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Jour de Galop

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LE MAGAZINE - Il y a un peu de berbère à Maulepaire

Courses - Élevage / 20.02.2018

LE MAGAZINE - Il y a un peu de berbère à Maulepaire

 

Par Adeline Gombaud

« Après le succès de Chaouia, Antoine de Watrigant m’a dit avoir ressenti le même plaisir extrême que celui que Gailo Chop avait pu lui donner… » Ces mots sont ceux de Pierric Rouxel, animateur du haras de Maulepaire. Chaouia (Dream Well), qui tient son nom d’une région du Maroc et qui est devenue l’idole du cross palois en un meeting, est la dernière perle d’une famille anglo-arabe présente dans la famille Tarragon depuis des décennies. Tout le monde ne le sait pas, mais il y a un peu de berbère à Maulepaire…

En souvenir d’une enfance marocaine. Il faut remonter aux années soixante pour comprendre comment l’une des plus belles familles anglo-arabes est arrivée au haras de Maulepaire, dont l’élevage est plus facilement associé au nom de Right Royal qu’à ceux des vedettes de cette race implantée dans le Sud-Ouest ! Pierric Rouxel raconte : « monsieur de Tarragon avait un ami, Henri de Villèle, qui venait de s’installer comme entraîneur dans l’Ouest, et qui avait un peu de mal à lancer son activité. Comme il l’aimait bien, il lui a proposé de lui mettre une jument à l’entraînement, s’il lui trouvait la perle rare. Henri de Villèle lui a acheté Cascarine chez son éleveur, René Parveau. Cascarine était une anglo à 50 %, fille de Le Moutard et de Kristine II, une jument arabe qui a marqué le stud book anglo-arabe. monsieur de Tarragon aimait beaucoup les anglos, qui lui rappelaient son enfance passée au Maroc, où son père a officié comme militaire. Cascarine s’est révélée une bonne jument de course et une poulinière encore plus prolifique ! »

Née en 1958, Cascarine fut croisée avec plusieurs étalons, le plus souvent des pur-sang, plus nombreux dans la Sarthe que les anglos. Mais c’est bien avec un anglo-arabe qu’elle a produit Kachabia, quatrième mère de notre vedette du cross. Là aussi, l’histoire mérite d’être contée : « monsieur de Tarragon avait acheté Ubu Roi, un anglo entier, pour en faire son cheval de selle. Il adorait tellement ce cheval qu’il lui a fait saillir quelques juments, dont Cascarine. Cette union a donné Kachabia, un nom que l’on retrouve dans beaucoup de pedigrees de très bons sauteurs… » Ubu Roi était un très bon cheval de concours hippique, issu d’une famille réputée dans ce sport, celle notamment de Vicomte Aubinier, qui a participé aux Jeux Olympiques en CSO, ou de Nogaro, un très bon reproducteur. De là à produire des chevaux de course de tout premier plan… Il fallait que son propriétaire l’aime vraiment beaucoup !

L’aïeule de Bipbap, Azertyuiop, Still Loving You… Kachabia, née en 1969, est devenue l’une des juments les plus influentes de la race anglo-arabe. Majoritairement croisée avec des pur-sang, elle a surtout donné des anglos à 25 %. Il y a eu notamment Charabia, fille de Bazin, gagnante en plat, en cross et grande reproductrice. C’est la deuxième mère des champions Bipbap (Dom Pasquini) et Azertyuiop (Baby Turk), mais aussi de Still Loving You (Poliglote), Toi et le Soleil (Poliglote), ou encore de Djurjura (Akarad), la mère de Chaouia, et de sa sœur Beni Abbes (Saint des Saints). Djurdura tire son nom d’un massif montagneux du nord de l’Algérie, alors que Beni Abbes est une ville touristique située en Algérie, surnommée la Perle de Saoura. Charabia est aussi la mère de Chef de Clan (Cyborg), anglo de complément devenu un bon étalon de croisement.

Pierric Rouxel explique : « Nous avons toujours plusieurs femelles de la famille de Charabia. D’autres se sont épanouies dans des élevages tiers… Quand Pierre de Maleissye Melun a débuté son élevage, monsieur de Tarragon, qui était son oncle, lui a offert Temara, une fille de Charabia par Rex Magna. Elle a produit notamment Bipbap et Azertuiop. Charabia a aussi donné Moulouya, que nous avions louée à Éric Libaud. Elle a eu une belle carrière avant d’être vendue en Grande-Bretagne. Là, cela ne s’est pas très bien passé et David Powell l’a rachetée  avec Jean-Hugues de Chevigny et Roger-Yves Simon. Elle leur a donné Still Loving You et Toi et le Soleil, mais aussi Message Personnel, que des bons chevaux ! À Maulepaire, nous avons gardé Bekkaria, une fille de Clafouti, l’un des rares étalons anglos stationnés pas trop loin à l’époque… »

Bekkaria est née en 1993. À l’époque, Antoine de Watrigant débute sa carrière d’entraîneur. « Je me souviens qu’il avait appelé monsieur de Tarragon, en expliquant qu’il était, somme toute, assez logique de placer des anglos dans le Sud-Ouest. Bekkaria lui a été confiée, et c’est ainsi que l’histoire entre Maulepaire et l’entraîneur a débuté. Le contact était très bien passé avec monsieur de Tarragon, qui appréciait sa façon de voir les choses, de respecter les chevaux. Logiquement, il a ensuite reçu des descendants de cette Bekkaria. »

Une famille toujours bien présente à Maulepaire. Djurjura, la mère de Chaouia, est toujours à Maulepaire. « Elle n’a donné que des gagnants jusqu’à présent. Mais nous venons de vivre trois années difficiles avec elle. Elle a eu un mâle mort à trois mois, avant de rester vide deux années de suite. Elle est pleine de Doctor Dino. » Beni Abbes, une sœur de Djurjura, qui a très bien gagné sa vie en course sous l’entraînement d’Antoine de Watrigant, a aussi été conservée à l’élevage. « Elle a donné d’emblée Antoing, qui est gagnant à Auteuil, encore pour Antoine de Watrigant. Elle a une 2ans par Balko et une yearling par Kapgarde. »

Chaouia elle est aussi destinée à devenir poulinière à Maulepaire. Elle va venir y passer quelques vacances prochainement, avant de préparer le prochain meeting palois, et certainement une participation au Grand Cross. « Chaouia est vraiment à son affaire sur le cross palois, alors il n’y a pas lieu de la courir ailleurs. Antoine est tout à fait d’accord avec cela ! Il n’est pas question d’argent avec une jument comme ça. Il faut juste faire ce qui est le mieux pour elle. Elle a beaucoup de sang et n’est pas des plus faciles à l’entraîner. Il faut donc souligner le travail effectué le matin. Quand on la voit sur les fromages de Pau, c’est un vrai régal. Elle saute comme un chat, et on retrouve bien chez elle l’intelligence sur l’obstacle de l’anglo. Elle adore cela, et elle est même difficile à arrêter après le poteau ! »