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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

La dernière interview de Madame l’entraîneur

Courses / 29.01.2018

La dernière interview de Madame l’entraîneur

Par Adrien Cugnasse

Dans quelques jours, Christiane Head-Maarek va seller ses derniers partants. À l’approche de ses 70 ans, elle a décidé de prendre sa retraite. Criquette va enfin avoir la possibilité d’accorder du temps à ses autres passions, comme la navigation en mer. Mais avant de hisser les voiles, cette icone des courses françaises s’est confiée à Jour de Galop.

Depuis ses débuts en 1978, celle que l’on surnomme Criquette a donné plus d’interviews que la majorité des journalistes hippiques actuellement en activité en ont réalisées. Des centaines de medias, venus du monde entier, ont franchi le portail de son écurie, au 26, avenue du Général Leclerc à Chantilly. Après quatre décennies d’activité et soixante victoires au niveau Gr1 en France, la baisse du nombre de ses pensionnaires, ainsi que des raisons personnelles, l’ont poussée à mettre fin à sa carrière d’entraîneur. À présent, c’est en tant qu’éleveur et propriétaire qu’elle se rendra aux courses.

Jour de Galop. – Quand un entraîneur cesse son activité, il doit aussi penser à l’avenir de ses employés. Cet élément a-t-il influé sur votre choix ?

Christiane Head-Maarek. – J’ai eu la chance d’avoir un personnel fantastique. C’est la base de la réussite de toute écurie de course. J’ai pu avoir une entière confiance en lui. Le fait d’arrêter est une décision que j’ai prise pour moi-même. Mais ce que je regrette, c’est de faire involontairement du mal à une partie de mon personnel. C’est aussi pour cela que j’ai eu du mal à prendre ma décision. Certains sont à mes côtés depuis trois décennies. La plupart ont déjà retrouvé un emploi. Un ou deux changent de métier. J’ai fait en sorte de n’abandonner personne. Une partie d’entre eux, en particulier les cadres, va perdre du pouvoir d’achat car leurs nouveaux employeurs ne peuvent pas les embaucher en conservant leur ancienneté. Il était vraiment très important pour moi de ne laisser personne sur le carreau.

Pensez-vous que le niveau des courses et de la compétition s’est amélioré en France ces dernières décennies ?

Oui, je pense que c’est le cas. Les grandes courses françaises ont toujours été de haut niveau, mais les concurrents étrangers étaient moins nombreux. Leur présence accrue a rehaussé le niveau de la compétition. Il faut néanmoins garder à l’esprit qu’il y a des générations fortes et d’autres qui le sont moins. En 2017, les poulains étrangers ont gagné beaucoup de courses en France, mais ce n’est pas un phénomène nouveau. Parfois, ce sont nos chevaux qui sont supérieurs et d’ailleurs, les français sont tout à fait capables d’être compétitifs outre-Manche. J’ai gagné onze Grs1 en Angleterre. Dans le même temps, le niveau de la compétition entre Français a aussi augmenté. Il y a quelques décennies, seulement trois ou quatre entraîneurs avaient des effectifs de premier plan et ils dominaient vraiment la scène hippique hexagonale. Actuellement, beaucoup de professionnels français, à Paris comme en province, ont déjà gagné un Gr1 et sont capables de répéter à ce niveau.

Que pensez-vous de l’évolution de l’entraînement à Chantilly ?

Récemment, en plat comme sur les obstacles, plusieurs jeunes professionnels cantiliens ont tiré leur épingle du jeu. C’est important et leur réussite atteste d’une attractivité. Il faut les encourager et ne pas croire que les courses font fichues. J’ai 70 ans et je me souviens que mon grand-père, lorsqu’il était entraîneur, disait déjà « le métier est foutu » ! Il y aura toujours des chevaux et certaines innovations, comme le tracking, peuvent faire revenir des jeunes vers les courses. Néanmoins, on ne peut pas nier que l’augmentation du coût de l’entraînement et du taux de T.V.A. ont eu des répercussions. La main d’œuvre est très chère dans notre pays, mais c’est ce qui permet d’avoir un système social aussi fort. Les propriétaires avec des effectifs importants se raréfient. Concernant la baisse des effectifs à l’entraînement à Chantilly, cela concerne en priorité les sauteurs, même si certains chevaux de plat sont partis en province. Lamorlaye a souffert.

 

Le niveau des 2ans français évolue-t-il dans le bon sens ?

C’est une catégorie qui progresse et qui dispose à présent d’un programme plus incitatif, contrairement à ce que beaucoup de gens pourraient penser. Les 2ans ont plus d’opportunités de courir. Il n’en reste pas moins que les anglais ont souvent deux ou trois courses en plus que leurs homologues français au mois de juin. De même, leurs propriétaires n’ont pas peur de tenter de courir à haut niveau, quitte à être battus, car il y a toujours un dernier dans une course. En France, les entraîneurs sont peut-être un peu plus frileux et les Français n’élèvent pas pour la vitesse et la grande précocité.

National Defense, lauréat du Qatar Prix Jean-Luc Lagardère 2016, restera comme votre dernier vainqueur de Gr1 à 2ans. Pensez-vous qu’il a montré toute l’étendue de son potentiel ?

Dans la Poule d’Essai des Poulains, la dernière sortie de sa carrière, il s’est fait une entorse au genou. Sa propriétaire m’a retiré ses chevaux. S’il était resté à l’entraînement, je pense qu’il aurait pu devenir un fantastique 4ans. Je l’avais bien récupéré après sa blessure, en disant à sa propriétaire qu’il ne fallait pas le recourir à 3ans. Je n’imaginais pas qu’elle enverrait ses chevaux ailleurs. Elle a eu du mal à accepter la période calme qui a suivi les succès de ses débuts en France [avec notamment les deux Groupes remportés par Sans Équivoque sous la férule de Didier Guillemin, ndlr]. On ne peut pas constamment courir et gagner au niveau Groupe. National Defense est un très bon cheval, avec de la vitesse et de la tenue. Il officie à présent à l’Irish National Stud. C’était un sujet qui n’était pas difficile mais qui avait beaucoup d’influx. Dans le Prix Djebel (Gr3), sa course de rentrée à 3ans, il a été battu par ma faute. Le jockey a respecté mes ordres et ne l’a pas laissé aller devant. Il a certes été battu par un très bon cheval [Al Wukair, le futur lauréat du Prix Jacques Le Marois], mais je pense que si on l’avait laissé galoper, les autres ne l’auraient pas rattrapé, comme dans le Lagardère. Chaque fois que j’ai demandé au jockey de le reprendre, le cheval s’est braqué contre son pilote et a été dominé. Dans la Poule d’Essai, Pierre-Charles Boudot n’étant pas disponible, c’est Christophe Soumillon qui l’a monté. J’avais demandé à ce que le poulain aille devant. Mais son jockey en avait décidé autrement. National Defense s’est bagarré contre lui toute la course et s’est fait une entorse.

 

Vos deux gagnantes d’Arc sont passées sur un ring. Vous avez acheté Three Troikas pour 41.000 Gns en 1978 et racheté Trêve pour 22.000 €. Qu’est-ce qui vous avait plu chez elles ?

Dans un premier temps, leur physique. Même si je regarde les origines, j’accorde plus d’importance à la morphologie. Je cherche un futur cheval de course et Three Troikas ressemblait à cela. Elle avait tout et s’est révélée très bonne. En plus, elle était facile à entraîner, même si elle avait du caractère. Tous les bons chevaux en ont. Trêve en avait aussi. Ensuite c’est l’homme qui peut éventuellement les rendre difficiles… comme les enfants. Nous aurions pu laisser partir Trêve lorsqu’elle est passée sur le ring. Mais il y avait en elle des choses qui me plaisaient beaucoup. Je la trouvais très course, avec de véritables points de force, même si elle était légère. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu que nous la rachetions.

Avec Trêve et Egyptband, vous avez gagné le Prix de Diane avec des pouliches peu expérimentées et qui n’avaient jamais couru au niveau black type précédemment. Pourquoi avoir pris ce risque ?

Cela ne s’est pas fait sur un coup de tête. J’avais tenté cela car j’avais à la maison d’autres chevaux avec de la qualité pour travailler avec elles. Cela me permettait de les situer. Leur carrière présente des analogies. Egyptband a gagné sa seule sortie à 2ans, sur 1.950m, à Argentan, au mois de novembre. Elle a ensuite remporté le Prix Cerisoles (B, 2.100m) pour sa rentrée à 3ans, au mois de mars. Dans cette génération, j’avais cinq bonnes pouliches de l’écurie Wertheimer. Pour moi, Egyptband était la meilleure mais elle avait toussé après son retour victorieux. Elle a confirmé lors de ses travaux qu’elle était meilleure que ses compagnes de casaque. Ses propriétaires m’ont fait confiance. Dès lors, sa victoire dans le Diane n’était pas une surprise pour mon équipe et moi, mais elle l’était certainement pour le public. Trêve a gagné lors de ses premiers pas au mois de septembre de ses 2ans, à Longchamp. J’ai alors fait le choix de la préserver car je l’aimais beaucoup. Elle s’est aussi imposée pour son retour à 3ans avant de tomber malade. Il m’a donc été impossible de la recourir avant le Diane où, comme Egyptband, elle a gagné. Mon père voulait que je coure Trêve dans une Listed avant l’épreuve classique, mais je n’ai pas suivi son conseil. Compte tenu du fait qu’elle nous appartenait, c’était un risque qui était plus facile à prendre. Je n’ai jamais eu entre les mains un cheval avec une telle qualité. Pourtant, j’ai eu la chance d’avoir de bons chevaux. Mais je n’ai jamais vu un pur-sang capable d’accélérer comme elle en l’espace de 20m. Elle tenait toutes les distances et était vraiment très généreuse.

 

A posteriori, quel cheval particulièrement difficile avez-vous été fière d’avoir entraîné ?

Je pense à Hatoof qui a gagné des Groupes dans le monde entier [1.000 Guinées, Champion Stakes, Beverly D. Stakes & E.P. Taylor Stakes, Grs1, ndlr]. Elle était très bonne mais aussi très compliquée. Je l’ai vue partir dans les bois, dérober… À force de patience, avec un cavalier qui s’entendait particulièrement bien avec elle, les choses sont rentrées dans l’ordre. Malgré tout, elle n’a jamais été le cheval de tout le monde. Hatoof a été très importante dans ma carrière car ses victoires à l’étranger m’ont beaucoup aidée. Elle appartenait à Maktoum Al Maktoum, un propriétaire qui nous a malheureusement quittés il y a plusieurs années. C’était une personne formidable et je suis sûre qu’il serait encore propriétaire chez moi s’il était toujours en vie. Il m’aimait beaucoup et je l’aimais beaucoup. Ses représentants m’ont apporté de nombreux succès.

Avez-vous entraîné un ou des chevaux avec des capacités supérieures à la moyenne, mais qui n’ont jamais pu exprimer véritablement leur potentiel en compétition ?

Oui, cela arrive et pour des raisons très différentes. Malheureusement, ces chevaux-là, on a tendance à les oublier assez vite. Comme tout le monde, j’ai parfois eu de la malchance, comme lorsqu’un favori du Prix du Jockey Club s’est cassé la jambe quinze jours avant la course.

Vous avez beaucoup gagné pour Maktoum Al Maktoum, en particulier avec les pouliches. Comment expliquez-vous votre réussite avec les femelles qui ont enlevé 70 % des Grs1 de votre palmarès ?

J’ai eu la chance de travailler pour des éleveurs-propriétaires qui m’ont envoyé beaucoup de pouliches de qualité. En 1983, Ma Biche a gagné les 1.000 Guinées pour Maktoum Al Maktoum. Ce fut l’un de ses premiers succès de taille. L’année précédente, Ma Biche avait remporté les Cheveley Park Stakes sous les couleurs de mes parents et elle était favorite des Guinées. Pendant l’hiver de 2ans à 3ans, Maktoum Al Maktoum l’a achetée à l’amiable. Nous avions accepté de la vendre à la condition qu’elle reste à l’entraînement chez moi. Heureusement, à ses yeux, je n’étais pas une femme, j’étais son entraîneur. Les succès de Ma Biche, qui a remporté quatre Grs1 [1.000 Guinées, Prix de la Forêt, Prix Robert Papin & Cheveley Park Stakes], ont lancé notre collaboration sur de bonnes bases. L’année suivante, il a voulu m’envoyer une vingtaine de yearlings. Or je n’avais pas la place pour les accueillir et j’ai demandé à aller en choisir trois dans le lot qui m’était proposé. Tout le monde était étonné que je ne prenne pas l’ensemble de la liste. Parmi les trois que j’ai choisis en Angleterre, il y avait Fitnah (Prix Saint-Alary, Gr1) et les deux autres sont aussi devenus black types.

Ma Biche vous a offert vos premiers Cheveley Park Stakes. Avec quatre victoires dans cette épreuve, vous êtes codétentrice du record de succès dans cette course. Un tel record est rarissime, et c’est tout à fait logique, pour un entraîneur français…

Mes quatre pensionnaires qui se sont imposées dans cette épreuve sont Ma Biche (1982), Ravinella (1987), Pas de Réponse (1996) et Special Duty (2009). Il y a bien sûr une part de chance, car Special Duty a récupéré sa victoire sur tapis vert. Dans tous les cas, ce sont les chevaux qui nous disent s’ils sont capables d’aller vers ce type de courses. Ce sont des déplacements ciblés et bien sûr, on ne traverse la Manche que pour les très bonnes courses. Hatoof avait débuté sur 2.000m, à Longchamp, au mois de septembre de ses 2ans. Après cette victoire, j’avais dit à son propriétaire qu’elle avait l’étoffe pour aller courir les Guinées. Il était très surpris qu’elle revienne sur le mile après des débuts sur 2.000m. Mais elle avait énormément de vitesse. Marcel Boussac, puis mon père, traversaient souvent la Manche à une époque où ce n’était pas si courant. Lorsque j’ai commencé à entraîner, de tels voyages étaient déjà moins rares.

Vous avez gagné sept fois la Poule d’Essai des Pouliches et quatre fois les 1.000 Guinées. Peut-on entraîner de la même manière une pouliche ou un poulain avec des espoirs classiques ?

Oui, mais en gardant à l’esprit que les pouliches ont besoin de moins de travail que les mâles. J’ai relativement souvent couru les 1.000 Guinées mais beaucoup plus rarement les 2.000 Guinées. Je préférais orienter les mâles vers la Poule d’Essai des Poulains. Le niveau des courses anglaises est énorme, la compétition y est terrible. J’ai eu beaucoup de femelles mais il ne faut pas oublier les bons mâles que j’ai eu la chance d’entraîner, comme Bering (Prix du Jockey Club), Green Tune (Poule d’Essai et Prix d’Ispahan), Poliglote (Critérium de Saint-Cloud), Fuissé (Prix du Moulin de Longchamp) ou Anabaa. Le meilleur était certainement Bering qui est arrivé invaincu dans l’Arc de Dancing Brave où il s’est accidenté avant de terminer deuxième. Sans cet incident, je pense qu’il aurait pu gagner.

J’ai cantonné Anabaa sur le sprint et il a d’ailleurs remporté la July Cup et le Prix Maurice de Gheest (Grs1). Mais je suis persuadée qu’il était capable de gagner une grande épreuve sur le mile, comme le Prix Jacques Le Marois (Gr1). J’ai fait l’erreur de ne pas tenter cette course, une semaine après sa victoire dans le Maurice de Gheest. C’était de loin le meilleur poulain de sa génération dans mon effectif. Il a eu un accident à l’entraînement : en glissant, il s’était pincé la moelle épinière. Le cheval était condamné par deux vétérinaires. Suite à cela, le cheikh nous l’a donné et il a couru sous les couleurs de ma mère après son retour de convalescence. Anabaa n’a fait qu’une seule tentative dans un parcours avec tournant, sous la selle d’un apprenti. J’ai ensuite voulu qu’il ne coure qu’en ligne droite. Dès lors, son programme était forcément réduit et principalement axé sur le sprint. Pourtant, ce n’était pas un vrai sprinter. Près d’une décennie après sa mort, il est encore tête de liste des pères de mères en France.

 

Anabaa correspondait vraiment au croisement franco-américain qu’affectionnait votre père…

Oui c’est vrai, mais l’histoire va encore plus loin. Sa mère, Balbonella, une élève de Maurice Rohaut, était issue du croisement de deux étalons du Quesnay, Gay Mécène et Riverman. François Rohaut l’avait présentée à Évry à 2ans et c’est à cette occasion que je l’ai signalée à Maktoum Al Maktoum. Une fois la vente conclue, François Rohaut l’avait engagée dans le Prix Robert Papin (Gr1 à l’époque) et j’ai demandé à ce qu’elle reste sous son entraînement pour cette échéance. La pouliche a gagné et j’étais ravie de ne pas m’être trompée, en sachant qu’elle allait ensuite rejoindre mon effectif. Autre anecdote, mon père, qui aimait beaucoup monsieur Rohaut, lui avait fait cadeau de la saillie qui a finalement engendré Balbonella !

Dans quelle direction votre famille et vous allez désormais orienter le haras du Quesnay ?

Nous avons déjà procédé à un gros écrémage pour ne garder que dix-huit juments au sein de l’effectif familial. Certaines sont des acquisitions récentes, car il faut toujours intégrer du sang neuf. Mais il est certain que nous ne ferons plus d’élevage au niveau où mon père le pratiquait. Les juments qu’il pouvait acheter à l’époque seraient aujourd’hui intouchables. Nous avons plusieurs jeunes étalons au Quesnay. Attendu (Acclamation), qui a un pedigree qui sort des sentiers battus, a été très bien accueilli par les éleveurs pendant la Route des étalons.

En parallèle, les chevaux d’élevage de nos clients sont bien sûr toujours présents au Quesnay. L’élevage français a beaucoup changé ces dernières décennies. Une poignée de personnes font la mode. Mais je crois que les croisements pour courir ne sont pas forcément ceux que l’on ferait pour vendre. Les acheteurs sont de moins en moins patients, ce qui est problématique pour faire émerger des étalons avec une certaine tenue.

 

Récemment, je relisais une interview de votre père, Alec Head, après le retrait de l’Aga Khan de son effectif dans les années 1960. J’ai été impressionné par son flegme et sa capacité à répondre de manière positive à la presse malgré la douche froide qu’il venait de subir. Est-ce aussi cela le secret de la longévité de la famille Head ?

Les représentants de Son Altesse l’Aga Khan ont beaucoup compté pour mon père. Il a remporté son premier Prix de l’Arc de Triomphe en 1952, avec Nuccio (Traghetto) qui courait sous les couleurs de l’Aga Khan III. Ce dernier l’avait d’ailleurs acheté à l’amiable sur les conseils de papa. Sur le plan personnel, il était très lié au prince Ali Khan. Le départ des chevaux de l’Aga Khan a été une période très dure. Mais il a toujours su se montrer ouvert et accueillant avec les médias. Cela fait partie de l’éducation qu’il a transmise à mon frère et moi. Entraîneur, c’est un métier public. Deux populations financent les courses, les propriétaires et les parieurs. On se doit d’être ouvert et de les recevoir. Plus on ferme ses portes, plus on laisse prospérer toutes les affabulations. Or il n’y a rien d’inavouable chez les entraîneurs de chevaux de course. Nous ne vivons pas en vase clos, il faut faire partie du monde qui nous entoure. Si on ne veut pas que les gens racontent n’importe quoi, c’est à nous de leur donner les informations.

Vos petits-enfants s’intéressent-ils aux courses ?

Ma fille montait très bien à cheval lorsqu’elle était jeune et elle a activement aidé son époux, Carlos Laffon-Parias, dans son travail d’entraîneur. Leurs enfants s’intéressent aux courses et ils aiment beaucoup venir sur les hippodromes. Mon petit-fils termine ses études en Angleterre. Je ne pense pas qu’ils veuillent faire carrière dans la filière hippique. Mais on ne sait jamais… La pérennité de la famille Head dans les courses va donc vraisemblablement passer par Christopher, le fils de mon frère Freddy, car il vient d’obtenir sa licence d’entraîneur public.

Christopher a travaillé chez Guillaume Macaire et vous-même avez entraîné des gagnants sur les obstacles. Que vous a apporté cette discipline ?

Beaucoup de bons entraîneurs ont fait leurs armes en obstacle. C’est le cas d’André Fabre, de Jean-Claude Rouget, de Vincent O’Brien, d’Aidan O’Brien ou de mon père. J’ai arrêté l’obstacle quand mon effectif de plat est devenu trop important pour pouvoir maintenir une double organisation. Les jockeys d’obstacle sont de formidables metteurs au point. L’obstacle forme des hommes de chevaux et c’est peut-être pour cela que cette discipline a été une bonne première étape pour certains entraîneurs de plat.

Allez-vous poursuivre vos mandats à l’Association française des entraîneurs et à son équivalent européen ?

Pour le moment, oui, mais je vais forcément arrêter. J’ai déjà quitté la présidence de l’Association européenne. Je voudrais céder ma place au sein de l’Association des entraîneurs de galop d’ici l’année prochaine. À présent, c’est aux jeunes de s’impliquer. Il s'agit d'un mandat important car il faut faire l’interface entre la profession et l’Institution. Nous avons obtenu des avancées intéressantes, comme le statut agricole. Il faut que cette association pérennise son action, pour que les intérêts des entraîneurs soient représentés devant l’État et les institutions. Si on est absent des instances, notre voix ne porte pas et c’est par l’action politique qu’elle doit s’exprimer. Je suis outrée par les gens qui ont utilisé le blocage des courses pour se faire entendre. C’est lamentable, car ils ont privé leurs confrères de leur gagne-pain, tout en renvoyant une image terrible aux parieurs, aux propriétaires et aux concurrents étrangers.