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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

D’où viennent les pur-sang blancs ?

Élevage / 04.02.2018

D’où viennent les pur-sang blancs ?

Il y a quelques jours, le ring de la New Zealand Bloodstock Karaka Yearling Sale a vu passer une pouliche blanche. Cette yearling n’est pas grise : sa peau et ses muqueuses sont roses. En outre, l'albinisme, caractérisé par des yeux rouges, n'existe pas chez le cheval. La robe blanche peut apparaître de deux manières. Elle peut intervenir dans le cas d’une mutation spontanée dans le génome de l’animal, ce qui est rarissime. Elle peut aussi être transmise et c’est le cas le plus courant : un sujet lègue sa mutation à sa descendance.

 

Le prix de la rareté. La pouliche qui est passée en vente ces derniers jours correspond au deuxième cas de figure. Sa mère, The Opera House (Zabeel), était elle-même blanche. Bien qu’issue de Charm Spirit (Invincible Spirit) et d’une mère par le chef de race local Zabeel (Sir Tristram), le lot 652 ne présentait pas une page de catalogue ultra attractive. Elle fut pourtant vendue pour 120.000 dollars néozélandais soit environ 70.000 €. The Opera House, la mère, n’a gagné qu’une course. La deuxième mère n’a pas couru et seulement quatre de ses douze produits ont gagné. Il faut remonter à la troisième mère pour retrouver du black type avec Might and Power (Zabeel), lauréat de la Caulfield Cup et de la Melbourne Cup (c’est aussi la famille de Beauty Parlour (Deep Impact) lauréate de la Poule d’Essai des Pouliches). Les yearlings blancs de The Opera House se sont très bien vendus car les acheteurs asiatiques attribuent des vertus supérieures à cette couleur. Casta Diva (High Chaparral), acquise 120.000 dollars néozélandais (environ 263 796 €) a gagné une course à 3ans sur 2.600m au Japon. En 2017, le China Horse Club a déboursé 510.000 dollars néozélandais (environ 300.000 €) pour Grand Bernini (Shamexpress). Il n’a pas encore été vu en piste.

La lignée française de Mont Blanc II. Quelques dizaines de mutations spontanées sont apparues chez le pur-sang anglais au siècle dernier à travers le monde. Ces chevaux blancs, malgré leur rareté, ont parfois obtenu des performances intéressantes. En juin 1963, Adolphe Besnard, un agriculteur de la Sarthe, a eu la surprise de voir un poulain blanc sortir de sa jument, alors que cette dernière n’avait aucun ancêtre de cette robe. Le nom était tout trouvé : Mont Blanc II (Murghab). La fille d’Adolphe Besnard a expliqué en 2015, dans les colonnes d’Ouest France : « Quand il a fallu déclarer la naissance au bureau des pur-sang, papa a écrit « blanc » dans la case « couleur de la robe ». Le document lui a été renvoyé avec la mention « blanc » barrée. Car, comme on lui a dit, un pur-sang tout blanc, ça n'existe pas. » Le cheval était pourtant bel et bien blanc. Rapidement, les badauds, puis la presse française et anglo-saxonnes, affluent. Aux ventes de Deauville, c’est un Anglais qui achète le yearling. Mont Blanc II s’est imposé dès sa première course, les Rushey Wood Stakes à Lingfield, de trois longueurs face à seize concurrents, dans un style autorisant tous les espoirs. Son entourage l’a présenté dans les 2.000 Guinées, où il fut non placé. Troisième ensuite d’une préparatoire classique (les Brighton Derby Trial Stakes), il s’est finalement imposé dans un bon handicap à Epsom avec le top weight. Mont Blanc II n’a donné qu’une quarantaine de produits au haras en France, dont neuf blancs. Plus près de nous, on le trouve à la troisième génération dans le pedigree de Russe Blanc (Machiavellian Tsar), lauréat du Betfred Classic Chase (Gr3) en janvier 2016 à Warwick.

Shirayukihime, une vedette au Japon. Issue d’un père noir et d’une mère baie, Shirayukihime (Sunday Silence) ne fut que placée en compétition. Six de ses produits ont gagné. Souvent blancs, ils ont défrayé la chronique au Japon. La plus célèbre n’est autre que la blanche Yukichan (Kurofune), lauréate de trois Listeds. Deux autres produits de Shirayukihime se sont distingués au niveau stakes, le pie Buchiko (King Kamehameha) et le blanc Shironii (King Kamehameha).