L’année 2017 de Deep Impact est-elle un flop ou est-il toujours au top ?

International - Élevage / 18.12.2017

L’année 2017 de Deep Impact est-elle un flop ou est-il toujours au top ?

Par Franco Raimondi

Qui dit Japon dit Deep Impact. L’obsession de simplification de nos esprits nous pousse parfois à la faute. Par exemple, cette année, Deep Impact (Sunday Silence) n’a pas réalisé une grande saison dans son pays. Son bilan dans les grandes courses est le plus faible depuis 2011, quand ses premiers produits avaient 3ans. En 2017, les produits de Deep Impact ont gagné une seule course de la Triple couronne et de la Triple tiara (la version pour les pouliches). Et dans les grandes épreuves du deuxième semestre, en attendant l’Arima Kinen, ils affichent un zéro pointé. En 2011, Deep Impact ne pouvait compter que sur une seule génération de 147 foals. Ses produits lui avaient pourtant permis d’afficher le record japonais de gagnants à 2ans pour un étalon de première saison (35). Au premier test classique, Marcellina avait remporté l’Oka Sho (Gr1), l’équivalent de la Poule d’Essai des Pouliches, mais dans les courses de la Triple couronne, c’est Orfèvre (Stay Gold) qui avait dicté sa loi.

Un seul gagnant classique en 2017. Cette année, Deep Impact a donné le lauréat du Satsuki Sho Al Ain. Ses fils Admirable et Popocatepetl ont décroché la troisième place respectivement dans le Derby et le Kikuka Sho (le St Leger). Aucune de ses pouliches de 3ans n’a réussi à terminer dans les trois premières des courses de la Triple tiara (Oka Sho, Yushun Himba et Shuka Sho). Cet automne, dans les grandes courses internationales, le score est le suivant : Real Steel quatrième dans le Tenno Sho (Gr1), Mikki Queen (issue de la française Musical Way) troisième dans la Queen Elizabeth II Cup, Sungrazer troisième dans le Mile Championship et Makahiki quatrième dans la Japan Cup.

Mais dix-sept classiques en sept saisons... Je fais la fine bouche avec Deep Impact, en négligeant le fait que le Japon est une vraie puissance d’élevage, qui dispose d’autres étalons de grande qualité. Depuis 2011, 42 épreuves de la Triple couronne et de la Triple tiara ont été courues. Les 3ans issus de Deep Impact en ont remporté 17, c’est-à-dire 40,4 %. Sur la même période (2011/2017), Galileo – oui Galileo ! – est à 28 victoires classiques en Europe sur 98 épreuves (cinq en Angleterre et en Irlande, quatre en France), ce qui donne une réussite énorme, de l’ordre de 28,5 %.

Sunday Silence et ses records… Le seul étalon qui a connu une réussite similaire au niveau classique est Sunday Silence (Halo). Ses produits – sur douze générations – ont pu participer à 72 classiques et ils ont affiché 25 victoires, soit 34,7 %. Sunday Silence peut nous servir de repère pour juger la production de Deep Impact. La production de Sunday Silence a gagné 24 grandes courses automnales, contre 17 pour Deep Impact. Au même stade de sa carrière, c’est-à-dire avec sept générations âgées de 3ans et plus en piste, les produits de Sunday Silence avaient gagné sept fois dans le Big Five et treize dans les classiques.

Les poires et les pommes… On ne peut pas comparer les pommes et les poires. Sunday Silence et Deep Impact ont démarré leur carrière dans deux époques différentes. Le père a sailli moins de 100 poulinières lors de ses quatre premières saisons. Le fils à eu 215 juments lors de ses débuts et ses huit générations en âge de courir comptent 1.208 foals. Au même stade de sa carrière, Sunday Silence en était à 897 produits. D’après la très performante base de données de JBIS, il a eu en tout 1.514 produits, dont 1.38 ont couru et 1.067 ont gagné. Les statistiques de Deep Impact affichent 1.048 partants et 750 gagnants. Le rapport produits/gagnants de Sunday Silence – sur toute sa carrière – est 70,47 %, Deep Impact en est à 62,08 %, un chiffre qui peut augmenter car les 2ans ont encore du temps pour ouvrir leur palmarès.

À deux gagnants d’un record. La génération 2015 de Deep Impact, qui a Danon Premiere en tête de liste, est très bonne. Elle peut lui permettre de battre le record de son père, celui des gagnants à 2ans.  Elusive Grace (la fille d'Elusive Wave) et le prometteur Gibeon ont propulsé Deep Impact à 45 gagnants à 2ans. Et il reste encore six réunions. Sunday Silence avait sorti 47 lauréats de 2ans avec la génération 2002, celle de Deep Impact, qui fut un des derniers à ouvrir son palmarès, le 19 décembre 2004 – il a déjà treize ans ! – dans une course pour inédits sur 2.000m à Hanshin. Il lui faut donc deux gagnants pour égaler et trois pour battre son père. Il est presque impossible pour Deep Impact d’arriver à 51 lauréats à 2ans, le record japonais, qui appartient à South Vigorous (End Sweet), une machine à gagnants sur les pistes en sable de la N.R.A.

Et d’autres imbattables… Deep Impact n’a pas réussi comme son père à devenir Champion Sire avec deux générations en piste. Il a du attendre une saison en plus. Mais depuis, il a aligné cinq titres et le sixième est chose faite vu l’avantage qu’il est le sien à cette date. Il lui faudrait avoir le gagnant de l’Arima Kinen pour dépasser à coup sûr les six milliards de yens de gains, comme il l’a déjà fait à trois reprises. Sunday Silence, quant à lui, a réussi à doubler ce cap cinq fois et son record (9.274 milliards en 2005) est vraiment très loin. Sunday Silence ou Deep Impact : qui est le meilleur ? Le père (13 fois tête de liste) ou le fils, qui est en train de remporter son sixième titre ? On a entendu la même question à propos de Sadler’s Wells (14 fois Champion Sire) et de Galileo qui est presque assuré de décrocher sa neuvième couronne…