LE MAGAZINE - Dorothy Paget, l’excentricité à l’état pur

Courses / 18.12.2017

LE MAGAZINE - Dorothy Paget, l’excentricité à l’état pur

 

Avec la disparition de la marquise Soledad de Moratalla, c’est une page de l’histoire hippique française qui se tourne. Au travers d’une série de cinq portraits, nous avons voulu rendre hommage à cinq femmes de tête qui, comme elle, se sont imposées dans un univers longtemps masculin. Après Elizabeth Arden, ce troisième épisode brosse le portrait de Dorothy Paget.

Dorothy Wyndham Paget est l’une des plus grandes propriétaires de chevaux de course que les courses britanniques aient jamais connues. Cette Whitney, une des plus importantes familles d'élevage de chevaux de course aux États-Unis, a également été la propriétaire de Ballymacoll Stud jusqu’à sa mort.

Une passion pour les sports de vitesse. Amoureuse de chasse à courre, mais ayant pris énormément de poids, elle s’est tournée vers les courses automobiles qu’elle a beaucoup sponsorisées. Passant par le saut d’obstacles, elle s’est ensuite investie corps et âme dans les courses hippiques. Inspirée par son grand-père, William C. Whitney, ancien secrétaire américain de la Navy, qui a remporté le Derby avec Volodyovski en 1901, Dorothy Paget a investi des dizaines de millions de dollars pour se hisser au sommet de la filière hippique. Ses chevaux ont remporté 1.532 courses en plat et sur les obstacles. Elle s’est imposée en tant que propriétaire en Grande-Bretagne en 1943, l'année où son cheval Straight Deal a remporté le Derby. Meilleure propriétaire de chevaux d'obstacle en 1933-194,1940-1941 et 1951-1952. Dorothy a gagné à sept reprises la Cheltenham Gold Cup. Golden Miller l’a remportée cinq fois, entre 1932 et 1936, alors que Roman Hackle (en 1940) et Mont Tremblant (en 1952) se sont imposés à une occasion. Elle a aussi gagné quatre Champion Hurdle, avec Insurance en 1932 et 1933, Solford en 1940 et Distel en 1946. Golden Miller lui a également offert son Grand National en 1934. Dorothy Paget était considérée comme une propriétaire difficile, téléphonant souvent à ses entraîneurs au beau milieu de la nuit.

L’aventure Ballymacoll. Dorothy Paget a acheté Ballymacoll Stud en 1954. Arkle (Archive), le plus grand steeple-chaser de l’histoire, y est d’ailleurs né. À un moment de sa vie, Dorothy Paget a été décrite par le journaliste Quintin Gilbey, comme « tellement présente dans l'opinion publique qu'elle est devenue, outre la royauté, la femme la plus connue du pays ». Dorothy Paget s'était lancée dans l'élevage en achetant, sans l’avoir jamais visité, Ballymacoll Stud en Irlande. À sa mort, en 1960, le haras a été racheté par la famille Weinstock. Le haras a produit 29 vainqueurs de Gr11 individuels entre 1960 et 2017. Il a été vendu aux enchères en juin 2017 pour 8,15 millions d'euros. Et le restant des chevaux a été vendu à Tattersalls cette année.

La passion du jeu. Dorothy Paget était aussi la plus grande joueuse de l’histoire des courses britanniques. Le jeu faisait partie de son style de vie excentrique. Elle passait la plus grande partie de la journée au lit et se levait la nuit, plaçant alors ses paris chez les bookmakers. Ces derniers mettaient à sa disposition du personnel, spécialement employé à cet effet, jusque tard dans la nuit. Elle pariait des millions de livres, soutenant toujours ses propres chevaux, mais selon Wray Vamplew : « Financièrement, son aventure hippique a été un désastre et lui a coûté plus de 3 millions de livres sterling (90 millions aujourd'hui). Cela s'ajoutait à ses énormes pertes de jeu. Elle pariait des sommes énormes tous les jours. Son plus gros pari enregistré était de 160.000 £ (4 millions de livres aujourd'hui) pour finalement gagner 20.000 £. » Rien qu'en 1948, elle a perdu plus de 100.000 £, soit l'équivalent de 3 millions de livres sterling d’aujourd’hui.

L’âme slave. Cette mécène, amoureuse de la culture russe, a notamment financé la création de "La Maison Russe", lieu de mémoire et de culture à Sainte-Geneviève-des-Bois. Dorothy Paget s'est profondément intéressée au sort des réfugiés russes après avoir fréquenté une école à Paris fondée par Elena Orlov et une sœur de la princesse Vera Meshchersky. La nièce de Vera,"Olili", était la compagne de Dorothy Paget depuis longtemps. Ensemble elles géraient les programmes d'élevage et d'entraînement. C'est Dorothy Paget qui a acheté le terrain pour le cimetière à Sainte-Geneviève-des-Bois, où des Russes aussi célèbres qu'Ivan Bunin, Andrei Tarkovsky et Rudolf Nureyev ont été enterrés plus tard.