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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

L’heure de la reconversion a sonné pour Brian Beaunez

Courses / 21.02.2018

L’heure de la reconversion a sonné pour Brian Beaunez

Par Alice Baudrelle

Brian Beaunez a connu une jolie réussite en tant que jockey, étant donné son jeune âge, puisqu’il a remporté trente victoires en obstacle et seize en plat. Contraint d’arrêter brutalement sa carrière en avril 2016, alors qu’il n’avait pas vingt-cinq ans, il s’est récemment lancé un nouveau challenge : devenir entraîneur public. Il nous raconte comment il envisage sa nouvelle activité.

Jour de Galop. – Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le pas et à passer la licence d’entraîneur ?

Brian Beaunez. – J’ai dû stopper prématurément ma carrière de jockey suite à de nombreux accidents. La chute de trop aurait pu avoir de graves conséquences… Je me suis donc résigné à arrêter. Mais il me manquait l’adrénaline que je ressentais en course. Je ne pouvais pas devenir "simplement" un cavalier d’entraînement et je ne me voyais pas exercer un métier sans rapport avec les chevaux. J’ai pris goût au métier d’entraîneur en épaulant ma compagne, Camille Prédignac, qui possède un permis d’entraîner depuis 2016. Elle travaille dans le marketing et se lève tous les matins à 5 heures pour monter à cheval ! Je l’ai aidée à trouver deux chevaux à prendre en location : Sèche (Speightstown) et Dixie d’Emra (Kandidate). Ils ont remporté sept courses à eux deux en un an ! C’est en vivant ces victoires comme si c’étaient les miennes que j’ai retrouvé cette adrénaline qui me manquait. Et j’ai toujours aimé avoir des responsabilités. Mes anciens patrons m’ont souvent fait confiance en m’envoyant tout seul avec leurs chevaux lors des meetings. J’ai donc décidé de m’installer en tant qu’entraîneur, à l’âge de 26 ans. Je n’ai pas eu peur de me lancer. Lorsque j’étais jockey, je n’ai jamais eu de pression ou d’appréhension en course. Depuis que je suis entraîneur, je stresse beaucoup dès que j’ai un partant, car je ne contrôle plus la situation ! J’ai deux partants jeudi à Chantilly et je sais déjà que je vais être tendu.

Où vous êtes-vous installé?

Je loue une écurie de 20 boxes à Maisons-Laffitte depuis le mois de décembre dernier, car j’y vis et j’y travaille depuis des années. J’ai acquis tous mes repères sur le centre d’entraînement mansonnien. Et puis mon frère, Jean-Luc Beaunez, entraîne lui aussi au même endroit, ce qui me permet de bénéficier de ses précieux conseils. Des entraîneurs tels que Carlos Lerner et Gianluca Bietolini ont la gentillesse de me laisser travailler mes chevaux avec les leurs si besoin est, car j’ai un petit effectif pour le moment et il n’est pas évident de travailler seul. J’ai eu mon premier partant le 15 octobre dernier et j’ai remporté ma première victoire le 24 décembre dernier à Mons.

Est-ce un choix délibéré d’avoir une petite structure ?

À long terme, je ne me vois pas à la tête d’une très grande écurie. Je pense qu’il est très important à l’heure actuelle de garder le côté relationnel avec les propriétaires et de faire du cas par cas, ce qui est très difficile à faire lorsqu’on entraîne 70 chevaux… Pour le moment, je n’ai pas de salarié. Peut-être cela changera-t-il, mais je pense que cela coûte trop cher d’embaucher quelqu’un. J’ai cinq chevaux à l’entraînement, ce qui me fait beaucoup de travail, mais je gère bien la situation. Je fais en sorte de garder le contrôle absolu de mes finances. Je me base sur les réelles rentrées et sorties d’argent, je ne compte pas sur de potentielles victoires futures pour enrichir mon effectif ou faire des dépenses superflues. Mais mes chevaux ne manquent de rien et je fais tout pour leur apporter un maximum de bien-être. Et je tiens beaucoup à communiquer régulièrement avec mes propriétaires. Je les appelle souvent pour leur donner des nouvelles de leurs chevaux, je leur propose de venir les voir à l’écurie dès qu’ils le souhaitent… Je pense qu’il est très important de rester proche d’eux pour garder leur confiance. Je projette à court terme d’acheter l’écurie dans laquelle je me suis installé car je n’aime pas dépendre des autres, et si cela se fait, j’aimerais ouvrir une page Facebook qui lui sera dédiée, car je suis conscient de l’importance des réseaux sociaux dans mon secteur.

Comment avez-vous fait pour recruter des propriétaires ?

Cela ne fut pas très difficile car je connais beaucoup de monde dans le milieu. J’ai toujours baigné dans les chevaux, j’ai été jockey… Mes propriétaires sont donc des gens que je connais bien. J’apprécie de m'associer avec eux sur les chevaux, ou encore de les prendre en location avec eux. Cela rassure les propriétaires, ils se disent qu’ils ne sont pas les seuls à payer. Et cela a également un côté sympathique et convivial.

Quel rôle votre compagne joue-t-elle à vos côtés ?

C’est mon binôme, tout simplement ! Nous nous concertons toujours pour les chevaux, chacun écoute l’avis de l’autre. Parfois nous avons des opinions différentes mais nous nous respectons mutuellement. Camille m’a toujours soutenu dans mes activités. D’ailleurs, elle m’a fait énormément réviser pour mon stage d’entraîneur. Elle m’aide aussi beaucoup au niveau administratif. Le fait de partager la même passion pour les chevaux rend notre tandem solide.

Quels sont les jockeys auxquels vous faites appel le plus régulièrement ?

J’ai la chance de connaître beaucoup de bons jockeys qui n’hésitent pas à se mettre en selle pour moi. Par exemple, je fais appel à Tony Piccone et Antoine Hamelin, qui sont des anciens collègues de travail, ou encore Pierre-Charles Boudot, qui était mon colocataire de chambre au Moulin à Vent. Lorsque j’ai besoin d’une décharge, je sollicite Alison Massin, car elle est très expérimentée et efficace à cheval.

Quels sont vos objectifs pour cette année ?

Je souhaite tout simplement que mes chevaux soient en bonne santé et que mes propriétaires soient contents de mon travail. J’espère engager mes pensionnaires à bon escient à chaque fois, comme le fait Julien Phelippon par exemple, que j’admire beaucoup.