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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

AUX ORIGINES DE... -  Oui, les origines d’obstacle trustent les accessits au plus niveau

Élevage / 12.02.2018

AUX ORIGINES DE... - Oui, les origines d’obstacle trustent les accessits au plus niveau

Cette année, de nombreux étalons à vocation obstacle débutent au haras. Traditionnellement, on trouve des profils très différents parmi les étalons les plus cotés sur les obstacles. Un exemple ? Quoi de commun, sur le plan des performances, entre Nikos (deuxième du Prix de la Forêt, 1.400m) et Saint des Saints (gagnant de sept courses à Auteuil) ? Rien ! Et pourtant ils sont tous les deux d’excellents pères de sauteurs…

Nous avons donc brassé quelques chiffres à l’attention de ceux qui aimeraient faire naître un gagnant de Gr1 à Auteuil !

Le 5 février, quelques jours après la victoire de son élève Terrefort (Martaline) dans le Betfred TV Scilly Isles Novices' Chase (Gr1), Francis Montauban nous a accordé une interview. Il expliquait très justement : « Nul ne peut prédire si un étalon va devenir un bon père de sauteurs. Mais en tout cas, Martaline avait beaucoup de choses pour lui : son modèle, sa tenue et son origine maternelle. Néanmoins, on ne pouvait pas savoir s’il avait la capacité à sauter et à transmettre ses qualités. De toute manière, en obstacle, on est certain qu’un étalon est très bon lorsqu’il marche sur sa barbe ! » Comme l’explique cet éleveur et propriétaire, force est de constater que l’on rencontre des pedigrees très variés sur les obstacles des deux côtés de la Manche. Mais est-il possible de trouver des points communs aux étalons les plus confirmés à haut niveau ?

La méthode. Pour tenter de répondre à cette question, notre étude s’est basée sur un  échantillon de plus de deux cents chevaux répondant aux caractéristiques suivantes :

  • ayant fini dans les trois premiers d’un Gr1 à Auteuil en 2016-2015-2014 et en 1996-1995-1994 ;
  • ayant fini dans les trois premiers des Gr1 ou d’un Gr2 anglais ou irlandais en 2018.

La notion d’étalon confirmé fonctionne en obstacle

Dans notre échantillon, dix-huit étalons étaient présents trois fois ou plus, en tant que père ou en tant que père de mère (avec au moins deux produits différents) : Buck's Boum (Cadoudal), Cadoudal (Green Dancer), Califet (Freedom Cry), Dream Well (Sadler’s Wells), Flemensfirth (Alleged), Italic (Carnaval), Kapgarde (Garde Royale), Kayf Tara (Sadler’s Wells), Le Pontet (Succes), Martaline (Linamix), Nickname (Lost World), Pampabird (Pampapaul), Poliglote (Sadler’s Wells), Quart de Vin (Devon), Saint des Saints (Cadoudal), Supreme Leader (Bustino), Trempolino (Sharpen Up) et Turgeon (Caro).

De 2014 à 2016, dans notre échantillon, 79 % des placés de Gr1 sont issus d’étalons ayant donné plusieurs gagnants de Groupe sur les obstacles en France. Six pour cent proviennent des premières générations de jeunes étalons d’obstacle. Enfin les 15 % restants correspondent à des étalons ayant très peu sailli ou à des reproducteurs bien connus en plat et dont la production ne s’est pas distinguée à plusieurs reprises chez les sauteurs au niveau Groupe.

Ces étalons sont marqués par la tenue et par l’aptitude au souple

En ce qui concerne la tenue, 78 % de ces étalons ont été performants sur 2.400m ou plus. C’est-à-dire qu’ils ont réalisé une de leurs trois meilleures valeurs sur cette distance, sur plus long ou sur les obstacles. Au sujet de l’aptitude au souple, 89 % ont décroché un de leurs trois meilleures valeurs en terrain assoupli (ou plus).

Dans un cas comme dans l’autre, ce n’est pas une surprise.

Et les mères ? Les meilleures sont black types ou filles de black types…

Sur l’hippodrome de la butte Mortemart, 70 % des chevaux ayant terminé dans les trois premiers d’un Gr1 ont un black type en obstacle dans les deux premières générations de leur origine maternelle. Ce chiffre est quasiment identique sur les périodes allant de 2014 à 2016 (70 %) et de 1994 à 1996 (71 %). Le choix d’Auteuil n’est pas anodin. Cet hippodrome est un véritable test d’aptitude et on ne vole pas une place à ce niveau.

Le steeple-chase plus sélectif

Le parcours de steeple-chase d’Auteuil, avec ses "fromages", est un véritable test d’aptitude au saut. Sans surprise, ce qui constitue l’essence même de l’obstacle français valorise encore plus les origines de sauteurs. Et cette tendance s’accentue. De 2014 à 2016, 81 % des placés de Gr1 sur le steeple d’Auteuil ont un black type en obstacle dans les deux premières générations de leur pedigree. Ils étaient 77 % il y a deux décennies.

Reste-t-il des belles histoires ?

Les journalistes hippiques ont toujours beaucoup aimé les "belles histoires" de chevaux modestement nés qui ont réussi à s’imposer au plus haut niveau. Si elles sont rares en plat, elles apparaissent un tout petit peu plus chez les sauteurs… tout en restant minoritaires.

De 2014 à 2016, 30 % des placés de Gr1 à Auteuil n’avaient pas de black type en obstacle dans les deux premières générations de leur pedigree. Mais parmi ces "petits poucets", seuls 11 % étaient issus d’une mère qui n’avait pas gagné en obstacle et qui n’avait pas encore produit de gagnant dans cette discipline. Dans cette dernière sous-catégorie, si on ne conserve que ceux dont le père n’a pas produit plusieurs gagnants de Groupe en obstacle, on arrive à seulement 6 %. Ces "belles histoires" étaient bien plus nombreuses au milieu des années 1990 (19 %) à Auteuil.

Cela atteste du fait que la production et la recherche de chevaux d’obstacle de haut niveau, que leurs géniteurs soient issus du plat ou de l’obstacle, ne sont plus du tout le fait du hasard.