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Fairplay, un quadruplé de légende sur le cross de Pau

Courses / 03.02.2018

Fairplay, un quadruplé de légende sur le cross de Pau

Fairplay, un quadruplé de légende sur le cross de Pau

Fairplay (Grand Trésor) a marqué l’histoire de Pau en devenant le premier cheval à enlever à quatre reprises le Grand Cross (L), en 2002, 2004, 2005 et 2006. Il s’était aussi classé deux fois deuxième en 2001 et 2003 et une fois quatrième en 2000. L’ex-pensionnaire d’Éric Leray, élevé par la famille Robert et Bernard Fusellier, a été l’un des premiers sauteurs à bénéficier d’un fan-club. Avec son mentor, nous sommes revenus sur la belle histoire du grand Fairplay.

Une histoire d’amitié. Le fils de Grand Trésor était loin d’être précoce, mais il s’est déclenché au fil des courses. Éric Leray nous a expliqué : « Fairplay était tardif, mais les vraies souches d’AQPS, c’est comme cela. Il faut les faire vieillir et ne pas aller plus vite que la musique. J’avais récupéré Fairplay par l’intermédiaire de son éleveur, Pierre-Olivier Robert, que je connaissais bien. Il était d’ailleurs aussi son copropriétaire. Ce dernier était surtout dans les chevaux de sport au départ. Comme nous travaillions ensemble et qu’il débourrait mes poulains, il m’a demandé si je voulais essayer Fairplay. C’est comme cela que tout a démarré. »

Un cheval lymphatique. Fairplay n’était pas l’élève le plus studieux à l’entraînement. Mais l’après-midi, il a réussi à se transcender pour devenir le champion de cross que l’on connaît. Pourtant, au départ, ce n’était pas gagné… « Il était tellement lymphatique et nonchalant que je me suis dit qu’il ne ferait jamais un cheval de course. Il dormait debout, trébuchait souvent. Mais j’ai insisté parce que je connaissais l’éleveur. J’ai dû le débuter et ça n’allait pas. Un jour, j’ai embauché Anthony Blais qui n’était pas connu à cette époque-là. Et je l’ai envoyé monter Fairplay dans un steeple pour 5ans à Pontchâteau. Je lui avais dit de ne pas s’occuper de la course et de juste faire le tour parce que je voulais qu’il fasse un tour entier. Le terrain était très, très lourd. Il avait beaucoup plu et il y avait de l’eau sur la piste. Les chevaux de devant se sont arrêtés, lui a progressé et il est venu gagner. C’était le début de cette belle histoire. Cela a permis à Anthony Blais de progresser. Il a été partenaire de ce cheval pendant des années. C’était une belle histoire. Fairplay avait du fond, il sautait bien et il était nonchalant. Du coup, nous l’avions mis en cross. Comme je suis un habitué de Pau, lorsque j’ai vu qu’il faisait bien l’hippodrome, je l’ai arrêté et on l’a gardé pour cela. J’en ai fait un spécialiste de l’hippodrome du Pont-Long. Le fait de se concentrer sur Pau est certainement, aussi, ce qui lui a permis de durer. »

Le premier club de supporters pour Fairplay. La quatrième victoire de Fairplay dans le Grand Cross palois, à l’âge de 13ans, a été forte en émotion. C’est le plus beau souvenir d’Éric Leray avec ce cheval même si, évidemment, tous les succès de Fairplay ont été marquants. D’autant que ce dernier était vivement soutenu par des supporters venus de Mayenne… « La dernière victoire dans le Grand Cross a été très forte émotionnellement parlant. J’avais pris très dur. Equidia était venu filmer auparavant, Jean Arthuis était venu le monter chez nous en Mayenne avant qu’il ne parte en meeting, il faisait -5 °C et il avait fallu travailler les pistes en amont… Ce côté émotionnel était le summum, c’était comme jouer à la roulette russe. La veille, nous avions fait la fête avec les supporters, le matin de la course, ces derniers étaient là. La Société des Courses a été royale, ils les avaient laissés venir dans le rond. On se serait cru à un match de foot ! C’était dur, très dur. Puis le cheval a gagné. C’était le summum de l’émotion. C’était aussi un soulagement que le cheval puisse partir comme cela. Même Anthony Blais avait dit que c’était trop dur pour lui. C’était très difficile. Je n’ai jamais vécu quelque chose d’aussi fort. »

Un souffleur qui n’aimait pas les blondes. Après sa dernière victoire dans le Grand Cross de Pau, à l’âge de 13ans, Fairplay a pris une retraite paisible, mais quelque peu insolite. « Il a gagné son dernier Grand Cross à l’âge de 13ans. Sa retraite avait été prévue un an avant. Un car de Mayennais s’était déplacé. C’était formidable et la Société des Courses de Pau a encore une fois vraiment joué le jeu. Le cheval avait la forme et on me disait qu’il fallait qu’il continue à courir. Mais j’avais annoncé qu’il prendrait sa retraite et je tenais vraiment à ce qu’il termine sa carrière en beauté, sur une belle victoire. Il a dû vivre trois ou quatre ans et ils l’ont ensuite retrouvé mort dans le pré. Il a fini sa vie chez son éleveur avec des juments. Il faisait souffleur. C’était un peu un comble, mais il avait un tempérament de mâle. Et il n’aimait pas les blondes ! Les alezanes n’étaient pas à son goût ! »

Palois d’adoption. Avec sept participations dans le Grand Cross de Pau, pour quatre succès et trois places, Fairplay fait désormais partie de la longue histoire hippique locale. « À Pau, les gens l’avaient adopté. À cette époque, Jacques Ortet et Jean-Pierre Totain faisaient feu de tout bois. On gagnait soit un réclamer, soit un cross. À Pau, Fairplay passait les fromages comme peu de chevaux sont capables de le faire. À mi-contre-haut, il coulait déjà, il descendait. Le cheval faisait deux foulées et il atterrissait de l’autre côté, très loin. Il prenait des risques en sautant comme cela, mais tout se passait comme une lettre à la poste. Malheureusement, un jour, il s’est trompé. Il n’est pas tombé, il a réussi à se redresser. Après cela, il ne sautait plus de la même manière. Il allait un peu plus haut car il s’était fait peur. Il était plus prudent. Sur les fromages, en revanche, il n’a jamais eu de problèmes. Et il ne faut pas oublier qu’il a fait l’arrivée de sept Grand Cross. Il aurait dû le gagner cinq fois d’ailleurs. C’est un cheval qui adorait venir finir. Il adorait venir manger son rival à la fin. Mais lors de cette édition [2003, ndlr], Anthony l’a fait avancer avant la dernière haie et il s’est fait battre à la fin. Mais c’est comme ça. C’est déjà beau d’avoir gagné jusqu’à 13ans. »