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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Mickaëlle Michel et Frédéric Spanu, à bâtons rompus

Courses / 03.02.2018

Mickaëlle Michel et Frédéric Spanu, à bâtons rompus

Mickaëlle Michel et Frédéric Spanu, à bâtons rompus

Elle est la nouvelle sensation du peloton. L’apprentie qui monte, la femme jockey qui fait parler d’elle. Son agent, Frédéric Spanu, l’a présentée comme la nouvelle Julie Krone, une femme capable de rivaliser avec les hommes. Mickaëlle Michel est avant tout jockey. Nous les avons rencontrés à Chantilly.

Jour de Galop. - Pourquoi avoir voulu devenir jockey ?

Mickaëlle Michel. - J’ai toujours été une battante, j’aime les chevaux, la vitesse et j’adore le sport. J’aime surtout la compétition avec les hommes, l’idée de les affronter, face à face...

Face à face, mais pas à poids égal. Quel regard portez-vous alors sur la décharge accordée aux femmes jockeys ?

M. M. - C’est un bon outil qui nous aide à nous insérer dans le peloton. Ainsi, les femmes peuvent faire leurs preuves. Nous en avons besoin pour débuter, pour que les professionnels fassent appel à nous, pour avoir des clients... Si personne ne nous connaît, nous ne pouvons pas monter. Pour moi, la décharge est un élément déclencheur.

Frédéric Spanu. - De toute façon, la qualité de l’apprenti et de la femme jockey finit par parler. Si vous êtes au-dessus de la moyenne, ça passe. Si vous n’avez pas le niveau, vous n’y arriverez pas, avec ou sans décharge. L’étape suivante est de montrer, quel que soit le niveau de l’épreuve, que vous êtes capable de rivaliser. Et dans les bonnes courses, il n’y a pas de décharge. Il faut donc travailler pour se perfectionner.

Vous êtes désormais bien identifiée, mais quel a été votre parcours avant d’en arriver là ?

M.M. - J’ai pas mal bougé durant ma carrière. J’ai d’abord passé un an et demi chez Michel Planard du côté de Marseille. Je suis ensuite partie du côté de Lyon. Après cela, j’ai fait le choix d’acquérir de l’expérience en bougeant un peu et, en 2017, je me suis posée du côté de Chantilly, chez Monsieur Smaga.

Vous avez eu une assez longue interruption de carrière suite à une blessure. C’était important pour vous de vous remettre en selle ? Avez-vous eu des doutes ?

M. M. - J’ai en effet eu un accident en Nouvelle-Calédonie en 2016. Je n’ai pas pu monter pendant un an et demi et j’ai dû subir plusieurs opérations. Je me suis battue pour reprendre la compétition, sachant que les médecins ne voulaient pas, à la base, me laisser remonter. J’y tenais. C’était comme une revanche. Lorsque je suis venue chez monsieur Smaga, je ne pensais pas qu’il me ferait monter en compétition à Paris. Je ne pensais pas que j’avais le niveau et ce fut une bonne surprise.

En quoi était-ce une surprise ? Cela a-t-il été le tournant de votre carrière ?

M. M. - Monsieur Smaga a déjà ses jockeys, et mon idée, en arrivant chez lui, n’était pas de monter en compétition. Je voulais avant tout participer au travail classique d’une écurie à la fois prestigieuse et familiale. Lorsqu’il m’a mise pour la première fois en selle sur Private School (Mastercraftsman) à Chantilly, ce fut magique. Il m’a ensuite confié d’autres chevaux. Et il y a eu la rencontre avec Frédéric qui m’a dit que j’étais capable de réussir. Ce sont deux belles personnes qui m’ont donné ma chance.

F. S. - J’ai fait la connaissance de Mickaëlle en juin 2017. Elle était en selle sur un pensionnaire de David Smaga et j’ai vu quelque chose qui m’a plu, sachant qu’elle n’avait pas pu monter pendant un an et demi. J’ai donc été la voir monter le matin à l’entraînement et, au mois d’août, nous avons finalisé notre association. À partir de ce moment-là, nous avons fait beaucoup de marketing pour la faire connaître auprès des professionnels et je l’ai présentée comme une championne. Mickaëlle montait en même temps et devait faire ses preuves. Tout s’est accéléré durant les trois derniers mois de l’année 2017 où elle a eu dix-sept gagnants. En 2018, nous sommes sur la même lancée. Ses statistiques sont très bonnes : depuis le début de l’année, elle monte cinq à sept fois dans une réunion et a un pourcentage de plus de 50 % à l’arrivée.

Frédéric Spanu a évoqué dans des interviews le nom de Julie Krone. Que se passe-t-il quand on prend comme référence une telle femme ? Comment gère-t-on la pression en étant présentée comme une championne ?

M. M. - Frédéric a tout de suite eu confiance en moi et j’ai eu peur de ne pas être à la hauteur de ce qu’il proposait. Il m’a fallu faire une grosse préparation physique : beaucoup de sport, de cheval mécanique… Et être opérationnelle rapidement.

F. S. - Il y a aussi la préparation mentale, mais cela se fait petit à petit. Il fallait travailler chaque jour, regarder les courses et les différentes situations, le tout en étant en compétition. Mais quand on est bon, les résultats ne traînent pas.

Le "travail vidéo", avant et après course, est-il essentiel dans votre préparation ?

M. M. - C’est important. J’observe ce que font les jockeys, les parcours qu’ils donnent à leurs chevaux. Lorsque je dois monter en course, je vais regarder les vidéos de mon cheval, surtout si je ne le connais pas. Je regarde aussi celles de mes adversaires pour éviter un éventuel piège. Après les courses, nous regardons comment j’ai monté : ce que j’ai fait de bien, ce que j’aurais pu faire, ce que mes adversaires ont fait… Il faut étudier. C’est pareil dans tous les domaines.

Avez-vous un modèle précis ? Un jockey qui vous inspire ?

M. M. - J’admire les personnes qui ont eu la force mentale pour faire carrière. Cela m’impressionne. Mais je n’ai pas de modèle précis.

Aujourd’hui [l’interview a été réalisée le jeudi 1er février, ndlr] est une journée spéciale, avec l’hommage à Christiane Head-Maarek, considérée comme une pionnière pour les femmes dans les courses… Que vous inspire-t-elle ?

M. M. - Elle a contribué à révolutionner le monde des courses. Faire sa place ainsi dans un milieu d’hommes… Ce n’est pas une personne que j’ai beaucoup côtoyée, mais j’ai monté une fois pour elle. J’aurais aimé lui offrir une victoire. Elle aime ses chevaux et son métier. Elle est inspirante pour tous.

Comment jugez-vous votre progression ? Pensiez-vous un jour arriver là où vous en êtes actuellement ?

M. M. – Ma progression ? Inimaginable ! J’ai progressé sur le plan personnel, j’ai changé, pris de la maturité, évolué physiquement. Pour moi, cela a été un boum. Tout a changé en un claquement de doigts. J’ai dû vite assimiler tout ce qui était en train de se passer.

Le 29 janvier, vous avez signé le premier coup de trois de votre jeune carrière. Le premier coup de trois d’une femme jockey en France. Comment avez-vous vécu ce moment ?

M. M. - C’était… Waouh ! Je ne sais pas trop comment l’exprimer.

F. S. - C’est très bien, waouh !

M. M. - C’était vraiment une journée folle ! En plus, j’ai gagné le Grand Prix des Apprentis et des Jeunes Jockeys, c’est une course tout de même importante. Tout cela était vraiment inattendu. Il y avait du monde de présent et, en parallèle, la lutte avec Coralie Pacaut qui rajoutait quelque chose. En plus, j’ai gagné avec des chevaux que je connaissais très bien. Sur le moment, on ne réalise pas. Tout passe très vite et, à la fin de la journée, on vous annonce : « Mademoiselle, vous avez fait un coup de trois ! » C’était vraiment fou, très excitant.

Avez-vous des objectifs en tête ? Dans quel état d’esprit êtes-vous : vivre au jour le jour ou déjà penser à l’avenir ?

M. M. - J’aimerais évidemment monter de grandes courses, être la première femme jockey française à courir de grandes épreuves à l’international. Mais, dans ce métier, il faut vivre et travailler au jour le jour. Cela conditionne l’avenir. Je n’ai pas le droit d’avoir de baisse de régime. En ce sens, je travaille pour l’avenir.