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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

La neige n’arrête pas les courses

Courses / 07.02.2018

La neige n’arrête pas les courses

Une partie de la France s’est réveillée ce mercredi sous la neige, au point qu’il régnait un certain chaos sur plusieurs axes routiers importants. Quel impact ces conditions météorologiques exceptionnelles ont-elles sur notre filière ? L’entraînement est-il encore possible ? Quid du transport des chevaux ? Les courses seront-elles maintenues jeudi ?

Chantilly propose ce jeudi une réunion de huit courses sur la P.S.F., avec départ de la première épreuve à 12 h 25. Mercredi matin, la piste fibrée de l’hippodrome était encore couverte de neige, mais les engins de France Galop ont œuvré, si bien qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir sur la praticabilité de l’hippodrome. Les courses auront bien lieu, comme nous l’a confirmé François Boulard : « Il n’y aura pas d’annulation. La P.S.F. et les accès de l’hippodrome seront opérationnels. Ce que l’on ne maîtrise pas, en revanche, c’est l’état des routes pour arriver à Chantilly. Mais les chutes de neige doivent s’arrêter dans la journée et il doit faire beau jeudi. On peut donc raisonnablement espérer que les services de l’État auront remis en état la voierie. Il faut aussi savoir que 60 % des partants viennent de Chantilly ou de Maisons-Laffitte. D’autre part, il n’y avait pas de solution évidente de transfert. Si l’hippodrome de Deauville a été plus épargné que celui de Chantilly, les accès pour y parvenir sont ce mercredi tout aussi compliqués que ceux de la région Île-de-France… »

On s’active nuit et jour. Le discours des équipes de terrain n’est pas différent. Marin Le Cour Grandmaison, adjoint au directeur du centre d’entraînement de Chantilly, nous a dit : « Nous sommes équipés, à Chantilly. Concernant la réunion de jeudi, nous n’avons pas d’inquiétude. Nous sommes en train [lire mercredi vers 14 heures] de déneiger la P.S.F. de l’hippodrome. Nous utilisons une fraise à neige pour cela. C’est du matériel que l’on retrouve dans les stations de sport d’hiver par exemple. Nous aurons aussi sûrement une herse qui va tourner cette nuit sur l’hippodrome. »

Le travail des équipes de Chantilly ne se limite pas à la fibrée en vue de la réunion de course. Elles se mobilisent aussi pour assurer les meilleures conditions possibles sur l’ensemble de l’hippodrome : « Nous avons beaucoup de neige dans les écuries, le rond de présentation, les parkings… Les équipes vont déneiger l’ensemble des installations, saler pour éviter le gel. Il a neigé depuis mardi après-midi jusqu’à mercredi vers 11 h 30. Il ne devrait plus neiger désormais. Nous aurons jeudi des températures autour des - 4°, soit un ressenti plus froid qu’aujourd’hui, mais nous avons déjà pu tenir une réunion par un temps plus froid. Les pistes en sable fibrées sont de toute façon faites pour ce genre de temps. » La seule inquiétude pour la réunion de jeudi tiendra donc à l’état des routes franciliennes...

Les équipes à pied d’œuvre sur le centre d’entraînement. « La nuit a été courte ! », a expliqué Marin Le Cour Grandmaison. Les équipes du centre d’entraînement de Chantilly ont œuvré pour assurer le meilleur fonctionnement possible du centre. Les Aigles étaient blancs mais les différentes fibrées du centre ont été accessibles. « Nous avions anticipé les chutes de neige et mis les pistes à plat en cas de gel. Cependant, comme elles n’ont pas gelé, nous avons pu mélanger le sable avec les herses. Il nous fallait donner un accès à une fibrée à chaque écurie du centre. Certains chevaux sont sortis dès le premier lot, d’autres plus tard. Nous avons tourné toute la nuit : nous sommes dotés de tout l’équipement nécessaire pour saler, passer la lame à neige… »

L’accès aux pistes de Maisons-Laffitte compliqué. Le département des Yvelines n’a pas été épargné par les chutes de neige et le centre d’entraînement de Maisons-Laffitte était lui aussi recouvert d’un manteau blanc. Franck Le Mestre, le directeur des pistes, nous a déclaré : « Nous avons sorti les niveleuses afin d’enlever la neige des pistes [10 cm sont tombés depuis mardi, ndlr]. Elles étaient donc tout à fait praticables pour faire du galop de chasse. Ce mercredi après-midi, nous allons remettre les pistes à plat. En revanche, je suis assez inquiet pour demain, avec une température annoncée de - 6°. Quatre herses commenceront plus tôt que d’habitude afin d’aplanir les pistes de manière continue ; j’espère que le travail des chevaux n’en pâtira pas. En ce qui concerne l’hippodrome, il est encore sous l’eau à 40 % sur toute la ligne côté Seine. La décision de maintenir ou non les premières réunions à Maisons-Laffitte sera connue le 15 février. »

Pour les professionnels ayant un accès direct aux pistes, l’entraînement a pu se dérouler sans problème. Carlos Lerner a confirmé : « Mes pensionnaires ont pu s’exercer ce matin sans problème. Les pistes étaient en bon état. Il faut dire que j’ai la chance d’avoir mes boxes au cœur des pistes du centre d’entraînement, contrairement à la plupart des autres entraîneurs. »

En effet, le problème majeur ne concerne pas l’état des pistes mais plutôt celui des routes et des allées cavalières pour accéder à l’outil de travail. Patricia Butel nous a confié : « Mes chevaux sont restés au marcheur ce matin car nous sommes un peu loin des pistes et le chemin pour s’y rendre était trop enneigé et verglacé. Heureusement, nous avions anticipé la météo et mes pensionnaires ont travaillé mardi sur des pistes impeccables. » Olivier Regley, dont les boxes se situent non loin de ceux de Patricia Butel, était dans le même cas : « Les pistes sont bonnes, malheureusement l’accès est dangereux et je n’ai pas pu sortir mes chevaux. »

Les transporteurs sont confiants pour la réunion de jeudi. Les poids lourds de plus de 7,5 tonnes sont interdits de circulation depuis le mardi 6 février à 14 heures, sur les axes principaux du réseau routier d'Île-de-France. Simon Bressollette, de la Société de Transport du Cheval Horse France, nous a dit : « Les interdictions en de circulation en Île-de-France et dans le nord de la France ont clairement affecté notre activité. En fait, nous n’avons pas pu honorer les transports prévus ce mercredi. Mais nous ne devrions pas avoir de problème pour transporter les chevaux jusqu'à Chantilly ce jeudi. Les routes se dégagent et les véhicules avec deux équidés n’ont pas de problème pour circuler. De même, la circulation des poids lourds ne va pas tarder à être rétablie. »

Olivier Berghgracht, de la société STH Hippavia, nous a expliqué ce mercredi : « Nous n’avons eu aucun problème pour envoyer des juments à la saillie à l’étranger. En ce moment, il y a peu de mouvements de chevaux de course. Je pense que cette neige est plus problématique pour l’entraînement que pour le transport. La réunion de jeudi ne sera vraisemblablement pas perturbée par les interdictions de circuler. C’est la traversée des grandes agglomérations qui pose problème. Le trajet de la Normandie vers Chantilly devrait se faire en empruntant d’autres itinéraires car il ne sera pas possible de passer par le périphérique. » Concernant la réglementation des transports, il précise : « Les transports de chevaux sont soumis aux mêmes règles que les autres véhicules poids lourds. La présence de chevaux ne permet pas d’échapper aux éventuels décrets des préfets qui limitent la circulation des camions. »

Et les chevaux dans tout ça ?

On a coutume de dire que les chevaux supportent mieux le froid que la pluie. Par des températures négatives, certaines pathologies sont tout de même augmentées, et il convient de prendre certaines précautions.

Christophe Gard, vétérinaire à Chantilly, explique : « Par temps très froid et de surcroît neigeux, nous faisons face une recrudescence de problèmes orthopédiques plutôt bénins, comme des bleimes qui sont favorisées par les sols gelés. Il y a aussi plus de traumatologie, de "coutures", en raison des chevaux lâchés souvent plus nombreux quand il fait très froid ! Les températures basses augmentent également le risque de lésions musculaires, parce que, comme nous, les chevaux vont avoir tendance à se contracter quand il fait froid. Mais ce phénomène est bien connu des entraîneurs, qui savent adapter l’échauffement des chevaux et les couvrir en conséquence. Enfin, au niveau digestif, des spasmes ou des coliques peuvent apparaître si le cheval ne boit pas suffisamment. La distribution de mashes est conseillée. »