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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Le jour où Coco Chanel a défrayé la chronique dans le Prix de Diane

Autres informations / 16.12.2017

Le jour où Coco Chanel a défrayé la chronique dans le Prix de Diane

Le jour où Coco Chanel a défrayé la chronique dans le Prix de Diane

Avec la disparition de la marquise Soledad de Moratalla, c’est une page de l’histoire hippique française qui se tourne. Au travers d’une série de cinq portraits, nous avons voulu rendre hommage à cinq femmes de tête qui, comme elle, se sont imposées dans un univers longtemps masculin.

Par Adrien Cugnasse

Gabrielle Chasnel, dite Coco Chanel, est une icône de la mode. Née en 1883, d’origine modeste, elle a bâti un véritable empire, avec ses fulgurances, son génie, mais aussi sa part d’ombre. Tout au long de sa vie, les chevaux et les hommes qui l’entourent ont joué un rôle important pour Coco Chanel. Étienne Balsan, officier, se passionne pour l'élevage et les courses. Il lui fait découvrir la vie de château. Avec lui, elle apprend à monter à cheval. En 1909, sur les conseils de Boy Capel, un joueur de polo, elle se lance dans la confection de chapeaux. Plus tard, son nouvel amant, le duc de Westminster, sera lui aussi une source d’inspiration, mais aussi de finances… En sa compagnie, dans les années 1920, elle assiste au Grand National de Liverpool. Au début des années 1960, alors que l’apogée de sa carrière semble derrière elle, Coco Chanel est une vieille dame qui s’oppose à la mode de la minijupe. C’est à cette période que son nom apparaît pour la première fois sur les programmes au galop. Dès le départ, elle connaît une belle réussite grâce à ses chevaux placés sous l’entraînement de François Mathet.

Une candidature qui fait le buzz dans le Diane. Soldo (Sunny Boy), né chez la comtesse de Chambure, s’impose dans le Prix Prédicateur (aujourd’hui Listed) à Saint-Cloud. Exporté, il a pris part sans succès au Grand National de Liverpool. Mais c’est un autre cheval, également né en 1961, qui va créer le buzz sous les couleurs de Gabrielle Chanel. En 1964, alors que cette dernière est âgée de 81 ans, sa casaque va pour la première fois prendre part au Prix de Diane avec Romantica (Tanerko) qui fut par ailleurs sa première pouliche. Avant sa tentative classique, elle n’avait couru qu’à deux reprises, s’imposant à chaque fois dans un bon style. Sa présence au départ a connu un grand écho. La pouliche, sous la selle d’Yves Saint-Martin, s’est élancée en tant que deuxième favorite. Mais c’est finalement Belle Sicambre (Sicambre), la favorite, qui a passé le poteau en tête, alors que Romantica était inexistante. La chronique de l’époque est assez dure. Ainsi, on peut lire dans Course et Élevage : « Quant à Romantica, montée en épingle par l’opinion publique et victime d’un engouement assez inexplicable, elle ne paraissait jamais dangereuse. II est rare de pouvoir prétendre au prix de Diane avec de minces références. Mme Coco Chanel, dont la casaque est encore bien tendre, l’aura très vite compris. La réussite, lorsqu’on veut gagner des classiques, est le résultat d’un travail de longue haleine et non d’un brillant coup de poker. Nul ne nous contredira. »

Un étalon nommé Coco. Deuxième du Prix Minerve (aujourd’hui Gr3), lauréate du Prix Finlande (aujourd’hui Listed) et issue d’une belle souche italienne, Romantica avait des arguments à faire valoir au haras. Son premier produit, le bien nommé Coco (Shantung) a couru quatre fois en plat à 3ans, pour deux victoires. Il s’est par ailleurs classé troisième du Prix de la Ville de Trouville (L) à Deauville. Ce cheval bai avec de la taille et du modèle fut vendu à l’administration. Au Haras National de Saint-Lô, il a principalement croisé des juments trotteurs ou demi-sang pour le concours hippiques. Malgré une production très réduite (82 poulains), il a donné des chevaux performants dans les disciplines olympiques, notamment Nioro ISO 149, Neptune du Bec ISO 146 et Nankin le Mérite ISO 144… Le 10 janvier 1971, à l'âge de 87 ans, Coco Chanel meurt de vieillesse. Les produits suivants de Romantica seront élevés par François Mathet, deux ont gagné, mais cette souche n’a pas résisté à l’usure du temps. Selon Weartherbys, les ultimes descendants de Romantica, issus de ses filles, sont nés au début des années 1980.