EN RÉGION - Les ambitions de la Martinique dans des Caraïbes en pleine ébullition

Courses / 19.01.2018

EN RÉGION - Les ambitions de la Martinique dans des Caraïbes en pleine ébullition

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Les ambitions de la Martinique dans des Caraïbes en pleine ébullition

Le 7 janvier, l’hippodrome de Carrère accueillait le Grand Prix de la Collectivité Territoriale de la Martinique. Quelques jours après cet événement, les acteurs de cette réunion nous ont parlé des progrès effectués et de ceux à venir… alors que l’activité hippique de l’île voisine, Sainte-Lucie, pourrait s’envoler grâce à des capitaux internationaux.

La Martinique et la Guadeloupe ont de nombreux défis à relever. Les courses sont déjà bien ancrées du côté de la Barbade, de Trinidad et Tobago ou encore de Porto Rico. Mais l’ombre de Sainte-Lucie, qui compte se développer rapidement grâce à des capitaux chinois (dont le China Horse Club), plane désormais au-dessus de la mer des Caraïbes... Yannick Mergirie, gentleman-rider et vice-président de l’hippodrome de Carrère analyse : « Le développement de Sainte-Lucie a un aspect positif, car cela nous permet d’élargir notre horizon. Ce n’est pas loin et les entraîneurs locaux pourraient aller y chercher des allocations. Mais il ne nous faut pas tomber dans son ombre. Le projet de courses là-bas a pris un an de retard, mais devrait être prêt pour la fin de l’année. Sainte-Lucie, c’est un peu la construction d’un nouveau Macao, avec hippodrome, casino, hôtels de luxe… Nous avons pu lire, dans des déclarations de Teo Ah Khing, que Sainte-Lucie allait s’appuyer sur des entraîneurs américains, comme Bob Baffert. Il ne faut pas que de potentiels investisseurs locaux aillent finalement investir à Sainte-Lucie. »

Se structurer pour être plus attractif. Hugues Jean-Louis est le président de l’hippodrome de Carrère : « Nous avons des allocations qui sont assez basses et il nous faudrait pouvoir les augmenter afin d’attirer plus d’investisseurs dans la région. Plus d’investisseurs, c’est plus de partants potentiels. Nous savons que la situation est compliquée, avec le plan d’économie de France Galop. Nous n’avons en aucun cas l’idée de réclamer une hausse de nos allocations sans apporter de notre côté au système. L’important est de nous structurer et d’être présents et actifs dans la filière. » La Société des Courses de Carrère œuvre pour être au niveau du statut "courses premium". Hugues Jean-Louis ajoute : « Nous avons fait beaucoup d’efforts. Pour nous, il est essentiel que les courses partent à l’heure, qu’elles soient régulières et avec des partants. Et qu’elles soient bien jugées. Nous sommes très contents d’accueillir Jean-Baptiste Andreani, qui représente France Galop. Depuis qu’il fait le déplacement, il y a eu des évolutions considérables. Il voit les problématiques auxquelles nous faisons face et il nous aide en les faisant remonter à France Galop. Nous avons déjà beaucoup évolué et cela n’est pas fini : nous avons par exemple l’intention de rénover notre centre d’entraînement, qui est assez ancien. La partie course est assez opérationnelle, mais nous pouvons encore améliorer les choses du côté du centre d’entraînement. »

L’action avec France Galop. Yannick Mergirie et Jean-Baptiste Andreani travaillent à faire de cet hippodrome un lieu incontournable de l’île : « En tant que vice-président, je tiens vraiment à souligner l’engagement de France Galop envers les courses en Martinique et en Guadeloupe, qui ne peuvent pas être dissociées. Cet engagement se constate notamment à travers la présence de Jean-Baptiste Andreani, sous sa casquette de responsable des régions. Il était déjà venu en 2017. Des engagements ont été pris et ils ont été tenus, comme la catégorisation de l’hippodrome pour améliorer l’outil. Il nous faut désormais améliorer d’autres choses, comme le centre d’entraînement ou l’accueil des propriétaires. En revenant en 2018, Jean-Baptiste Andreani a pu faire le point sur l’utilisation des subventions. Cette année, nous allons passer à la vitesse supérieure grâce à une prise de conscience au niveau local. Nous avons montré aux politiques la nécessité de développer cet outil qu’est la Société des Courses de Carrère, sur le plan économique et touristique. »

Mobiliser les élus locaux. Jean-Baptiste Andreani et Yannick Mergirie sont ainsi allés à la rencontre des collectivités locales. Ce dernier explique : « Nous avons bien défendu, avec Jean-Baptiste Andreani, la cause des courses auprès des collectivités : nous leur avons expliqué qu’il fallait travailler main dans la main. La Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) a pris des engagements sur la formation des jeunes. Cela fait deux ans que la CTM réalise des actions. Il y a eu une véritable prise de conscience que l’hippodrome joue un rôle dans le développement économique de la Martinique, grâce aux réunions organisées à France Galop dans un premier temps, puis ici en Martinique. Cela génère de l’emploi. Le Comité martiniquais du tourisme a, de son côté, conscience que l’hippodrome est aussi un véritable outil de développement local. Nous avons eu beaucoup de réunions tous ensemble et la collectivité a proposé son aide à la société des courses pour développer la structure. Il y a aussi, derrière tout cela, l’engagement de France Galop à pérenniser le site et à professionnaliser l’activité. Il nous faut donner l’envie aux entraîneurs de s’installer en Martinique. Nous avons beaucoup de permis d’entraîner. L’an dernier, Karl Martin, titulaire d’une licence d’entraîneur public, est venu s’installer. L’idée serait de faire venir deux ou trois entraîneurs publics de plus pour favoriser la création d’emplois et augmenter les allocations. Nous avons conscience que ce n’est pas évident dans le contexte actuel à France Galop. Nous devons aussi assurer les fondamentaux : une piste en bon état pour que les chevaux puissent travailler, par exemple. L’attractivité passe par les allocations et l’infrastructure. Grâce à tout le travail effectué auprès des collectivités, nous allons pouvoir lancer les premières études pour le financement de la rénovation du site. »

Les yeux tournés vers l’avenir. Les actions devraient se poursuivre en Martinique pour le développement des courses locales. Yannick Mergirie conclut : « Avec Jean-Baptiste Andreani, nous avons beaucoup d’espoir, de nouveaux engagements, notamment sur l’analyse des coûts pour refaire le centre d’entraînement, des idées pour que le site soit attractif : cela passe pas la restauration, des salles de repos, l’accueil des propriétaires… Le plan est en marche et Jean-Baptiste Andreani nous aide beaucoup. J’espère que l’on fera de grandes choses. Nous avons une équipe de bénévoles très motivés, qui ont envie de progresser. Notre président, Hugues Jean-Louis, a déjà fait du bon travail localement. On peut encore faire mieux. »

Un Grand Prix qui pourrait changer de date. Hugues Jean-Louis, le Président de l’hippodrome de Carrère, nous a expliqué au sujet de la réunion du 7 janvier : « Le Grand Prix, c’est notre Arc de Triomphe ! Nous avions des courses bien dotées ce jour-là et le public a répondu présent. Il y avait entre 5.000 et 6.000 personnes sur l’hippodrome et les enjeux étaient corrects. Le fait que la réunion et la course soient premium nous donne une visibilité au niveau national qui est très importante. C’est évidemment positif pour les enjeux et nous sommes très contents de participer au financement de l’institution. Les courses sont très populaires aux Antilles. Les gens aiment les courses et le jeu. »

Concernant la course en elle-même, remportée par Timizmiz (Zebedee), Hugues Jean-Louis a expliqué : « Le Grand Prix était assez particulier cette année, car nous avions eu de fortes pluies la veille. Le terrain était donc pénible. Ce n’est pas la première fois que nous avons des pluies importantes au début du mois de janvier… Nous envisageons donc de décaler cette journée. »

Un rendez-vous à part pour les gentlemen-riders. La journée du Grand Prix de la Collectivité Territoriale de la Martinique est aussi celle du Prix des Gentlemen-Riders et des Cavalières. La course a eu une saveur particulière, puisqu’elle a été remportée par Jérôme Foucher qui montait là sa dernière course comme amateur.

Pour les cavaliers, ce rendez-vous en Martinique est un moment à part. Ils n’y vont pas que pour la course, mais pour plusieurs jours, se retrouvant et partageant des moments tous ensemble. Alexis Teisseire, secrétaire général du club des gentlemen-riders et des cavalières, a expliqué : « Tout d’abord, je tiens à remercier Yannick Mergirie qui n’a pas monté pour que tous ceux venus de métropole puissent se mettre en selle (…) Les gentlemen-riders et les cavalières qui se rendent en Martinique payent leur billet d’avion et participent au coût du séjour. C’est une sorte de rituel, depuis une dizaine d’années. On pourrait comparer ce séjour à une sorte de séminaire d’entreprise, l’idée étant aussi de renforcer la cohésion entre les personnes présentes, même si elle est déjà faite aux trois quarts. On essaye de former les groupes qui viennent en Martinique aussi en fonction des affinités entre les uns et les autres. La course a eu lieu en début de séjour. Nous avons été très bien accueillis et l’ambiance est vraiment sympa. Elle est similaire à celle d’un hippodrome de province durant l’été. Après, nous nous sommes retrouvés tous ensemble pour différentes activités : visite de rhumerie, tour dans un bateau très rapide… Pour le club, c’est une belle parenthèse au soleil. »