Bianca Verga, la Reine de San Siro qui faisait trembler le galop français

Autres informations / 20.12.2017

Bianca Verga, la Reine de San Siro qui faisait trembler le galop français

Bianca Verga, la Reine de San Siro qui faisait trembler le galop français

Avec la disparition de la marquise Soledad de Moratalla, c’est une page de l’histoire hippique française qui se tourne. Au travers d’une série de cinq portraits, nous avons voulu rendre hommage à cinq femmes de tête qui, comme elle, se sont imposées dans un univers longtemps masculin. Après María Félix, ce dernier épisode brosse le portrait de Bianca Verga.

Longchamp, le 8 octobre 1961. Molvedo vient de remporter l’Arc de Triomphe, cinq ans après son père Ribot (Tenerani). Il porte la casaque de la Razza Ticino de Madame Bianca Verga et son mari Egidio. Au moment de la remise de trophées à Longchamp, Madame Verga avait dit en pur argot milanais à Marcel Boussac : « Se voeur tuta sta gent, mi voeuri duma respira un poeu. » C’est-à-dire : « Mais que me veulent-ils, je me sens mal et j’ai besoin de respirer. » Pour la Razza Ticino, cette victoire était l’aboutissement d’un projet qui avait commencé quinze ans avant, avec l’achat du haras et de la jumenterie de Nobile Giuseppe de Montel, le propriétaire et éleveur d’Ortello (le premier gagnant italien de l’Arc, en 1929).

Une base solide. Au départ, Bianca Verga et son mari avaient sept ou huit poulinières, dont la deuxième mère de Molvedo, Murcia (Pilade). Elle était stationnée, en compagnie de l’étalon Nakamuro (Cameronian), un demi-frère de Nearco (Pharos), dans le haras de Mirabello, une structure publique dans le parc de Monza, près du célèbre circuit de course automobile. Avec l’acquisition du cheptel et du haras de Nobile Giuseppe de Montel, tout a changé. La Razza Ticino pouvait désormais rivaliser avec les autres grandes écuries italiennes. Elle comptait aussi sur une succursale au trot, dont faisait partie Schotch Thistle, deuxième du Prix d’Amérique. La Razza Ticino était basée sur une trentaine de poulinières. C’est Enrico Arcari, le futur directeur de l’association des éleveurs, qui servait de conseiller technique après avoir supervisé l’achat du haras et de son effectif.

Un croisement de dernière minute. Les chevaux de la Razza Ticino avaient déjà gagné des classiques quand Bianca Verga, sur un coup de tête digne de la grande flambeuse qu’elle était, a réalisé le croisement qui a donné Molvedo. Une saillie de Ribot était déjà réservée pour Staffa (Orsenigo), la star du haras, gagnante des Oaks d’Italie. Au moment d’embarquer la jument, les papiers de cette dernière étaient introuvables. Il fallait donc annuler la réservation de saillie ou choisir une autre poulinière de la Razza Ticino pour aller à la rencontre de Ribot. Maggiolina (Nakamuro) n’était pas la meilleure, mais l’intuition de Bianca Verga a donné un gagnant d’Arc !

La rencontre manquée avec Sa Majesté. Quelques mois après, Bianca Verga pouvait nourrir des regrets. Sedan (Prince Bio), un fils de Staffa, avait remporté le Derby Italien et le Gran Premio di Milano, alors que les produits de Maggiolina gagnaient leurs courses, à bon niveau, mais sans éclat. Le croisement de la dernière minute fut finalement inspiré, même si Molvedo n’a pas toujours été chanceux pendant sa carrière. Champion des 2ans en Italie, il fut obligé de faire l’impasse sur la saison classique, suite à un problème musculaire. Molvedo n’a donc pas pu courir le Derby Italien et il a ainsi privé les paparazzi de l’époque d’un grand moment : Sa Majesté la reine d’Angleterre, invitée d’honneur à Capannelle, remettant le trophée à Madame Bianca Verga. On ne peut pas trouver deux femmes partageant la même passion des courses tout en étant aussi différentes.

De Deauville à Longchamp. Si Bianca Verga n’a pas pu rencontrer la reine, elle s’est par contre offert une journée inoubliable sur la côte Normande. Molvedo, préparé pendant l’été milanais par Arturo et Giacomo Maggi, est reparti avec la caisse du Grand Prix de Deauville. Bianca Verga avait donné des sueurs froides au personnel de l’hippodrome qui avait eu toutes les peines à trouver l’argent nécessaire au paiement de ses tickets gagnants. Le Prix de l’Arc de Triomphe fut la suite logique de ce succès, et deux semaines après, Bianca Verga put savourer la joie de remporter le Gran Premio del Jockey Club dans son jardin, à San Siro, lors de la dernière sortie de Molvedo. La Razza Ticino a progressivement cessé son activité dans les années 1980. Molvedo est mort en 1987 et quand Bianca Verga a appris la nouvelle, elle a déclaré, avec son humour, typiquement milanais : « Petit à petit, mes vieux amis me quittent. » Quelques mois après, San Siro a perdu sa reine, une femme qui était la quintessence de l’esprit milanais.