Christophe Soumillon, une année à toute vitesse

Courses / 17.12.2017

Christophe Soumillon, une année à toute vitesse

Les statistiques aussi sont faites pour être démenties, les records sont là pour être dépassés… Ce samedi à Lyon-La Soie, Christophe Soumillon a battu le record européen de victoires établi l’an dernier par Pierre-Charles Boudot. Un challenge longuement commenté durant l’année et qui n’a pas laissé indifférent. Christophe Soumillon laisse de toute façon rarement indifférent. Au lendemain de son nouveau record et après la réunion de Pau, Christophe Soumillon nous a donné son sentiment sur cette année 2017.

Jour de Galop. – Vous avez atteint votre objectif le soir du 16 décembre. Tous vos proches étaient présents à Lyon-La Soie. Vous étiez donc préparés ?

Christophe Soumillon. – Il y a une semaine, je pensais plutôt pouvoir établir un nouveau record aux alentours du 21 décembre. Mais nous avons atteint un bon rythme à Deauville et j’ai donc refait des calculs : le record risquait d’arriver plus vite que prévu avec les treize montes que j’avais entre Deauville et Lyon-La Soie. Je sentais que c’était le jour, même s’il ne fallait pas se louper : cela n’avait d’ailleurs pas très bien commencé à Deauville, où le cheval qui était selon moi ma meilleure chance a mal couru…

Cela aurait aussi pu mal se passer pour vos 300e et 301e victoires, où vous vous êtes retrouvés derrière un rideau de chevaux.

Sur des pistes qui ne sont pas larges et où il y a des partants, on sait bien qu’il faut réussir à donner le bon parcours. Il faut parfois composer avec de très mauvais numéros de corde, et je trouve que j’en ai eu un certain nombre cette année ! Ce fut assez chaud à Lyon-La Soie, mais je pense aussi que cela a permis de mettre l’ambiance. Il n’y avait pas grand-monde dans les tribunes mais il y avait de l’enthousiasme, notamment avec mes proches qui étaient venus. Pour moi, c’était un peu comme si j’avais gagné une grande course.

De quoi relancer le casse-tête ?

La très grande majorité des observateurs estime que Christophe Soumillon a battu le record européen de victoires en dépassant Pierre-Charles Boudot. D’autres estiment que le score de PC Boudot n’était pas un record et que Christophe Soumillon a donc encore du pain sur la planche… En effet, en 2007, le jockey turc Halis Karatas a remporté 330 victoires. Reste à savoir si la Turquie fait partie de l’Europe…

Y a-t-il eu des moments de doute ? Comme par exemple suite à l’annonce du virus dans un des barns de Jean-Claude Rouget ?

Concernant le virus, ce fut avant tout un choc pour moi de l’apprendre. Mais il ne m’a pas mis dans le doute concernant la course au record : il restait encore les pouliches et les jeunes chevaux par exemple, et j’ai pu récupérer des montes chez d’autres clients. J’étais juste très déçu et inquiet car je savais qu’Almanzor (Wootton Bassett) et d’autres chevaux que je montais étaient dans ce barn. Je dirais que ce virus représente peut-être 5 à 10 % de montes en moins, mais je savais que je pouvais les récupérer et m’en sortir.

Il n’y a pas vraiment eu de moments où je me suis dit que je n’allais pas y arriver. Mais il y a eu des moments où j’ai eu l’impression que rien ne jouait en notre faveur, que nous faisions les mauvais choix. Cela a parfois été tendu avec mon agent, Pierre-Alain Chereau, et c’est normal. Je pensais que cela ne servait à rien d’aller n’importe où mais j’ai toujours cru pouvoir le faire. Sur le tableau comparatif avec Pierre-Charles Boudot l’an dernier, j’étais en avance. Cela permet d’accumuler de la confiance et de se dire que tout allait bien se passer une fois que les choses iraient dans notre sens… Sauf qu’il a fallu attendre les alentours du 10 à 15 décembre pour que cela arrive !

Notamment un coup de cinq à Marseille-Vivaux, dans une région qui vous a porté chance ?

Nous savions que le Sud-Est allait jouer un rôle et nous apporter beaucoup de victoires car j’ai une bonne clientèle là-bas. Marseille-Vivaux ou Salon-de-Provence sont des hippodromes où j’aime me rendre : ils ne sont pas grands, mais ils sont bien dessinés et on peut y monter de belles courses. Nous savions très bien qu’il fallait se concentrer sur cette région. Je sais qu’il m’a été reproché de partir là-bas plutôt que de monter des réunions en région parisienne avec de bonnes courses à conditions ou des Listeds, mais où j’avais de nombreuses petites chances ou non chances. Quand on se lance un objectif comme celui de ce record, il faut travailler dans ce sens. Si on regarde les chiffres, j’ai quasiment monté autant en province cette année que Pierre-Charles l’an passé. Même si j’aurais évidemment été à Paris si j’avais eu une première chance pour le prince Aga Khan.

Justement, vous n’avez pas monté tous les chevaux de Son Altesse l’Aga Khan alors que vous étiez disponible, bien qu’ayant un contrat avec lui. Comment cela s’est-il passé ?

Il n’y a pas eu d’arrangement spécifique. Mais nous discutions avec Alain de Royer Dupré et Jean-Claude Rouget et, quand il fallait débuter un poulain pour lui apprendre le métier par exemple, ils me laissaient monter de meilleures chances. Ils ont vraiment joué le jeu et je les en remercie, comme Son Altesse le prince.

Record battu… Mais y-a-t-il eu de la frustration cette année par rapport à votre score dans les Grs1 (quatre victoires) ?

Pour moi, il y a le Prix Ganay que nous aurions dû gagner avec Zarak XX (Dubawi). Mais cela s’est mal passé, nous n’avons pas eu un bon parcours. Je pense que Zarak aurait pu partir au haras avec deux victoires de Gr1. Heureusement, il y a eu le Grand Prix de Saint-Cloud (Gr1) ensuite. C’était important pour un champion comme lui, fils de Zarkava, d’avoir un succès au plus haut niveau. J’ai aussi eu des grands moments avec Vazirabad (Manduro), Shakeel (Dalakhani) et Thunder Snow (Helmet)…

Il est possible de concilier les deux : la quantité et la qualité. Et je suis le premier déçu quand, en début de saison, je réalise que nous n’avons pas de chevaux de Gr1 pour la casaque Aga Khan ou parmi ceux de Jean-Claude Rouget, chevaux que je peux monter car hors contrat. Il est vrai que cette année, je n’ai pas pu aller monter en Angleterre par exemple, ou dans d’autres pays. Mais il faut faire des sacrifices pour réussir son pari. Pour 2018, je croise les doigts. J’espère que Vazirabad restera bien et que nous aurons de bons poulains qui vont se révéler en début d’année.

Quel est le programme pour la fin 2017 ? Pousser le record le plus loin possible ?

Il n’y a pas d’idée précise… Hier soir, après mes treize montes de la journée, je suis un peu rentré en phase de décompression. Je ne me suis pas levé avec la même pêche que d’habitude ce matin, même si j’étais en forme une fois à Pau. Je vais aller à Pornichet et Marseille et je pense aussi aller à Deauville pour les deux réunions. On sait qu'à cette époque de l’année, les courses sont compliquées, avec des lots fournis, et il n’y a plus beaucoup de courses. Que l’on fasse 310 ou 315 victoires, cela ne change pas grand-chose.

Comment se présente 2018 ?

Je pense commencer à monter à Dubaï pour la réunion du 11 janvier, mais ce n’est pas encore certain car je risque de ne pas avoir la quantité et la qualité pour mes clients habituels. Je ne monterai pas les premières réunions de plat de l’année en France mais je serai présent à Cagnes-sur-Mer. Je sais que Maxime Guyon va tenter de me donner chaud pour la Cravache d’or l’année prochaine. Et c’est bien : j’aime les challenges. Je pense que si j’ai 1.200 ou 1.300 montes maximum en 2018, ce sera bien. Cette année, je me suis rendu compte qu’il y avait un certain nombre de montes qui n’étaient pas obligatoires, avec des déplacements qui peuvent fatiguer et créer de la frustration.

On vous sent justement un peu fatigué, cerné. Est-ce le cas ?

J’ai toujours une tête un peu cernée ! Je suis grand et maigre et, cette année, j’ai évolué avec un kilo ou un kilo et demi de moins par rapport à mon poids habituel. Je me suis senti super bien physiquement durant toute l’année. J’ai regardé mes courses d’hier et je trouve que physiquement comme psychologiquement, j’ai bien répondu et pris les bonnes décisions.