Master Dino, le premier gagnant de Gr1 de l’histoire du Tarn

Élevage / 17.11.2018

Master Dino, le premier gagnant de Gr1 de l’histoire du Tarn

Par Adrien Cugnasse

En s’imposant ce dimanche dans le Prix Cambacérès, Master Dino (Doctor Dino) n’a pas seulement offert un premier Gr1 à ses éleveurs, la famille Campos et à son père Doctor Dino (Muhtathir). Il est aussi le premier gagnant à ce niveau au galop à avoir grandi dans le Tarn.

Le Tarn est l’un des rares départements français sans hippodrome, et ces dernières années, il était surtout connu pour être la terre de naissance de Delphine Santiago… On y élève peu de chevaux de course en général : 19 naissances en cumulant trotteurs et galopeurs en 2014, l’année de naissance de Master Dino. Néanmoins, en 2017, la famille Joucla, installée non loin de la frontière avec l’Aveyron, a élevé le prometteur Magic Bibou (Panis). Cinquième du Grand Critérium de Bordeaux (L), il est estimé par Bruno de Montzey qui voit en lui un futur cheval de Groupe. Malgré nos recherches, nous n’avons pas retrouvé la trace d’un lauréat de Gr1 en plat ou sur les obstacles à avoir grandi dans le Tarn… avant Master Dino.

 

Le coup d’œil de Daniel Allard. Coélevé par Olivier Campos, en association avec son frère Philippe et son père, Jean-Michel, Master Dino a été vendu en septembre 2015 à La Teste-de-Buch. Daniel Allard, qui a aussi déniché Punch Nantais (Prix Ferdinand Dufaure, Gr1) lors d’une autre vacation Osarus, a signé le bon à 11.000 € pour le futur lauréat du Cambacérès. Olivier-Jean Campos se souvient : « C’était un très beau poulain, équilibré, avec du bec.  Il n’était pas forcément très éclaté mais présentait un beau travers. Lors des ventes, il venait de faire une poussée de croissance et Daniel Allard l’a acheté au bon moment car il était un dans le creux de la vague, donc momentanément moins attractif. La sœur de Master Dino, Mind Sunday (Never on Sunday), sera le lot 312 de la vente d’automne 2017, où elle sera présentée par le haras des Granges. C’est vraiment une très belle pouliche. »

50 % de black type dans la génération 2014. Au sujet du croisement qui a donné Master Dino, Olivier-Jean Campos nous a confié : « Nous avions gagné une saillie du père et parmi nos juments, c’est Mind Master (Mizzen Mast), la mère de Master Dino, qui convenait le mieux. Cette année, elle n’est pas suitée mais nous l’avons fait saillir par Martinborough (Deep Impact). Nous avions acquis la mère, par l’intermédiaire d’Hervé Bunel, avec l’idée qu’une souche Juddmonte pouvait toujours s’enrichir avec le temps. Notre élevage est sans prétention mais les statistiques plaident en notre faveur, dans la limite des moyens qui sont les nôtres. Notre génération 2014 comptait quatre poulains chez Osarus : les quatre ont passé le poteau en tête, Master Dino a gagné deux Groupes et Wind Tartare (Air Chief Marshal) s’est classée deuxième du Critérium de l’Ouest (L), avant d’être exportée aux États-Unis. Ces performances font suite à celles de Kitten Rock (Red Mills Trial Hurdle, Gr2), Loyal Tartare (Prix Isonomy, L), Volo Cat (multiple placé de Listed en Europe du Nord) et Everneyev (2e du Gran Premio Gobierno Vasco, L). » Œuvre (Vertigineux), autre élève de la famille Campos, a gagné le Prix Bertrand du Vivier, mardi à Bordeaux.

Une passion familiale. Olivier-Jean Campos nous a expliqué : « Mon oncle, qui était industriel, avait des chevaux de course. Cela nous a donné l’envie d’élever des galopeurs, à partir des années 1990, avec une de ses anciennes représentantes. Et ce d’autant plus que nous avons toujours eu des chevaux sur notre exploitation agricole, où les grandes cultures côtoient 350 brebis et cinq juments. Notre élevage familial compte peu de naissances mais nous essayons de travailler le mieux possible. C’est une très bonne terre d’élevage, sur les contreforts du Massif Central, avec un sous-sol calcaire, ce qui est important pour la calcification. Nous avons la possibilité d’irriguer nos prairies et nous entretenons très sérieusement les herbages. Nos yearlings sont toujours en bel état mais ils ne sont jamais lourds. Nous avons beaucoup appris au contact de Mathieu Daguzan-Garros. » Près de l’exploitation de la famille Campos, plusieurs bons trotteurs (comme Abricot du Laudot, 2e du Prix de Paris, Gr1) et chevaux de concours hippique de haut niveau ont vu le jour. « Le fait d’être à 700 km de la Paris ne facilite pas la commercialisation et il faut faire de la route pour les saillies. Heureusement, Stéphane Fresnel, notre vétérinaire, est doué pour les suivis ovariens. C’est une passion, mais ce dimanche, je n’ai pas pu être présent à Auteuil car nous sommes en pleine période de semis du blé. Nous avons donc vécu ce Gr1 à distance, avec beaucoup d’émotion, et nous tenons à féliciter l’entourage du cheval. Master Dino a une place particulière pour nous. Il a gagné sa première course la veille de l’enterrement de mon grand-père. Il y a dix ans, Volocat avait passé le poteau en tête dans des circonstances comparables. »