmarès des pères de gagnants d'obstacle en 2014. Ces victoires sont-elles le prélude d'un phénomène plus vaste ?

SPORT ILLÉGITIME ET SÉLECTION

En 1994, dans le top 20 des géniteurs de sauteurs, on trouvait cinq chevaux ayant couru en obstacle mais aucun dans le top 5. Vingt ans plus tard, deux étalons ayant gagné à Auteuil sont dans ce même top 5. À cette même date, dans le top 20 des sires d'obstacle, on trouve sept sauteurs. Cette évolution est d'autant plus notable que, pendant longtemps, le plat a été la seule et unique spécialité jugée apte à sélectionner les reproducteurs. À la rigueur, un sujet ayant gagné en plat et en obstacle pouvait prétendre à une carrière au haras. Mais un mâle sans référence en plat était regardé d'un œil suspect. D'ailleurs Federico Tesio a couché noir sur blanc, au milieu du siècle dernier, l'état d'esprit qui a longtemps prévalu.

Extrait de Breeding the Racehorse, par Federico Tesio :

" L'aptitude au saut ne se transmet pas :

J'ai décidé d'analyser les résultats des steeple-chases sur une période de 150 ans dans différents pays (...) Les bons steeple-chasers n'ont quasiment jamais produit de bons steeple-chasers. La conclusion est que l'aptitude au saut ne se transmet pas. On dit que la fonction crée l'organe et les sauteurs développent un ensemble de muscles mais ce caractère acquis ne se transmet pas (...)

Cela s'applique également à la famille maternelle des bons gagnants en steeple-chase. Ces gagnants sont la plupart du temps issus de mères qui n'ont jamais sauté, qui sont des filles de juments n'ayant jamais sauté, et ce, jusqu'au début du 18ème siècle. "

LA FRANCE, FIGURE DE PROUE DU PHÉNOMÈNE

Quelques décennies plus tard, au début des années 2010, un haras anglais affichait le slogan suivant dans la presse britannique pour faire la promotion de son étalon fraîchement importé de France: "Let's try it the French way, use a jumper to breed a jumper", que l'on peut traduire par "Essayez la méthode française, utilisez un sauteur pour produire un sauteur".

Que de chemin parcouru depuis Tesio ! Si l'Hexagone n'a pas le monopole sur les sauteurs pères de sauteurs, c'est bien dans notre pays que le phénomène semble s'être le plus développé. Il a d'ailleurs accompagné le développement de l'élevage de chevaux d'obstacle en France. Une montée en puissance qui s'est faite sur le plan quantitatif, mais aussi de plus en plus sur le qualitatif. Ce week-end à Auteuil, nous avons assisté à du grand sport. Malgré les nombreuses ventes à l'étranger, il reste un potentiel remarquable dans les écuries françaises.

DES PRÉCURSEURS DES DEUX CÔTÉS DE LA MANCHE

Ces dernières années, les étalons gagnants en obstacle, voire uniquement en obstacle, ont pris une place plus importante dans le paysage de l'élevage français. Cette revalorisation des gènes sauteurs validés par et pour l'obstacle a accompagné la montée en puissance du commerce des chevaux d'obstacle. Ce phénomène récent ne saurait occulter les sauteurs (parfois passés par le plat) qui ont fait la monte par le passé. Hampton et Wild Risk eurent le mérite de prouver   que   les   performances à l'obstacle ne justifiaient pas nécessairement le pilori. Hampton (Lord Clifden), né en 1872, avait débuté sa carrière sur les haies avant de passer en plat. Il fut le père de trois lauréats du Derby d'Espom mais également de Maid Marian, la mère de Polymelus (Cyllene). Ce dernier est l'ancêtre direct par la voie mâle de Northern Dancer (Nearctic), lui-même fondateur de la plus prolifique des lignées mâles actuelles.

Wild Risk (Rialto), né en 1940, avait couru en plat et en obstacle avec beaucoup de réussite. Au début des années soixante, il fut deux fois tête de liste des pères de gagnants en plat.

Samaritain (Maravedis) fut deux fois tête de liste des étalons français pères de gagnants en obstacle. Ce lauréat du Prix Royal-Oak et quatrième du Prix du Jockey Club avait également gagné le Prix Finot. Le mélange des sangs de Samaritain et Micipsa, tout deux stationnés au haras de Gélos, fit les belles heures du Sud-Ouest à Auteuil.

Né en France, Fortina (Formor) s'était imposé dans le Gold Cup à Cheltenham en 1947. Au haras en Irlande, il a produit deux gagnants de cette même épreuve.

Roselier (Misti IV) était issu de la famille d'Anne de Bretagne (comme Poliglote et Île de Bourbon, le père de Kahyasi). Ce lauréat de la Grande Course de Haies d'Auteuil fut un père de sauteurs reconnu en Grande-Bretagne. Il a notamment engendré deux lauréats du Grand National.

Cousin Pons (Fine Top) et Pot d'Or (Buisson Ardent) ont gagné le Grand Steeple-Chase de Paris avant d'intégrer les rangs de l'administration des haras. Comme Carmont (Camarthen) ou Le Pontet (Success), eux aussi lauréats en obstacle, ils ont régulièrement produit des gagnants.

Ces sauteurs qui ont fait souche

Coq Gaulois (Royal Dream), lauréat de l'édition 1920 du Grand Steeple-Chase de Paris, fut le père de Coq Bruyère qui s'était imposé en 1941 dans le Maryland Hunt Cup, une épreuve américaine chère au cœur de tous les passionnés d'obstacle de ce pays, comme Magalen Bryant. Ce Coq Gaulois peut également se prévaloir de la paternité de Nid d'Abeille, elle-même mère de Radio Paris (Roman). Cette dernière est à l'origine d'une des plus solides souches AQPS dont sont issus les non moins célèbres First Gold (par le sauteur Shafoun) et Louping d'Ainay (par le sauteur Saint Preuil). Le pedigree de First Gold sort des sentiers battus puisque son père, Shafoun, et son père de mère, Pot d'Or, ont gagné en obstacle.

Verdi (Maurepas), lauréat de la Grande Course de haies d'Auteuil en 1951, et Céréaliste (Biribi) se sont imposés en plat et en obstacle. Ils ont profondément marqué l'élevage d'AQPS.

Orvilliers (Tanerko) avait couru en plat et en obstacle. Il s'était imposé dans la

Grande Course de Haies d'Auteuil et dans le Finot. Au haras, il a donné Chinco, lauréat du Grand Steeple-Chase de Paris. La propre sœur de Chinco, Chinca, est la troisième mère des très actuels Bonito du Berlais (Trempolino) et Clovis du Berlais (King's Theatre). Ce dernier est d'ailleurs entier. Avec Voiladenuo (Network) et Jeu St Éloi (Saint des Saints), il fait partie des potentiels reproducteurs se produisant actuellement à Auteuil.

Nononito (Nikos) et l'AQPS Italic (Pegomas) ont gagné en plat puis à Auteuil. Le premier a produit la double lauréate de "Grand Steeple de Paris", Princesse d'Anjou. Le second, issu d'une bonne souche Cyprès, celle de Saint Are (Network), a peu sailli. En une poignée de saisons de monte, il a réussi à donner deux gagnants du "Grand Steeple", Al Capone II et The Fellow, mais également plusieurs sujets qui ont gagné au meilleur niveau du côté des sports équestres (Trésor du Renom, Crazy Love, Cinoa Gonge, Sorellina...). Les filles d'Italic se sont régulièrement révélées de bonnes reproductrices.

Plus près de nous, Denham Red (Pampabird), Dom Alco (Dom Pasquini), Great Pretender (King's Theatre), Tiger Groom (Arazi), Robin des Prés (Cadoudal) et Arvico (Pistolet Bleu) ont gagné en plat et en obstacle avant de produire des gagnants de Gr1 chez les sauteurs. De même, Nickname (Lost World), Balko (Pistolet Bleu), Robin des Champs (Garde Royale), Kapgarde (Garde Royale) et Saint des Saints (Cadoudal), qui n'ont couru qu'en obstacle, ont eux aussi produit des lauréats de Gr1.

PEUT-ON SÉLECTIONNER DES SAUTEURS EN VASE CLOS ?

Plus que la place des étalons ayant couru en obstacle, c'est aujourd'hui la possibilité de sélectionner uniquement par et pour cette spécialité sur le long terme qui se pose. On peut légitimement se demander s'il est possible de sélectionner des sauteurs en vase clos sur plusieurs générations, sans apporter du sang venu des courses de plat. Il est certainement encore trop tôt pour répondre, mais il existe une comparaison amusante avec l'histoire de la sélection des chevaux de sports équestres.

Les chevaux de concours hippique sont une invention récente. La sélection dans cet objectif a débuté après-guerre. La norme, sous l'impulsion des Haras nationaux, fut d'acheter des étalons à 3ans sur leur modèle et sans avoir jamais été testés en compétition. Pour les mêmes raisons qu'avec les steeple-chasers et autres hurdlers, les performers en concours hippiques étaient censés ne pas transmettre leur aptitude. À tel point que quelques agents des Haras, visionnaires, faisaient sauter en cachette les étalons avant de les conseiller à leur clientèle.

C'est ainsi que Furioso (Precipitation), au Pin, et Djecko (Quicko), à Tarbes, furent testés à l'obstacle... lorsque le directeur n'était pas là ! Brûle Tout (Foudroyant), né en 1945 chez les selle français, et Urhea (Beldebel), né entre deux guerres, du coté des anglo-arabes, furent les précurseurs dans le domaine des étalons compétiteurs en concours hippique. Ces chevaux ayant fait preuve de qualité en concours de saut d'obstacle ont laissé une trace qualitative dans les stud-books.

À partir des années 1980, l'étalon gagnant en compétition s'est imposé dans tous les grands pays d'élevage de chevaux de sports équestres. Le même jour que le Grand Steeple-Chase de Paris, La Baule accueillait son célèbre Grand Prix. Le cheval du gagnant est né en France. Ce Nino des Buissonnets (Kannan) est issu de plusieurs générations de géniteurs sélectionnés en concours hippiques. Dans son pedigree, il faut remonter à la quatrième génération, avec des chevaux nés dans les années 1940 et 1950, pour trouver des reproducteurs issus d'un autre mode de sélection. Dans cette famille, l'aptitude au saut trace jusqu'à la dixième mère, Concurrente du Bois Margot, une demi-sang née en 1924 !

Cette jument a beaucoup tracé dans les différents stud-books européens par le biais de son descendant Cor de la Bryère (Rantzau), chef de race en Allemagne. Les deux champions de cette famille étant Pomone B (Furioso), qui offrit le titre de champion du monde à Pierre Jonquères d'Oriola en 1966, et Nino des Buissonnets, médaille d'or en individuel aux Jeux

Olympiques de Londres.

GUILLAUME MACAIRE : " IL DEVIENT DE PLUS EN PLUS DIFFICILE DE PRODUIRE DES CHEVAUX D'OBSTACLE "

Entraîneur tête de liste en obstacle à dix reprises en France, Guillaume Macaire fut le mentor de plusieurs sauteurs devenus étalons comme Saint des Saints, Balko, Kapgarde, Indian River, Robin des Prés et Robin des Champs.

Jour de Galop. Pour quelles raisons avez-vous décidé de fabriquer des étalons en les faisant courir en obstacle ?

Guillaume Macaire. Lorsque j'ai commencé à essayer de fabriquer des étalons en obstacle, cette pratique n'était pas du tout dans les mœurs. Par le passé, l'obstacle se fournissait dans les mauvais chevaux de plat. Mais à cette époque, il n'y avait qu'une seule race et le contexte du plat permettait de fournir l'obstacle. Progressivement, au sein de la population, les courants de sang propices à l'obstacle se sont raréfiés ou sont devenus inaccessibles. Les Haras nationaux et les étalonniers qui visaient une clientèle obstacle ont eu de plus en plus de mal à trouver des reproducteurs.

Je me suis donc dit qu'il fallait garder pour la reproduction des chevaux issus de ces courants de sang performants en obstacle. Par exemple, le sang de Mill Reef (Never Bend) est précieux. Son fils, Garde Royale, était un cheval exceptionnel dont la carrière sportive a été perturbée. J'ai donc essayé de conserver ce sang par le biais de Robin des Champs et Kapgarde.

Ces deux chevaux n'ont couru qu'en obstacle avant de devenir étalons. Il y a trente ans, ces sujets n'auraient pas eu leur voix au chapitre. Aujourd'hui, selon moi, il y a trois races. Les chevaux de plat de grande naissance qui sont inaccessibles -, les infirmes sélectionnés sur la P.S.F. et les chevaux qui ont gardé de la locomotion pour l'obstacle. Or, ces derniers, nous n'en avons plus tellement.

 

Vous étiez-vous basé sur des exemples positifs des décennies précédentes ?

Pas forcément. Tout change et il faut s'adapter. C'est vrai que par le passé, les Haras nationaux avaient acquis des chevaux comme Pot d'Or (Buisson d'Or), Cousin Pons ou Le Pontet. Mais ces chevaux ont souvent autant sailli des juments pour les sports équestres que pour la course.

 

Ils garantissaient pour le concours hippique un apport de sang, tout en ayant validé une certaine aptitude au saut. L'obstacle est très lié à la notion de locomotion et à la capacité à sauter sans trop se fatiguer.

À l'époque des Tanerko (Tantième), né en 1953, et autres Vatellor (Vatout), né en 1933, la sélection d'étalons en obstacle ne se justifiait pas.

Ces grands sires diffusaient assez de génétique propice à l'obstacle dans la population, dans un contexte moins enclin à la spéculation autour des étalons. Aujourd'hui ce genre de reproducteurs serait inaccessible pour les éleveurs d'obstacle.

 

Quels types de difficultés avez-vous rencontrés dans votre démarche ? Quelles étaient les principales réticences à son encontre ?

Certains m'ont ri au nez. Des personnes considéraient qu'un étalon pouvait avoir gagné en obstacle mais qu'il avait nécessairement besoin de performances en plat. Ils ont donc préféré employer des chevaux de plat de qualité inférieure pour produire en obstacle.

Je pense au contraire qu'il faut concentrer les gènes propices à produire des sauteurs et fuir le sang américain moderne. Si le système européen a pu enfanter de si bons chevaux, c'est parce qu'il n'est pas basé sur la spécialisation, contrairement aux États-Unis.

On demande aux 2ans de gagner sur courte distance puis aux 3ans sur plus long. Or cela c'est la classe, cette capacité à accélérer, lorsque le jockey le demande, sur toute distance et en toute situation. Par exemple Rheffic (Traffic), le père de Dom Pasquini et donc le grand-père de Dom Alco, fut l'un des derniers chevaux à effectuer le doublé "Jockey Club" & Grand Prix de Paris.

 

Comment décide-t-on qu'un poulain destiné à l'obstacle peut rester entier ?

Ce prospect doit avoir un pedigree, une famille et un modèle de grande qualité. En outre, ce n'est pas forcément gênant de le garder entier et si cela le devient, on peut tout à fait les castrer.

Le marché anglais a changé beaucoup de choses. Il devient de plus en plus difficile de produire des chevaux d'obstacle car c'est un sang qui n'est pas facile à trouver.

NICOLAS DE LAGENESTE : " ON RECHERCHE AVANT TOUT UN MODÈLE ET UNE APTITUDE QUI NE SONT PAS CEUX DES CHEVAUX DE VITESSE "

Tête de liste des éleveurs de chevaux d'obstacle à quatre reprises, Nicolas de Lageneste est le concepteur de Saint des Saints, lui-même premier au palmarès des pères de gagnants en 2014.

Jour de Galop. Est-il difficile de trouver des étalons pour produire des chevaux d'obstacle ?

Nicolas de Lageneste. L'obstacle est une discipline à part qui fait appel à une génétique particulière. Il est nécessaire de bien identifier les courants de sang porteurs de gènes sauteurs très affirmés comme Tanerko (Tantième), Rheffic (Traffic), Herbager (Vandale), Luthier (Klairon), Devon (Worden), Wild Risk (Rialto), Carmarthen (Devon), Reliance (Tantième) ou, plus près de nous, Top Ville (High Top), Garde Royale (Mill Reef), Cadoudal (Green Dancer), Trempolino (Sharpen Up), Alle-

ged (Hoist the Flag) et Sadler's Wells (Northern Dancer).On recherche avant tout un modèle et une aptitude qui ne sont pas ceux des chevaux de vitesse.

Pendant une période, la mode tendait vers une recherche de la vitesse pour améliorer les chevaux d'obstacle. J'ai toujours refusé cela. Guillaume Macaire m'a conforté dans ce sens. Comme il aime le dire très justement: "Il vaut mieux un tracteur pour aller dans le labour qu'une Ferrari." Peutêtre que pour certaines juments AQPS très carrossières, des chevaux de vitesse ont pu améliorer à court terme, mais ce n'est pas une généralité. Beaucoup de nos vieilles souches françaises ont été dénaturées par un apport de sang américain ou d'étalons "speedés" qui proposait une conformation contraire à ce que l'on recherche pour sauter, avec des épaules droites, pas de dos, pas d'encolure, des genoux effacés,   une   arrière-main   épaisse    et    ronde.    Il est aujourd'hui de plus en plus difficile de trouver des chevaux de plat froids et pouvant convenir pour produire en obstacle, soit avec un modèle équilibré et de grands rayons, de l'os et du pied, une belle épaule inclinée, une belle ligne de dessus et du "capot" devant, une arrière-main qui tombe bien. Le "Jockey Club" sur 2.400 mètres et le Grand Prix de Paris de Paris sur 3.000 ont régulièrement donné des pères de chevaux d'obstacle. Ils nous proposaient une sélection qui a fait la force de l'élevage français. On a détérioré cela, c'est bien dommage, car nos chevaux étaient au top-niveau mondial en ce qui concerne la tenue. Quand on regarde le parc étalon français, on a vite fait le tour des étalons confirmés. Cette situation touche également l'Allemagne de manière plus récente. Leurs chevaux sélectionnés sur 2.400 mètres dans des courses très dures étaient régulièrement de bons pères de sauteurs, avec du modèle. Ils sont recherchés maintenant depuis une dizaine d'année pour améliorer nos souches d'obstacle,  notamment  la  descendance de Dschingis Khan via Königsstuhl, Lavirco, Samum et Network. Cependant le profil type de reproducteur que nous recherchons pour concevoir des sauteurs devient chose rare de nos jours, les Allemands étant également de plus en plus enclins à rechercher de la vitesse. Il n'est pas certain que les poulains allemands nés en 2015, issus de croisements plus européens, proposent le même profil que Network (Monsun), Lavirco (Königsstuhl) ou Samum (Monsun). Ces chevaux ressemblaient au vieux type français. L'essentiel reste aujourd'hui de veiller à utiliser le vrai modèle dont nous avons besoin pour notre discipline, et tant mieux si l'on peut retrouver quelques gènes propres au cheval d'obstacle...

 

Quelle a été la genèse de Saint des Saints ?

J'avais acheté sa mère dans l'optique d'en faire une mère d'étalons d'obstacle, principalement pour son pedigree. Son modèle ne sortait pas du lot mais sa génétique ne présentait pas de tare rédhibitoire pour l'obstacle: une vieille souche maternelle française solide, les courants de sang de Pharly, Tanerko, Sicambre, Tornado... Saint des Saints est à ce jour le seul cheval que j'ai gardé entier. Il faut avoir un poulain qui sort de l'ordinaire à tout point de vue pour faire cela. Je n'en ai pas encore retrouvé un autre comme celui-là, mais j'y travaille... Il faut avant tout un poulain d'un bon tempérament qui cumule un vrai modèle comme on les aime, et une origine digne d'intérêt. Avec le recul, je pense qu'un très bon cheval comme Bosseur (Coastal Path) présentait les atouts pour devenir un reproducteur. Mais garder un poulain entier pour en faire un cheval d'obstacle présente un vrai risque car ils peuvent être plus fragiles et plus lourds. Dans le cas de Saint des Saints, tout se présentait bien. C'est un cheval que j'ai vendu poulain à 50 % à Jacques Detré et l'objectif était clairement d'en faire un étalon. Nous avons réussi notre coup, avec une carrière bien menée par Guillaume Macaire. Tous les grands haras normands nous ont sollicité pour stationner ou acheter ce fils de Cadoudal.  Nous avons choisi le haras d'Etreham et le voilà au-

jourd'hui tête de liste en obstacle. Je pense qu'ils sont satisfaits aujourd'hui et j'espère un peu reconnaissants...