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FDJ-PMU, même combat ?

Institution / Ventes / 12.02.2018

FDJ-PMU, même combat ?

Les deux rivaux sous tutelle de l’État partagent un objectif commun : aider le commerce de proximité. Il est vrai que la majorité de leur chiffre d’affaires est réalisé en points de vente. Or le réseau souffre beaucoup, en particulier de la hausse du prix du tabac. De là à écrire un avenir en commun…

La Française des Jeux (FDJ) a annoncé qu’elle allait mieux rémunérer ses points de vente. Concrètement, les détaillants de la FDJ toucheront jusqu’à 5,5 % des sommes jouées, alors que les revendeurs du PMU ne perçoivent au maximum que 2,5 %. Pas besoin d’être passé par une école de commerce pour savoir ce que vous feriez si vous étiez buraliste : vous pousseriez vos clients à consommer des produits FDJ, parce qu’ils vous rapportent plus.

Heureusement, le plus souvent, ce n’est pas exactement comme cela que ça se passe. Le client sait à quoi il veut jouer (grattage ou courses, Loto ou pari sportif…). Et le revendeur ne gaspille pas son énergie à le convaincre d’utiliser différemment son argent.

Là où le différentiel de concurrence est susceptible de jouer un rôle, c’est dans l’ouverture de points de vente. Les 5,5 % de commission de la FDJ sont plus alléchants que les 2,5 % du PMU.

Pourquoi l’État a-t-il autorisé la FDJ à augmenter la rémunération de ses revendeurs ?

Vu de notre fenêtre, cela semble surprenant de la part de l’État. D’abord parce qu’il existe déjà une importante distorsion entre le pourcentage FDJ et le pourcentage PMU. Ensuite parce que l’État, selon la loi de 2010, est censé veiller au développement harmonieux des jeux d’argent en France.

Mais ce n’est pas à cette aune que la décision a été prise. Ce qui est "en jeu", si l’on peut dire, c’est le soutien aux commerces de proximité, lesquels souffrent beaucoup, en particulier de la hausse du prix du tabac. En centre-ville et dans les meilleurs quartiers des grandes villes, leur position est de plus en plus difficile à tenir. Les loyers sont élevés et trustés par des magasins de vêtements et des restaurants ; le simple bar-tabac n’y a plus sa place. À la campagne, ces petits commerces sont les derniers à résister à une désertification qui n’épargne plus personne, pas même La Poste. Le commerce multiservice joue un rôle essentiel dans l’aménagement et l’animation des "territoires" : dernier point de rencontre et point de distribution à des kilomètres à la ronde.

L’État, la FDJ et le PMU sont solidaires sur ce point précis : ils veulent tous les trois que ces commerces survivent car, sans eux, ils seront bien embêtés pour vendre leurs produits…

Voilà pourquoi le PMU et les sociétés-mères n’ont pas sur-réagi aux annonces de la FDJ. Aujourd’hui, tout le monde est dans le même bateau et défend le réseau.

À la question : « Fallait-il s’opposer au projet de la FDJ ? », la réponse est donc non.

Pour autant, le PMU devrait-il songer à mieux rémunérer ses points de vente ?

La difficulté, pour le PMU, c’est qu’il doit d’abord et avant tout financer la filière hippique. Une fois versés les gains, il est donc soumis à une triple taxation : la commission du revendeur, la fiscalité d’État et le financement des courses. Alors que de son côté, la FDJ n’a que deux personnes à rémunérer : le revendeur et l’État.

S’il veut mieux récompenser ses points de vente, il doit convaincre l’État. D’abord et avant tout. Mais à quel titre ? L’État vient de faire un geste fort vers les commerçants, via la FDJ ; en faire un supplémentaire, via le PMU, ne représenterait aucun bénéficie politique additionnel.

Ce n’est d’ailleurs pas le sens des échanges de ces derniers mois entre les sociétés-mères et l’État : quand les courses rencontrent les pouvoirs publics, on parle beaucoup d’argent ; beaucoup moins de la rétribution des revendeurs. Notre priorité est plutôt d’obtenir de l’État qu’il finance mieux la filière en dégradant la fiscalité…

Et demain ?

On l’a vu, les intérêts de l’État, de la FDJ et du PMU sont parfois alignés. Pourquoi cela n’ouvrirait-il pas la voie, un jour, à une collaboration ? La collaboration n’est ni un rapprochement, ni une fusion. Mais quand on a les mêmes clients, les mêmes produits, le même réseau de revente et le même partenaire (l’État), n’a-t-on pas à intérêt à se concerter et, sur certains sujets, à faire cause commune ? Soyons honnêtes, cela n’est pas à l’ordre du jour. Mais l’avenir appartient à ceux qui raisonnent sans œillères.