À LA UNE - Bartabas : « Les courses sont le sport où le cheval est le mieux traité »

Courses / 18.12.2017

À LA UNE - Bartabas : « Les courses sont le sport où le cheval est le mieux traité »

 

Par Adrien Cugnasse

Jusqu’au 4 mars 2018, le Théâtre équestre Zingaro accueille Ex Anima – sans doute le spectacle le plus abouti de Bartabas. L’artiste a dit que cela pourrait être son ultime création. Faut-il d’ailleurs y voir un symbole ? Les chevaux évoluent quasiment sans présence humaine… Adrien Cugnasse l’a rencontré.

Jour de Galop. – Dans Ex Anima, les chevaux se comportent tels qu’ils sont vraiment et, chez eux aussi, il y a de la rugosité dans les rapports. On est très loin du cheval idéalisé et anthropomorphisé comme il l’est souvent de nos jours. Vouliez-vous montrer et rétablir la vérité sur les chevaux ?

Bartabas. – Ce spectacle est fait pour tous les publics. Il n’y pas besoin de connaître les chevaux ni le théâtre. L’idée n’est pas de dresser des chevaux en liberté.  C’est de les montrer tels que je les observe depuis quatre décennies. J’essaye de faire ressentir aux spectateurs ce que j’éprouve moi-même. Beaucoup de tableaux de ce spectacle sont basés sur des réactions instinctives, comme lorsqu’un cheval étranger se fait rejeter par un groupe. La deuxième étape a été de faire comprendre aux chevaux qu’ils viennent sur la piste pour faire cela. Car on ne peut les contraindre à être expressifs. Ils sont libres d’incarner leur "rôle" comme ils l’entendent. Par exemple, au départ, deux hongres s’affrontent, mais pas méchamment. Toute l’année, ils vivent en stabulation, au milieu d’un groupe et ils ne se battent pas jour et nuit. Nous avons repéré que ces chevaux étaient assez joueurs. Lorsque nous les avons réunis, à deux sur la piste, ils ont compris ce qu’ils avaient à faire pendant quatre minutes. C’est cela qui est passionnant et c’est le vrai pari de ce spectacle. On peut dire que c’est la partie la plus osée. Toute la difficulté réside aussi dans le fait que l’on ne peut pas rectifier une situation, comme lorsqu’on est à cheval ou au milieu de la piste avec une chambrière. Nous intervenons le moins possible. Par exemple, dans le tableau où le cheval marche sur une poutre, on le présente devant l’obstacle mais on ne le force pas à monter dessus. C’est comme le cheval qui saillit à la fin. Personne ne l’oblige à saillir. Au départ, cela me faisait un peu paniquer. Mais au final, c’est encore plus beau de voir ces moments d’hésitation. Les spectateurs ont le sentiment de voir le cheval penser.

Est-ce cela votre plus grande réussite ? Arriver à une telle connaissance des chevaux, qu’on a même plus besoin de la technique équestre pour toucher le cœur des spectateurs ?

Je ne dirais pas que nous mettons la technique de côté. Elle est assimilée au point de devenir une forme d’humilité. Le principe de ce spectacle, c’est vraiment de servir les chevaux. Mais au fond, le bon dressage, c’est aussi lorsqu’on ne voit plus l’homme qui est sur le cheval. L’attention se focalise sur l’animal qui s’exprime. Avec ce spectacle, nous avons décidé d’aller encore plus loin, en retirant la présence humaine du centre de l’attention. Un peu comme dans le bunraku, une forme de théâtre japonais basé sur les marionnettes. Le marionnettiste est présent, mais il s’éclipse et on ne regarde que la marionnette. C’est une manière d’être là… sans être là. La présence humaine est réduite, avec des personnes qui tournent le dos au public et regardent les chevaux comme les spectateurs. Dès lors, on est focalisé sur ce que va faire le cheval. Son moindre mouvement. Cela n’a jamais été fait et c’est le summum de la confiance que l’on peut leur accorder. Ces chevaux sont ici depuis dix ou quinze ans. Nous les connaissons par cœur. La question est de savoir s’ils vont continuer à jouer avec le temps. Je pense que oui. Cela marche presque trop bien. Les réactions de certains chevaux vont en s’amplifiant. Ils jouent dans les deux sens du terme.

J’ai eu la sensation, assis au milieu de la salle, d’avoir une grande liberté. Vous n’imposez pas une histoire et vos spectateurs comprennent le spectacle à leur manière. Êtes-vous parfois surpris ou déçu de la manière dont le public interprète vos œuvres ?

Non. J’aime bien surprendre et faire découvrir des choses au public, mais mon boulot c’est aussi de le mettre dans ma poche. Un écrivain ou un peintre peut dire qu’il est un génie incompris. Ce n’est pas possible dans le spectacle vivant. Même si je ne cherche pas forcément à flatter le public, il faut qu’il se passe quelque chose. Je ne fais pas de concessions mais je m’arrange pour que cela soit fait de telle manière que le public comprenne et adhère. Le premier tableau est long, avec un troupeau sur la piste. Il pose les gens. Au premier abord, on peut croire qu’il ne se passe rien. Mais cela incite les gens à prendre le temps de se concentrer sur les chevaux. Et puis après ce temps long, on peut imprimer une image fugace, avec par exemple un cheval qui traverse la piste. Si un spectateur sort en disant qu’il s’est ennuyé ou qu’il n’a rien compris, alors cela veut dire que j’ai mal fait mon travail. Le fait d’avoir beaucoup de public n’a jamais été quelque chose d’important pour moi. Certains très bons spectacles ne font pas le plein. Notre véritable fierté, c’est d’avoir tissé une véritable relation avec le public, sur plusieurs générations. Une complicité est née. Je peux me permettre de surprendre car le public nous fait confiance. Notre rythme de création est assez lent, avec un spectacle tous les deux ans et demi. Ex Anima a nécessité huit mois de répétitions. Il faut aller très lentement avec les chevaux. Un spectacle aussi long à mettre en place, ça coûte cher et il faut du temps pour l’amortir. Ce rythme lent permet de donner de véritables rendez-vous avec les spectateurs. Le public nous suit et c’est vraiment ce qui me passionne. C’est le travail d’une vie. Cette fidélité, elle existe aussi avec le public de New York et celui de Tokyo, lorsque nous y déplaçons le spectacle.

À la fin du spectacle, on voit un cheval saillir un mannequin. Autour de moi, dans la salle, puis dans le métro, je me suis rendu compte que cette scène avait parfois dérangé. N’avez-vous pas peur de choquer ?

Cela ne choque pas les gens de la campagne, mais parfois ceux des villes. Nous l’avions déjà fait il y a trente ans, mais avec une véritable jument ! Ce qui intéressant, dans cette scène, c’est qu’encore une fois, le cheval n’est pas obligé de saillir. C’est du Artaud, c’est le jeu de la vérité. Le cheval joue devant un public, mais en même temps, il saillit réellement. Le spectacle est un hommage à nos chevaux. Mais pour être plus universel, j’ai tenté de rendre hommage à ce qu’ils ont apporté à l’humanité. Les chevaux ont aidé l’homme à travailler, à faire la guerre, à se déplacer, à creuser les mines… L’humanité a grandi grâce aux chevaux. Notre siècle est celui où ils sont devenus un objet de sport ou de loisir. Dans l’histoire, il y a eu des sacrifices d’animaux. Cette saillie n’est pas un sacrifice, néanmoins elle symbolise une sorte de rituel du printemps. Cela peut surprendre, voire choquer, mais ça c’est positif car c’est dans le bon sens du terme. Cela donne à voir une scène que connaît toute personne qui vit à la campagne. Chacun y lit ce qu’il veut. Dans chaque spectacle, j’aime bien placer des éléments surprenants. Cela peut être une musique que l’oreille européenne n’a pas l’habitude d’entendre.

Vous avez dit dans la presse qu’Ex Anima serait votre ultime création. Mais symboliquement, quand on choisit de finir sur une saillie, cela veut dire que la vie continue… Il y aura donc un autre spectacle ?

Peut être, on verra. C’est bien vu en tout cas !

Comment fait-on pour treuiller dans les airs un cob sans qu’il ne panique ?

Au départ, mon idée était de rendre hommage aux chevaux qui travaillaient dans les mines. Mais finalement nous avons renversé la situation avec un cheval aérien qui s’élève dans les airs en tournant. Pour cela, nous avons fabriqué une coque en métal sur mesure, qui est placée sous son ventre. Elle est confortable et ne le blesse pas. Au départ, on habitue le cheval à être surélevé de quelques centimètres. Il reste calme car l’apprentissage se fait en progression. C’est le principe de notre travail, en selle comme en liberté. Un cheval a compris son métier quand il est capable de travailler sans s’énerver, avant, pendant ou après. Il sait ce qu’il va faire. C’est un critère très important, même dans les scènes au galop. Quand ils sont en liberté sur la piste, nous n’avons aucun moyen de les calmer s’ils venaient à s’énerver. Cela demande une grande complicité.

Le travail des chevaux a disparu, vous annoncez votre dernier spectacle, nous ne savons pas jusqu’à quand les peuples cavaliers et les courses vont exister… Pensez-vous que le savoir-faire des véritables hommes de chevaux, comme le vôtre, comme celui des gens des courses ou des peuples cavaliers, va un jour disparaître ?

Oui. Je le pense. D’ailleurs, on dit souvent qu’il y a une forme de nostalgie en Zingaro, celle d’un mode de vie différent, à l’ancienne. Même si aucun de nous n’est issu d’une famille de voyageurs, nous avons fait le choix de vivre en roulotte, à côté de nos chevaux. Exactement comme les paysans vivaient à côté de leurs animaux. Ces gens avaient développé un véritable respect pour leurs compagnons de travail, bien loin de l’admiration béate. Nous nous rendons bien compte qu’un savoir est en train de disparaître. On le voit clairement dans le niveau des jeunes qui arrivent ici. Ils ont de moins en moins de bases, en particulier celles qui étaient acquises de manière un peu naturelle dans les campagnes. Dans le même temps, certaines évolutions vont dans le bon sens. La féminisation de l’équitation, par exemple, est une bonne chose. Cela atteste de la fin du lien entre cheval et pouvoir social. On n’achète plus de chevaux pour frimer. Aujourd’hui, on vient au cheval car on cherche autre chose. Néanmoins, notre société, bien qu’elle puisse déclarer être plus ou moins proche de l’écologie, s’éloigne de la nature. On cherche à éliminer le rapport avec le naturel, même dans les choses simples. On ne veut plus avoir chaud, froid ou être mouillé. Et ça, ce n’est pas normal. Vivre avec des chevaux, c’est au contraire quelque chose de rude.

Le début du spectacle représente ce que l’on peut ressentir en allant voir des chevaux dans les champs, une nuit d’été. Vous offrez au public le jardin secret des hommes de chevaux, en révélant la partie cachée de la beauté de ces animaux. Est-ce intentionnel de montrer ce à quoi le public n’a normalement pas accès ?

C’est exactement cela. La nature est reconstituée de manière théâtrale, artificiellement. Le seul élément qui est vrai, c’est le cheval. Il joue un rôle presque humain et nous renvoie notre propre image. C’est ça, la beauté du théâtre. Le ciel peut être rouge dans un tableau et pourtant, même si ce n’est pas réaliste, on ressentira les mêmes sensations que dans la nature. Mais je ne m’attendais pas à ce que le public réagisse aussi bien et c’est la grande force du spectacle. Par ailleurs, le spectacle vivant est quelque chose d’éphémère, surtout pour une troupe comme la nôtre qui n’a pas de répertoire. Même un film ne peut pas vraiment restituer ce qui se passe. Nous n’existons donc que dans la mémoire des gens. On partage un moment unique et les spectateurs savent que demain le spectacle sera différent. Cette fragilité créé une tension inconsciente chez les spectateurs. Nous sommes dans un rituel de l’imprévu. Un cheval entre sur la piste et personne ne sait ce qu’il va faire. Les gens sont hors du temps, sans téléphone, pendant tout le spectacle.

Souvent, un urbain achète un cheval de course parce que le cheval lui manque, inconsciemment… Mais vous, le cheval, c'est votre quotidien. Alors pourquoi êtes-vous propriétaire de chevaux de course ?

Mon aventure avec les chevaux de course est un peu à part. Un de mes premiers pôles d’intérêt quand j’étais très jeune, c’était justement le sport hippique. Je voulais devenir entraîneur car je savais que je ne pourrais pas devenir jockey. J’ai monté en tant que gentleman-rider en course, grâce à André Adèle. Mais très vite, je me suis rendu compte qu’on devait autant entraîner le propriétaire que le cheval. Et vu mon caractère, ce n’était pas pour moi. Je suis resté très attaché aux courses, qui sont un souvenir de jeunesse très fort. Cela m’a beaucoup marqué, y compris l’aspect spectaculaire de cette activité, la beauté des chevaux, l’esthétique… Plus tard, j’ai recroisé la route de Jean-Paul Gallorini, que j’avais connu chez André Adèle. Modestement, par amitié, j’ai pris un cheval à réclamer. Et puis sans le faire exprès, tout cela s’est développé. C’est avant tout une histoire d’amitié. Je ne sais pas si je l’aurais fait avec d’autres entraîneurs.

Quel regard portez-vous sur l’évolution des courses ?

Je suis attristé par leur évolution. Il y a déjà une trentaine d’années, je déplorais la désertion du public des champs de courses. On me disait alors que ce n’était pas le plus important et que le jeu était le nerf de la guerre. Or, si on veut que les hippodromes puissent rester dans Paris, il faut qu’une journée aux courses soit perçue comme une sortie à la campagne. L’ambiance doit être familiale et le jeu doit pouvoir être abordé de manière détendue, comme lorsqu’on dépense 10 € dans une fête foraine. Ce n’est pas ça qui va faire vivre les courses sur le plan économique, mais c’est important pour les faire exister socialement. Trop d’erreurs de communication ont été faites. Modestement, j’ai cru pouvoir créer des ponts entre le monde des courses et celui de la culture. Ils ont d’ailleurs existé dans le passé, où tous les grands artistes venaient aux courses. Mais cela n’a pas fonctionné. D’une manière générale, je pense que l’Europe des courses a raté le tournant de la modernité, contrairement au Japon ou à Hongkong. Je suis d’ailleurs allé aux courses dans ces pays. En Europe, les courses se sont endormies sur une vieille idée d’elles-mêmes. Cette idée était plutôt sympathique au départ, avec des amateurs, souvent des aristocrates, qui s’amusaient entre eux.  Mais entretemps, la filière a beaucoup changé. Les courses ont pris une importance économique colossale et elles font vivre des milliers des gens. Pourtant, elles sont gérées par des amateurs, des dilettantes. Ils ne sont pas forcément incapables, mais ils font cela en plus d’autres choses. Or les courses mériteraient d’être gérées par des professionnels. En Asie, ils ont compris cela. Le seul qui a rempli son rôle, c’est Lagardère. C’était un véritable chef d’entreprise et il a agi ainsi. Enfin il y a trop de conflits d’intérêts, avec des personnes qui sont parties prenantes des compétitions, tout en étant à des postes à responsabilité. On ne peut pas être président de la Fédération française de football, tout en étant arbitre du match et propriétaire d’un club qui joue la partie. C’est une question de crédibilité. La manière dont les courses sont dirigées n’est pas adaptée au XXIe siècle et à la puissance économique d’une telle filière. Je regrette par ailleurs la trop grande dépendance des courses vis-à-vis d’un nombre réduit d’investisseurs. Cela les fragilise.

Quel est votre avis sur l’évolution du sport hippique, en tant que spectacle ?

Les courses sont un spectacle magnifique. Je persiste à le dire. Même s’il y a des professionnels qui ne sont pas respectueux, y compris parmi les plus connus, je pense qu’on peut dire, d’une manière générale, que les courses sont le sport où le cheval est le mieux traité. Un pur-sang anglais à l’entraînement chez un bon professionnel est plus heureux qu’un cheval de dressage olympique ou que certains chevaux de concours hippique. On le voit à son comportement, à la qualité des soins… Ils sont plus sains dans leur tête car le cheval de course est respecté dans son instinct, qui est de galoper. Le pur-sang anglais a plaisir à courir, et ce d’autant plus qu’il le fait naturellement. Il n’en reste pas moins que les courses sont un sport. Et comme dans tous les sports, il y a une certaine violence. C’est la même chose pour les humains. Je continue à défendre les courses pour la compétition, la beauté du sport, les couleurs, la beauté des chevaux et du champ de courses… La théâtralisation est quelque chose de très important. En accélérant tout, en multipliant les épreuves, on tue les courses. Il n’y a pas besoin d’apporter quelque chose d’extérieur. Le spectacle des courses se suffit à lui-même. Avant un concert de musique classique, on ne fait pas un spectacle de marionnettes. La musique se suffit à elle-même. Les gens ne doivent pas venir à l’hippodrome pour les animations… mais pour les courses elles-mêmes. Le challenge, c’est de les intéresser à cela. Comme dans un spectacle, il y a un rituel. Il faut le respecter. Je ne porte jamais de cravate, sauf quand je me rends sur un hippodrome. Par respect pour les chevaux et pour le rituel. Les galopeurs sont les seuls chevaux que je ne touche pas. Je ne fais que les regarder et je les confie à des professionnels. Je me place dans la position du propriétaire et j’ai dès lors un rôle à jouer dans ce décor. Comme l’entraîneur, le jockey ou le turfiste. C’est pour cela que je m’habille. Je suis donc assez dérangé de voir certains propriétaires arriver aux courses avec un jean troué, même si c’est quelque chose que je pourrais porter dans la vie de tous les jours. C’est comme si je laissais les gens utiliser leur téléphone et prendre des photos pendant un spectacle de Zingaro. En Angleterre, cette esthétique des courses a été mieux conservée. Il est là, le spectacle. Lorsque l’on cède sur ça, c’est le début d’un cercle vicieux.

Quand Mandali a remporté la Grande Course de Haies d'Auteuil (Gr1), avec plus d’un obstacle d’avance, avez-vous eu le sentiment d’être au cœur d’une performance historique ?

Absolument. Le challenge, tenter des choses, c’est ce qui me passionne dans les courses. Le fait de demander à Christophe Soumillon de monter, c’était un premier défi. Mais la manière dont Mandali et son jockey ont gagné la course, c’est du génie. C’est aussi un concours de circonstances et c’est d’autant plus beau. Ils n’ont pas simplement gagné parce que Soumillon est très bon. Ce qui est superbe, c’est aussi le fait que les autres jockeys l’ont laissé partir devant, en pensant qu’il ne savait pas ce qu’il faisait et qu’ils allaient le rattraper. Toute l’histoire, de l’achat du cheval jusqu’à cette victoire, était un coup de génie. Toujours pour l’écurie Zingaro, Christophe Soumillon a gagné un autre Gr1, le Prix Cambacérès (Gr1), en selle sur Hippomene (Dream Well).

Qu'avez-vous appris chez André Adèle ?

Il est certain que les courses ont évolué depuis son époque. Aujourd’hui on pèse les chevaux, on fait des analyses sanguines… Mais il n’en reste pas moins qu’il m’a appris, et c’est toujours valable, que le principal travail d’un entraîneur c’est l’observation. Il avait un œil incroyable. Pourtant, lorsque je l’ai connu, vers la fin de sa vie, il n’allait pratiquement plus aux courses à cause de problèmes de santé. On ne pouvait pas revoir les courses à distance et a posteriori comme aujourd’hui. Et malgré tout, sans avoir vu la concurrence courir, il arrivait à évaluer le niveau de ses pensionnaires et à très bien engager ses chevaux. Cela m’avait énormément impressionné. C’était alors un milieu assez paternaliste, avec des personnes qui travaillaient pendant des décennies dans la même écurie. Ce côté familial existait, malgré le fait qu’il était à la tête d’une grosse entreprise. Il lâchait ses chevaux dans le manège pour les faire sauter et c’est quelqu’un qui a inventé beaucoup de choses. C’était un homme de cheval qui gardait une certaine rusticité. Il disait : « Les lièvres galopent même si on ne les brosse pas ! » Pour juger la fraîcheur d’un cheval, il faisait un peu de bruit en guettant ses réactions. Cela peut paraître simple, mais c’est remarquable en termes d’observation. Jean-Paul Gallorini s’est d’ailleurs beaucoup inspiré de lui. Dans les courses, je suis touché par le fait qu’on laisse les chevaux s’exprimer, au-delà des résultats. Je n’aime pas voir tous les chevaux sortir d’un même moule, identiques… car ils déroulent sans avoir d’âme. Et dans ce cas, il y a de la casse et ça sent la sueur. Le bon entraîneur, c’est celui qui laisse le cheval exister, sans tuer sa personnalité. André Fabre sait faire cela. Ses pensionnaires ont du caractère. Même s’il a beaucoup de chevaux, ce n’est pas une usine.

L’ÉCURIE ZINGARO

Un remarquable palmarès sur les obstacles

Sans avoir les moyens financiers des plus grands, l’écurie Zingaro s’est bâti un palmarès des plus enviables, avec 18 victoires de Groupe, toutes sous la férule de Jean-Paul Gallorini. Par ailleurs, Bénie des Dieux (Great Pretender), que Willie Mullins estime capable de courir au niveau Gr1, a débuté sa carrière en France sous les couleurs de l’écurie Zingaro, finissant notamment troisième du Prix André Michel (Gr3), son ultime sortie avant exportation.

LES VICTOIRES DE GROUPE DE L’ÉCURIE ZINGARO

Année    Course                                                    Niveau            Cheval

2014      Prix Léon Olry-Roederer                          Gr2                  Dulce Leo

2014      Prix Renaud du Vivier                               Gr1                  Hippomene

2014      Prix Carmarthen                                       Gr3                  Le Grand Lucé

2013      Prix Léopold d'Orsetti                              Gr3                  Le Grand Lucé

2013      Prix Cambacérès                                      Gr1                  Hippomene

2013      Prix Georges de Talhouët-Roy                  Gr2                  Hippomene

2013      Prix Amadou                                            Gr2                  Le Grand Lucé

2012      Prix Georges Courtois                              Gr2                  Quarouso

2011      Prix Georges Courtois                              Gr2                  Quarouso

2011      Prix Robert de Clermont-Tonnerre           Gr3                  Quarouso

2010      Grande Course de Haies d'Auteuil            Gr1                  Mandali

2006      Prix de Pépinvast                                      Gr3                  Dindounas

2004      Prix Georges Courtois                              Gr2                  Kario de Sormain

2004      Prix Héros XII                                         Gr3                  Kario de Sormain

2004      Prix Murat                                                Gr2                  Turkish Junior

2001      Prix La Périchole                                      Gr3                  Turkish Junior

2000      Prix Ingré                                                 Gr3                  Matinée Lover

2000      Prix Hypothèse                                         Gr3                  Matinée Lover