Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Un Petit Chaperon rouge à la "sauce" FDJ…  pour assaisonner les courses, avant de les manger

Institution / Ventes / 03.02.2018

Un Petit Chaperon rouge à la "sauce" FDJ… pour assaisonner les courses, avant de les manger

Un Petit Chaperon rouge à la "sauce" FDJ…

pour assaisonner les courses, avant de les manger

La dernière offensive de la Française des Jeux ressemble à un conte pour enfants. En voici la distribution, sous vos applaudissements s’il vous plaît :

Dans le rôle du grand méchant loup, qui veut se faire passer pour une tendre brebis au service de l’intérêt général, de l’aménagement du territoire, de la ruralité, des petits contre les gros, des oubliés du système, de la veuve, de l’orphelin, de leur chien, etc. : la FDJ (on applaudit le loup… et on rit jaune).

Dans le rôle du Chaperon rouge qui n’est pas sûr d’arriver vivant chez Mère-Grand : la filière courses dans son ensemble, car le PMU n’est ni le seul responsable, ni évidemment le seul impacté (on applaudit le Chaperon rouge… et on pleure en silence).

Dans le rôle de Mère-Grand qui, sous le charme du loup, est prête à sacrifier le Chaperon rouge : l’État (on ne l’applaudit pas car il nous trompe doublement : en faisant croire qu’il régule alors qu’il dérégule, et en faisant croire qu’il lutte contre l’addiction au jeu, alors qu’il encourage la FDJ à élargir sa base de clientèle).

Samedi matin, nous avons donc reçu un communiqué de presse qui fait froid dans le dos. La présidente de la Française des Jeux, Stéphane Pallez, y annonce glorieusement qu’elle va augmenter la rémunération de ses points de vente, par un double effet d’augmentation de la commission et de baisse des charges. Au total, la rémunération des détaillants FDJ passera de 5,2 % à 5,5 %. Au PMU, on est au maximum (sur le Quinté+) à 2,5 %.

Déjà, le différentiel de rémunération des points de vente entre PMU et FDJ était un grave sujet de préoccupation, et expliquait en très grande partie pourquoi le chiffre d’affaires de la FDJ progresse spectaculairement, alors que celui du PMU baisse, stagne ou frétille. On ne peut pas en vouloir aux buralistes de penser : « Pourquoi vendre du pari hippique quand un jeu FDJ me rapporte le double ? »… Mais que dire si, à présent, l’écart s’accroît ?!

Et pourquoi l’État laisse-t-il faire ? Son rôle n’est-il pas d’assurer une croissance harmonieuse de tous les jeux d’argent ? A-t-il définitivement misé sur la FDJ, au détriment du PMU ? Et nous, filière hippique, avons-nous la bonne stratégie de défense ? Jusqu’à maintenant, nous avons beaucoup gémi et moins proposé. Ce n’est jamais, même dans un État à dominante sociale, la meilleure manière de faire.

Nous vous laissons découvrir quelques extraits du texte envoyé à la presse par la FDJ.

Officiellement, il s’agit de « faire progresser et évoluer le mode de rémunération des détaillants pour accompagner le développement durable de l’entreprise et son réseau de proximité. » Et pour Stéphane Pallez, « cet accord se traduit par un mode de rémunération nouveau et additionnel introduisant une modulation de la rémunération des détaillants liée aux objectifs stratégiques de l’entreprise. » La présidente de la FDJ « [se] félicite des échanges avec la Confédération des Buralistes et Culture Presse pour aboutir à cet accord très important qui soutient la stratégie de l’entreprise et le commerce de proximité en France ».

On lit aussi, plus loin : « Cet accord favorise le développement de l’entreprise et aligne sur plusieurs années les intérêts de l’entreprise (recrutement de clients) avec ceux des détaillants (augmentation de la rémunération et pérennité du réseau) et de l’État (jeu responsable et développement territorial), en soutenant les jeux de loterie à faibles mises, favorisant ainsi leur accessibilité au plus grand nombre, et en soutenant la croissance durable des paris sportifs dans le réseau. Une rémunération nouvelle, ainsi modulée en fonction des jeux, complémentaire à celle qui existe aujourd’hui, sera mise en place sur deux ans en 2018 et 2019.

Elle reposera sur plusieurs leviers. En 2018, certains services comme la gestion des bons à valoir et des coupons de réduction seront rémunérés. En outre, FDJ supprimera les loyers liés aux équipements FDJ, point important pour soutenir les plus petits points de vente. En 2019, FDJ augmentera la commission sur les jeux de tirage et les jeux à gratter à faibles mises et modulera la commission sur les paris sportifs. D’ici à 2019, l’ensemble du dispositif permettra de faire progresser la commission moyenne des détaillants de +0,2 point, à laquelle s’ajoutera l’effet de la suppression des loyers de 0,1 point. Au total, la progression du revenu global moyen des détaillants sera de 0,3 point. »

Et le communiqué se termine sur ce même ton assez pénible qui veut faire passer le "loup-FDJ" (objectivement au service de sa propre croissance et de la fiscalité) pour une brebis (au service de l’intérêt général) : « Cet accord, fruit d’un dialogue renouvelé avec les organisations professionnelles représentatives du réseau FDJ, marque la refonte du partenariat des trois partenaires au service du plus grand réseau de proximité de France. Il permettra de soutenir deux filières de distribution qui connaissent des difficultés sectorielles : la filière buralistes (25.000 points de vente) et la filière presse (23.200 points de vente). » Le "Petit Chaperon rouge-filière hippique" se prépare des moments difficiles sur la route de "Mère-Grand-l’État pseudo régulateur".

Blague à part…

Au-delà du conte, au-delà de la métaphore, l’Institution des courses (sociétés-mères et PMU) ne reste pas les bras croisés. D’abord, elle rappelle régulièrement à l’État que la loi de 2010 prévoit un équilibre entre les différentes filières. C’est important car l’État n’est pas censé aller contre la loi. Ensuite, elle a montré sa bonne volonté aux pouvoirs publics, en se réformant assez brutalement via un plan d’économies drastique qui constitue un indispensable prérequis avant d’obtenir un geste de l’État. Enfin, il ne faut pas négliger le fait que l’Institution des courses (PMU en tête…) est très attachée à la bonne santé du réseau et échange en permanence avec les détaillants. Les points de vente ont beaucoup souffert ces dernières années, en particulier les buralistes du fait de la hausse du tabac. Ce n’est pas l’intérêt du PMU qu’ils ferment massivement. Le geste de soutien de la FDJ aux buralistes sert donc, indirectement, les intérêts du PMU.

On ajoutera que l’augmentation de la rémunération des points de vente FDJ est possible parce que l’État – seul bénéficiaire du résultat net de la FDJ – a accepté de mettre la main à la poche : quand la FDJ sert mieux ses revendeurs, c’est en fait l’État qui renonce à une partie de ses revenus. Il nous reste à lui demander, à notre tour, un soutien "fiscal".

Il va se passer beaucoup de choses dans les années à venir, à commencer par la probable privatisation partielle de la FDJ. Il faut donc plus que jamais se montrer unis face à toute concurrence et dans nos discussions avec l’État.