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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Richard Chotard, là où l’on ne l’attend pas

Courses / 19.02.2018

Richard Chotard, là où l’on ne l’attend pas

 

Par Adeline Gombaud

Il a gagné la dernière Listed du meeting palois avec une pouliche entraînée à Calas. Il s’est intercalé entre deux pensionnaires d’Aidan O’Brien à Meydan, avec un hongre par Kahyasi acheté pour l’obstacle. Il a fait galoper De Bon Cœur (Vision d’État) avec une pouliche dénichée à réclamer… Richard Chotard est rarement là où l’on l’attend.

Son dernier coup d’éclat remonte à ce dimanche quand, avec Côte de Grâce (Jeremy), il a battu les Cherel, Nicolle, Macaire ou Chaillé-Chaillé sur leur terrain de jeu hivernal de prédilection, l’hippodrome palois. Richard Chotard avait préparé son coup, quand il avait testé sa pouliche en début de mois, sur les haies du Prix de Sarrance. Il raconte : « J’ai décidé de la courir en haies à Pau car l’engagement était favorable. Et je m’étais dit que si elle s’adaptait bien à l’hippodrome, nous reviendrions pour le Palaminy… »

Côte de Grâce a gagné de plus de sept longueurs pour ses débuts au Pont-Long, et dimanche, l’écart a été presque aussi impressionnant, puisqu’elle a laissé Spanish One (Spanish Moon), jusqu’alors invaincu sur le steeple palois, à cinq longueurs et demie… « C’est une pouliche que j’ai toujours beaucoup aimée, mais qui m’avait déçue dans le Grand Steeple des 4ans de Cagnes, sans que je trouve de vraie explication. Elle était passée store à la vente d’été Arqana et n’avait pas trouvé preneur. Pascale Ménard m’en a proposé la moitié. C’était une jolie pouliche, avec une origine plaisante pour l’obstacle, alors je l’ai prise… »

Il a fallu que le destin s’en mêle pour qu’elle reste dans les boxes de l'entraîneur. « Comme je le fais quasiment à chaque fois, je l’ai achetée avec l’idée de la revendre une fois que je l’aurai mise en valeur. Je n’ai pas les moyens d’être propriétaire pour mon plaisir ! Mais bizarrement, je n’ai pas reçu d’offre significative pour elle. Et une semaine avant la vente d’automne, à laquelle elle était inscrite, elle a pris un coup de pied. À croire qu’elle était destinée à rester à la maison ! » Côte de Grâce n’est pas simple, mais elle a de la qualité. « À l’écurie, elle se comporte en patronne. Elle a déjà mordu des employés, elle peut vous sortir du box. Elle a un caractère à la Goldikova ! Elle devrait courir le Prix Fleuret, le 1er avril à Auteuil. »

Calas, un coup de tête qu’il ne regrette pas. Côte de Grâce a aussi prouvé avec ce succès que l’on pouvait entraîner des sauteurs de premier plan dans le Sud-Est. Fin 2016, Richard Chotard a en effet choisi d’aller s’installer à Calas, centre où sont d’ailleurs entraînés les deux lauréats de Listed du week-end, Marie d’Argent (Kendargent) ayant remporté le Prix Saônois (L) samedi à Cagnes-sur-Mer. « Bien sûr que l’on peut entraîner des chevaux d’obstacle à Calas, et je ne suis pas le premier à le faire. Mais il est certain que ce n’est pas un centre à la mode pour l’obstacle… Je suis parti là-bas avec D’Vina. Quand elle a fini si près de De Bon Cœur, elle était d’ailleurs entraînée à Calas ! Mais le propriétaire et l’entourage de la pouliche n’étaient pas convaincus qu'il était possible d'y entraîner des sauteurs de ce niveau. Pour mettre fin aux tensions, je leur ai conseillé de la placer chez David Cottin, qui la connaissait bien pour l’avoir montée quand il était jockey. Je pensais que ça lui ferait un beau cadeau d’installation ! J’espère que ce fut le cas… »

Ce départ à Calas, après plus de vingt années passées à Chantilly, n’est d’ailleurs pas étranger à la jument. « J’oscillais entre onze et quinze chevaux à l’entraînement quand j’étais à Chantilly, et je pensais à partir depuis un moment. Mais ma décision, je l’ai prise sur un coup de tête. D’Vina venait de se révéler au niveau des Groupes. Je suis allé à Auteuil ; il y avait un réclamer. Son propriétaire a mis un bulletin gagnant sur un cheval, et il a choisi de l’envoyer chez son entraîneur de Royan. Et là, je me suis dit que je n’avais plus rien à faire à Chantilly. Sur la route du retour, j’ai appelé Kamel Chehboub [le haras de la Gousserie, ndlr], avec lequel je travaille depuis longtemps et que je remercie. Je lui ai demandé s’il me suivrait si je m'installais à Marseille. Sa réponse fut affirmative, ce dont je le remercie, alors j’ai appelé ma femme, je lui ai dit d’organiser le déménagement, et deux mois plus tard, nous étions partis… »

Avec plus de 500.000 € de gains, la première année dans son nouvel environnement est une réussite. Le Cantilien a vite pris ses marques dans le Sud. « J’ai la chance de travailler avec du personnel qui connaît parfaitement les pistes. J’ai trouvé un très bon responsable, Stéphane Richardot, qui venait d’arrêter sa carrière de jockey, et également deux anciens jockeys d’obstacle, Jocelyn Monnier et Olivier Benoit. J’ai une bonne équipe, et je me sens vraiment bien à Calas. » Richard Chotard a conservé des propriétaires de longue date, comme Norbert Mercier et Guy Petit, en a trouvé quelques nouveaux, comme l’écurie Ascot, Henry Salemme, Hedi Lahmici, Brice Levaique… Et il continue de chercher le cheval qui sort du lot, celui que les autres n’ont pas forcément repéré.

Au bord des pistes avec Baffert et O’Brien. Côte de Grâce est loin d’être son coup d’essai. Celui dont il parle le plus volontiers est Yang Tsé Kiang, le gris qui fut deuxième de l’UAE Derby avant d’être vendu à Hongkong. Parce qu’il lui doit l’un de ses plus grands souvenirs, d’abord. « Nous avons été invités à Dubaï pour y courir le Derby. C’était la deuxième année consécutive que je m'y rendais… J’avais découvert le site avec mon sprinter Mar Adentro, qui était aussi de la partie l’année de Yang Tsé Kiang. Donc je me suis retrouvé le matin à côté des Bob Baffert, Aidan O’Brien… Yang Tsé Kiang avait super bien couru, finissant à une longueur de Daddy Long Legs, l’un des pensionnaires d’O’Brien. Ce sont des grands moments. Peut-être que réussir à ce niveau-là, avec des chevaux payés de petites sommes, cela me rend encore plus fier du cheval, et du travail que nous avons réalisé avec lui. » Rien ne prédestinait pourtant Yang Tsé Kiang [ainsi nommé car son entraîneur est un grand fan du film Un Singe en Hiver…, ndlr] à faire jeu égal avec des 3ans de Coolmore. « Il était fils de Kahyasi, avec une mère par Kaldoun, et je l’avais acheté yearling pour 18.000 €, dans le but d’en faire un cheval d’obstacle. Je l’ai fait castrer tôt, mais lors de ses premiers galops, je me suis rendu compte de ce que j’avais entre les mains… » Comme souvent, Richard Chotard était associé avec l’un de ses clients sur la propriété du cheval. « Mes propriétaires n’ont pas les moyens de refuser certaines offres, moi non plus d’ailleurs ! Donc nous avons vendu le cheval, comme je l’ai fait plus tard avec Fixe le Kap. »

Samedi prochain, c’est quasiment sur ses terres d’adoption que Richard Chotard a un autre défi à relever. Il sellera Launched dans le Grand Prix du Département 06 (L), la première étape du Défi du Galop. Launched, un fils de Galileo issu d’une sœur d’Hernando et de Johann Quatz. Vous vous en doutez, le cheval n’est pas arrivé yearling chez lui… « Je l’ai réclamé pour des clients italiens en début de meeting, et il vient de gagner la préparatoire au Grand Prix. Il a le droit de bien courir ! »