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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Élie Hennau : « Nous voudrions faire évoluer la Fegentri pour qu'elle devienne la Fédération internationale des jockeys amateurs »

Courses / 28.02.2018

Élie Hennau : « Nous voudrions faire évoluer la Fegentri pour qu'elle devienne la Fédération internationale des jockeys amateurs »

En mars 2017, le Belge Élie Hennau a été élu à l’unanimité à la tête de la Fegentri. Un vent nouveau souffle sur l’amateurisme à travers le monde et le président veut unir les forces vives de la filière pour que les "jockeys amateurs" entrent de plein pied dans le XXIe siècle.

 

Jour de Galop. – Le 23 février, Doha accueillait la première étape du Longines World Fegentri Championship. Quel est votre sentiment sur cette épreuve ?

Élie Hennau. – La course s’est déroulée dans d’excellentes conditions, devant un public nombreux. Elle est au cœur d’un meeting de prestige qui compte d’ailleurs deux épreuves dotées d’un million de dollars. Les infrastructures sont de qualité, la piste est bonne, le Qatar est un pays très dynamique… c’est idéal. Habituellement, les étapes de la Fegentri sont organisées avec des pur-sang anglais. Ici, les cavalières étaient en selle sur des pur-sang arabes. Il faut savoir s’adapter aux particularités locales. Et ce d’autant plus que le lot de chevaux était de qualité.

Est-ce important d’être intégré dans un meeting de ce niveau ?

Nous avons la chance d’avoir plusieurs étapes, tout au long de l’année, qui sont organisées dans le cadre de réunions de prestige. C’est l’une des choses que nous voulons cultiver.

À l’avenir, j’aimerais que nous lancions un grand chelem, mixte, mais réservé à la crème de la crème. Il se déroulerait sur sept, huit ou neuf épreuves, dans le cadre de journées hippiques de haut niveau. Je pense par exemple au week-end du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, qui serait idéal pour accueillir la finale. Par le passé, nous avions une course à Epsom et nous pourrions certainement la relancer. Nous pensons aussi à Dubaï, Baden-Baden… L’intégration du circuit dans ces grands événements apportera une visibilité supplémentaire, ce qui est aussi important pour Longines, notre sponsor. Et cela constituera un moyen de promotion de l’amateurisme dans son ensemble, en créant des vocations, avec des personnes attirées par la perspective de pouvoir monter dans de tels écrins. Le grand chelem serait par ailleurs ouvert aux cavaliers qui ont déjà été sacrés champions du monde. Ces derniers, qui abandonnent souvent la Fegentri après leur titre, comme le veut la coutume, pourraient prendre part au grand chelem à plusieurs reprises.

Vous avez également d’autres projets très ambitieux pour la Fegentri.

Oui. Nous voudrions à terme, faire évoluer la Fédération internationale des gentlemen riders et des cavalières (Fegentri), pour qu'elle devienne la Fédération internationale des jockeys amateurs. Je pèse mes mots et ils ont tous leur importance. Les termes «"gentleman rider" et "cavalière", auxquels nous sommes très attachés, pourraient être remplacés par celui de "jockey amateur". C’est une question de lisibilité. Et cette évolution ne doit pas nous faire perdre les valeurs de l’amateurisme. C’est un équilibre que nous allons devoir trouver. Il faut préserver ce qui constitue l’essence de l’amateurisme, c’est-à-dire une personne qui exerce une activité principale à côté de sa passion et qui fait preuve d’élégance lorsqu’elle se rend aux courses. Le temps des gentlemen rider qui montaient leurs propres chevaux, à bout de jambe, est derrière nous. L’amateurisme peut se prévaloir d’avoir vu passer des personnes du niveau de Ryan Moore, Christophe-Patrice Lemaire… le niveau a progressé. Et il faut que nous fassions la promotion de cette excellence. À côté de ce grand chelem, de cette excellence, nous devons continuer à offrir des opportunités pour la catégorie légèrement inférieure qui courra dans un autre circuit. Ce dernier aura pour support la compétition déjà en cours, c’est-à-dire le Championnat du monde de la Fegentri. Nous ne dégradons pas ce qui existe. Il s’agit simplement de rajouter une catégorie au-dessus : le grand chelem. Cela permettra par ailleurs d’avoir plusieurs représentants par pays. Ces projets seront présentés cette semaine lors de l’Assemblée générale de la Fegentri. Ils le seront ensuite aux autorités hippiques et aux sociétés de course.

Quel est le rôle de votre entité par rapports aux clubs nationaux ?

La Fegentri a pour ambition d’accompagner l’harmonisation des pratiques entre les différents clubs nationaux qui ont l’autorité sur les courses de leur pays. Nous devons aussi œuvrer pour que l’amateurisme parte à la conquête de nouveaux territoires, comme l’Asie. Les courses au galop sont un cas à part dans le paysage sportif : rares sont les activités sportives qui ne peuvent pas se prévaloir d’une large base d’amateurs. Monsieur Tout le Monde peut facilement pratiquer le football, le hockey ou l’équitation, qui fait d’ailleurs partie des sports les plus courants en France. Cet intérêt pour le cheval doit pouvoir être utile aux courses. Les mondes de l’hippique et de l’équestre peuvent être différents, mais ils ne doivent pas être cloisonnés. Et ce sont les courses de poney et l’amateurisme qui peuvent faire le lien entre ces deux univers. Le triptyque – amateurisme, courses de poney et Afasec – constitue un apport d’oxygène pour le galop. Ces nouveaux venus sont indispensables pour la filière hippique. Depuis des décennies, ils constituent une source de commissaires, de jockeys, de propriétaires, d’entraîneurs, d’élus, de cadres... J’aimerais que chaque pays prenne conscience de cet apport, et surtout des trois bases du triptyque : amateurisme, course de poneys et Afasec. La balle est dans le camp des clubs locaux. La Fédération internationale est là pour soutenir et apporter une impulsion. Il faut enfin avoir conscience que dans les pays où les courses se portent moins bien qu’en France, comme en Belgique ou en Allemagne, les réseaux forgés au fil du temps par l’amateurisme sont indispensables à la survie de l’activité hippique. Et le bon élève de la classe, c’est la France. Ce que l’Hexagone a fait ces dernières décennies doit servir d’exemple : un club de jockeys amateurs, où l’on maintien le standing et l’élégance, qui est utile à toute la filière. À présent, le défi est d’élever la sportivité tout en attirant de nouveaux venus. Ces derniers viennent regarnir les rangs alors que l’élite cède sa place en passant du côté des professionnels.

Qu’avez-vous prévu pour l’obstacle ?

Nous voulons travailler à la redynamisation du programme d’obstacle réservé aux amateurs. Dans cet objectif, nous allons autoriser les personnes ayant une licence étrangère à monter, même si le club de leur pays n’est pas adhérent à la Fegentri, comme c’est le cas pour l’Irlande et l’Angleterre. Ainsi les amateurs anglais et irlandais pourront prendre part aux épreuves françaises lors du week-end de l’obstacle en mai. Alors qu’ils ne le pouvaient pas jusqu’à présent, les clubs de ces deux pays ayant quitté la Fegentri. Outre monter la course, ils seront aussi autorisés à prendre des points et viser le titre de champion du monde. C’est une entorse aux pratiques qui prévalaient jusqu’alors mais c’est la conséquence du fait que nous n’avons pas réussi à trouver un moyen de communiquer avec les clubs anglais et irlandais [dont l’activité est différente de celle des point-to-point, qui ont leur propre fédération, ndlr]. Malgré tous nos efforts, invitations et déplacements, ils font la sourde oreille. C’est certainement lié au fait qu’il y a plusieurs problèmes de leur côté. Et notamment le fait qu’ils ont très peu de véritables amateurs outre-Manche. La plupart de leurs membres sont des professionnels en devenir. Ils sont d’ailleurs beaucoup plus intéressés par le fait de monter pour leur employeur que de prendre part aux épreuves réservées aux amateurs à l’étranger, aussi prestigieuses soient-elles. Ces personnes se comportent comme des professionnels et ils n’ont pas le comportement et l’état d’esprit de véritables amateurs.

Dans le même temps, nous allons passer de trois à quatre le quota d’étrangers par course. Enfin nous sommes en cours de finalisation d'une fusion des championnats d’obstacle avec nos amis de la Gentleman Ligue. Leur circuit et la Fegentri ne feront plus qu’un. À l’avenir, nous allons assister à la naissance de la Fegentri - Gentleman Ligue. Nous aurons ainsi la grande joie d’avoir un Anglais, un Irlandais, un Français, un Suédois, un Italien et une Américaine sur les épreuves d’obstacle. C’est une avancée majeure. Pour la première fois, des point-to-point, ceux de la Gentleman Ligue, vont intégrer la Fegentri. Et je tiens à féliciter Gonzague Cottreau et Maxime Denuault pour leur magnifique initiative. Ils ont eu l’idée, ils ont trouvé des sponsors, ils ont créé une dynamique… nous ne pouvions que nous entendre avec eux et unir nos efforts. Nous tenons vraiment à préserver leur nom et leurs bonnes idées.

La Fegentri réalise par ailleurs de grands progrès en termes de communication.

Nous essayons d’avoir plus de contenus à destination des médias. Nous sommes également en train de revoir notre stratégie sur les réseaux sociaux. Elle est mieux organisée et mieux ciblée. Naturellement, la naissance de la Fédération internationale des jockeys amateurs sera accompagnée d’une nouvelle identité visuelle. Il n’y a rien de désuet dans l’amateurisme. Aujourd’hui les gens veulent être partie prenante de leur passion : ils ne se contentent plus d’être spectateurs. On ne consulte plus simplement les médias… le public veut aussi être acteur de l’information, comme on peut le voir avec le phénomène des réseaux sociaux. Le Qatar nous offre un bel exemple, que tout le monde a pu observer lors de la réunion du week-end dernier. À côté des épreuves pour professionnels et de l’étape de la Fegentri, nous avons pu assister à des épreuves à poney et des duels entre amateurs sur la P.S.F. Ces courses non officielles génèrent une belle ferveur. Tous ces jeunes adorent venir entre amis et se mesurer à cheval. Sur ce point, comme introduction à l’amateurisme, nous pourrions certainement prendre exemple sur les qataris.